KBC, banque belge avec €320 milliards d’actifs, a mis en application en avril 2021 sa nouvelle politique charbon après son annonce de février dernier. Si la banque améliore son approche sur le charbon avec un engagement à arrêter en 2030 tout financement pour la production électrique à partir de charbon, les progrès restent maigres dans l’ensemble. La seule réelle bonne nouvelle reste de fait l’adoption par les branches investissements de la banque d’une première politique. En résumé, beaucoup reste à faire pour KBC.

1. Ce qui est nouveau

Dans son communiqué de presse et sa politique mise à jour, KBC mentionne les nouveaux critères suivants:

  • Sur le financement dédié, l’extension des exclusions aux “fournisseurs clés” des mines de charbon et des centrales à charbon;
  • L’adoption de 2030 comme date de sortie définitive du secteur des centrales à charbon;
  • Si KBC excluait déjà les clients ayant plus de 25% de leur capacité de production d’électricité basée sur le charbon, la banque belge requiert maintenant de ses clients dans le secteur du charbon, sous peine d’exclusion, qu’ils s’engagent à ne lancer aucun nouveau projet de centrale à charbon, et à adopter un plan détaillé de sortie du charbon pour l’électricité, d’ici à fin 2022 (fin 2023 pour les PME) visant une exposition zéro d’ici à 2030.

Par ailleurs, concernant la partie investissement de KBC, la nouvelle politique contient les critères d’exclusion suivants (en application depuis le 1er janvier 2021):

  • L’exclusion des entreprises impliquées dans l’extraction de charbon thermique;
  • L’exclusion des énergéticiens ayant plus de 25% de leur capacités électriques basées sur le charbon.
2. Notre analyse: une politique encore loin des meilleurs standards de l’industrie financière

KBC a complété les premières mesures annoncées en mai 2020, mais ces annonces sont loin d’être suffisantes pour en faire une politique charbon robuste.

Les progrès concernant l’exclusion des développeurs du charbon et l’adoption d’une date de sortie définitive du secteur de la production électrique à partir de charbon sont bienvenus. 2030 est une date ambitieuse alignée sur les connaissances scientifiques, même si le choix d’une date butoir pour l’adoption d’un plan de sortie par les entreprises du secteur devrait arriver plus tôt. Cependant, cela ne règle pas le problème majeur de cette politique: les mesures ne couvrent pas les entreprises minières du secteur du charbon, ni les développeurs d’infrastructures. C’était déjà le cas pour le seuil d’exclusion de 25% du chiffre d’affaire. Cela laisse donc un vide important dans la politique charbon de KBC.

Cela envoie un message particulièrement négatif aux entreprises du secteur miniers: elles peuvent continuer “business-as-usual” à extraire du charbon, et ce même si elles prévoient de développer de nouveaux projets. Clairement ce n’est pas suffisamment ambitieux et loin des politiques du Crédit Agricole ou de BNP Paribas bien plus ambitieuses.

Sur une note un peu plus positive, il est important de noter que si auparavant KBC limitait le périmètre de sa politique à ses activités de prêt, d’assurance et de conseil, celle-ci couvre maintenant aussi la partie investissement.

KBC en tant que détenteur d’actif et KBC AM ont en effet dû désinvestir de toutes les entreprises minières et de certains producteurs d’électricité à partir de charbon (maximum 25% des capacités installées de production électrique liées au charbon), mais ont choisi une métrique qui n’est pas idéal puisque pas aussi précise que la part de production à partir de charbon. C’est une première étape timide mais bienvenue: ces seuils sont encore trop faibles et risquent de se traduire par le non-désinvestissement de ses $296 millions investis dans entreprises du secteur du charbon tels qu’ENEL ou BHP Group.

Les Scores de KBC Banque dans le Coal Policy Tool

Les scores de KBC AM et KBC détenteur d’actif dans le Coal Policy Tool

Ces tableaux présentent les scores des politiques charbon de KBC Banque, et de KBC AM et KBC détenteur d’actif,
basé sur les cinq critères du Coal Policy Tool.

3. Conclusion

Les annonces de KBC sont timides. Il est décevant de voir que KBC aurait pu devenir la première institution financière belge ayant une politique charbon robuste mais s’est contenté d’une approche minimaliste. KBC devrait s’inspirer d’AXA/AXA IM et de Crédit Agricole/Amundi comme de bons exemples à suivre pour améliorer rapidement sa politique charbon. En effet, elle ignore pour l’instant l’exploitation minière du charbon et laisse dès lors un énorme trou dans sa politique. Pour avoir une approche ambitieuse KBC doit aussi rapidement réviser sa politique d’exclusion pour améliorer ses premiers mesures visant le secteur du pétrole et du gaz pour réellement répondre à l’urgence climatique.

Pour aller plus loin :