Citi, la quatrième banque des États-Unis, a publié en mars 2021 ses nouvelles politiques sectorielles environnementales et sociales (Environmental and Social Policy Framework), qui actualisent les précédentes versions datant d’avril 2020. Citi fait des progrès en annonçant une sortie progressive du secteur de la production d’énergie à partir du charbon et des mesures d’exclusion pour les nouveaux clients. La nouvelle politique reste toutefois très incomplète : Citi n’exclut pas immédiatement tous les développeurs de projets charbon, ni les entreprises déjà clientes de la banque et actives dans l’extraction minière ou la production d’électricité à partir du charbon. La banque états-unienne a encore beaucoup à faire pour rattraper son retard sur ces concurrents internationaux tels que le Crédit Agricole ou BNP Paribas.

1. Ce qui change

Citi s’était déjà engagée à ne pas fournir de services financiers dédiés à des projets de nouvelles mines de charbon thermique ou de nouvelles centrales à charbon, y compris les projets d’extension de mines ou de centrales existantes. Cette exclusion inclut désormais également les transactions financières soutenant la fourniture des composants, équipements, matériaux et services directement nécessaires à la réalisation de ces projets.

Concernant le secteur de la production d’énergie à partir du charbon, Citi adopte une politique de financement des entreprises comprenant des engagements de plus en plus stricts, année après année. Entre autres, Citi s’engage à, après 2030 :

  • Ne plus accorder de financements ou d’autres services financiers aux clients ayant des activités de production d’électricité dans les pays de l’OCDE, sauf si la part de la production d’électricité à partir du charbon est inférieure à 5 %,
  • Ne plus accorder de financements ou d’autres services financiers à des clients ayant des activités de production d’électricité dans des pays non-membres de l’OCDE, sauf s’ils ont mis en place une stratégie de transition bas carbone visant à réduire la part de la production d’électricité à partir du charbon à moins de 5 % d’ici 2040.

Concernant les mines de charbon, Citi confirme son objectif annoncé l’année dernière : stopper son soutien financier aux sociétés minières dérivant plus de 25% de leurs revenus de l’exploitation du charbon thermique. D’ici fin 2030, toute exposition restante à ces entreprises sera réduite à zéro.

Citi adopte également un critère d’exclusion pour les nouveaux clients qui prévoient d’étendre leur capacité de production d’électricité à partir du charbon et pour les clients dont la part de production d’électricité à partir du charbon est supérieure ou égale à 20%, sauf s’ils s’engagent dans une stratégie de transition bas carbone.

2. Notre analyse : des avancées importantes mais beaucoup reste encore à faire

La politique charbon de Citi, qui s’applique aux prêts aux entreprises, aux opérations d’émission d’actions et d’obligations et aux activités de conseil, contient de réels progrès, avec les premiers éléments d’une stratégie de sortie du charbon. Cependant, elle présente des limites majeures qui pourraient réduire considérablement son efficacité. Selon les dernières données financières disponibles, Citi a fourni plus de 33 milliards de dollars à l’industrie du charbon entre octobre 2018 et octobre 2020.

L’exclusion des entreprises prévoyant de construire de nouvelles centrales à charbon et l’adoption d’un seuil d’exclusion relatif basé sur le mix énergétique sont des mesures fortes. Mais la limitation aux seuls “nouveaux clients” rend cette mesure superficielle. Ainsi, Citi pourra continuer à soutenir les développeurs de centrales à charbon tels que Sumitomo (2,1 milliards de dollars de prêts accordés entre octobre 2018 et octobre 2020) jusqu’en 2025 au moins, date à laquelle Citi exigera de ses clients une stratégie de transition bas carbone. Même si l’entreprise japonaise prévoit d’augmenter sa capacité de production d’électricité à partir du charbon de 2320 MW selon la Global Coal Exit List, elle n’est pas concernée par cette politique d’exclusion car déjà cliente de la banque. De même, cette faille permettra à Citi de continuer à soutenir Duke Energy (2,4 milliards de dollars de soutien financier entre octobre 2018 et octobre 2020), même si la compagnie d’électricité américaine produit 27% de son électricité à partir du charbon et se place donc au-dessus du seuil de 20% retenu par Citi.

Citi fait également l’impasse sur les entreprises qui développent de nouvelles mines de charbon. La banque pourra continuera à soutenir les développeurs de mines de charbon tels que Glencore et Adani (soutien total de respectivement 946 millions de dollars et de 233 millions de dollars entre octobre 2018 et octobre 2020), même si ces entreprises développent de nouvelles mines de charbon, y compris la très controversée méga-mine Carmichael en Australie. Citi doit immédiatement exclure tous les développeurs de projets charbon, aussi bien du côté des mines que des centrales à charbon et des infrastructures. Aucune exception ne doit être faite pour les clients actuels.

Coal Policy Tool Citi

Ce tableau présente l’évaluation charbon de Citi en se basant sur les 5 critères du Coal Policy Tool.

En outre, la politique de la banque stipule également que Citi attend de ses clients producteurs d‘électricité à partir du charbon qu’ils déclarent publiquement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et qu’ils élaborent une stratégie de transition bas carbone afin de se diversifier et d’abandonner la production d’électricité à partir du charbon. Bien qu’encourageant, cet engagement donne la possibilité à une entreprise de construire de nouvelles centrales à charbon, à condition qu’elle développe davantage son portefeuille dans les énergies renouvelables. Citi doit dès à présent définir les critères d’évaluation d’une “stratégie de transition” et exiger des entreprises l’adoption d’un plan de fermeture précis, actif par actif, dans les délais impartis. Une nouvelle fois, Citi ignore les mines de charbon. Pour prendre en compte l’impact réel sur le climat et la santé des entreprises charbonnières, Citi doit immédiatement exclure toutes les entreprises qui produisent plus de 10 Mt de charbon par an ou qui ont une capacité de production d’énergie à partir du charbon supérieure à 5 GW et s’engager à abaisser ces seuils absolus à zéro.

En annonçant une sortie progressive du secteur de la production d’électricité à partir du charbon d’ici 2030 dans les pays de l’OCDE et d’ici 2040 dans le reste du monde, Citi est dans la bonne directionMais en ce qui concerne l’extraction minière, là encore, Citi est très loin du compte. D’ici fin 2030, Citi s’engage uniquement à réduire à zéro son exposition aux entreprises minières dont la part des revenus issus de l’extraction du charbon thermique est supérieure ou égale à 25%. En somme, il ne s’agit pas d’un réel plan de sortie du secteur de l’extraction minière puisqu’il ne couvre pas les plus gros producteurs de charbon tels que Glencore, mentionné ci-dessus, qui a produit 123,9 Mt de charbon en 2020. La banque doit immédiatement exclure toutes les entreprises dont la part du charbon dans les revenus dépasse 25 %. Plus important encore, la banque doit adopter une stratégie de sortie complète du charbon d’ici 2030 en Europe/OCDE et d’ici 2040 dans le reste du monde. Pour atteindre cet objectif, la banque doit s’engager à exclure toutes les entreprises de production d’électricité à partir du charbon et d’extraction minière au-delà du seuil d’exclusion maximal de 5 % en 2030/2040 et exiger des entreprises qu’elles adoptent des plans de sortie du charbon dans les mêmes délais. Citi peut s’inspirer des politiques existantes du Crédit Agricole et de BNP Paribas.

3. Nos conclusions

Avec cette nouvelle politique charbon, Citi devient la première banque états-unienne à annoncer une sortie progressive – même partielle – du charbon d’ici 2030/2040. Si nous saluons cet engagement, nous demandons instamment à Citi d’exclure immédiatement tous les développeurs de projets charbon. La politique de la banque doit également gagner en cohérence : Citi devrait se retirer progressivement du charbon d’ici 2030/2040, tant du côté des centrales à charbon que de l’exploitation minière.  

Patrick McCully, directeur du programme climat et énergie à Rainforest Action Network, commente : “Il est positif de voir un grand financeur du charbon comme Citi renforcer ses restrictions de financement au secteur de la production d’électricité à partir du charbon et s’engager à éliminer progressivement son soutien au secteur au cours des deux prochaines décennies. Cependant, cette nouvelle politique doit être renforcée de manière significative afin d’égaler les meilleures politiques charbon des banques internationales, qui incluent l’arrêt du financement de toutes les entreprises qui construisent de nouvelles centrales à charbon. Pour s’aligner sur l’objectif 1,5°C, il faut mettre fin immédiatement au financement de toute nouvelle infrastructure charbon.”

En savoir plus :   

Lien vers Citi’s Environmental and Social Policy Framework

Lien vers le Coal Policy Tool