Scan de la Finance Fossile :
Méthodologie

Afin de vous aider à naviguer entre les multiples annonces sur le climat des acteurs financiers français et la réalité de leurs soutiens aux énergies fossiles, Reclaim Finance met en ligne le Scan de la Finance Fossile.

Inspiré du Coal Policy Tool, il analyse en détail les politiques adoptées par 56 banques, assureurs et investisseurs pour réduire leurs soutiens aux activités pétrolières et gazières les plus risquées pour le climat, les populations, la biodiversité et leurs portefeuilles : les sables bitumineux, le pétrole et le gaz de schiste, le gaz naturel liquéfié, les forages en Arctique et en eaux très profondes.

Pourquoi ces 5 secteurs d’activité en priorité ?

Pétrole et gaz de schiste : Les hydrocarbures de schistes concentrent l’essentiel de l’expansion prévue dans le secteur pétrole et gaz aux États-Unis et dans le monde d’ici 2025 : leur impact environnemental et climatique ne doit pas être pris à la légère. Surconsommation et pollutions des ressources locales en eau, fuites de méthane, un gaz au pouvoir réchauffant bien plus fort que le CO2. Si la croissance des gaz de schiste se poursuit au rythme prévu, elle consommera 27 à 31% du budget carbone qu’il nous reste pour limiter le réchauffement climatique en-deçà du seuil critique d’1,5°C.

GNL : Le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) est un produit dérivé du gaz fossile permettant son transport par voie maritime. Énergivore, cette méthode augmente les émissions de gaz à effet de serre liées au transport de 50% par rapport à un système classique de gazoduc. L’intensité en gaz à effet de serre du gaz transporté par GNL peut même rivaliser avec celle du charbon dans la fourniture d’électricité. Le GNL est également l’un des moteurs du développement du gaz de schiste aux États-Unis, troisième exportateur mondial.

Arctique : L’Arctique abrite des écosystèmes très sensibles et uniques sur lesquels l’industrie pétro-gazière fait peser un risque important, la moindre erreur pouvant s’avérer dramatique. Si consommées, les réserves en pétrole et en gaz de l’Arctique représentent à elles seules un quart du budget carbone qu’il nous reste d’ici 2050 pour limiter le réchauffement climatique à 1.5°C. En outre, l’exploitation de ses ressources affecte intrinsèquement la capacité de cette région à refroidir notre planète en affectant son pouvoir de rétroaction.

Sables bitumineux : Les sables bitumineux, ressources abondamment exploitées au Canada, contiennent un bitume nécessitant un long traitement énergivore. Au total, 24% à 77% du contenu énergétique du pétrole final est consommé pour sa simple production. De ce fait, ce processus émet en moyenne 3 fois plus de CO2 que les autres méthodes. Finalement, l’extraction du sable se fait souvent au détriment de l’écosystème le recouvrant : 140 000 km² de forêts boréales sont ainsi menacées de disparition.

Offshore très profond : Les forages en offshore très profond se démultiplient et les profondeurs aussi : à plus de 1500 mètres sous la mer, dans des environnements et conditions bien plus hostiles que l’offshore classique. Cette pratique présente un risque particulier : en cas de déversement d’hydrocarbure conséquent, la capacité de réaction pour contenir les dégâts sera encore plus limitée. Les méthodes utilisées pour la recherche de gisement font également payer un lourd tribut à la biodiversité sous-marine.

En savoir plus sur nos raisons de plaider pour une sortie de ces 5 secteurs.

Les critères d’évaluation

Les politiques pétrole et gaz sont évaluées suivant une grille de notation cohérente et transparente fondée sur 4 critères clés :

  • Le premier critère porte sur le degré d’exclusion des financements de projets, des investissements directs et des services dédiés.
  • Le deuxième critère porte sur le degré d’exclusion des entreprises prévoyant de nouveaux projets, sur l’ensemble du cycle de production.
  • Le troisième critère porte sur le degré d’exclusion des entreprises les plus exposées aux différents secteurs, en se basant sur une exposition relative ou absolue calculée à partir des volumes de réserve ou de production ou des revenus.
  • Le quatrième critère porte sur la qualité de la stratégie globale de sortie des 5 secteurs les plus risqués, et des hydrocarbures en général.

Notre analyse porte sur l’intégralité du cycle de production : l’exploration, l’extraction, le transport et le stockage.

La grille de notation détaillée est disponible sous l’outil.

Un système de notation simple et transparent :

Pour chacun des 4 critères d’évaluation, la logique de notation est la suivante : dès lors qu’un acteur financier exclut un secteur parmi les 5 plus risqués, il gagne un point si l’exclusion est partielle, deux points si l’exclusion est totale. Ce raisonnement est répété pour chaque secteur et les points se cumulent, ce qui permet d’arriver à une note sur 10. Ensuite, des points bonus sont attribués aux acteurs financiers qui excluent également tout ou partie des pétrole et gaz conventionnels.

De nombreuses politiques autorisent des exceptions ou réduisent l’impact des critères retenus en limitant leur application à certaines activités ou en les fondant sur des métriques non adaptées. Des malus d’un ou deux points spécifiques à chaque critère sont donc appliqués pour sanctionner ces limites et failles.

Les politiques portant uniquement sur les fonds ISR/ESG ne sont pas considérées dans cette analyse, à moins que ces fonds représentent au minimum 75% des encours sous gestion. Les notes de l’acteur financier seront abaissées fin 2021 si le champ d’application de la politique n’est pas étendu à l’ensemble des encours.

L’outil

Il présente une analyse visuelle et chiffrée des politiques sur chacun des 4 critères.

Le système de notation adopté permet d’attribuer une note allant de 0 à 10 pour chacun des quatre critères évalués. Un code couleur (rouge, orange, jaune, vert) permettant d’identifier rapidement la qualité des politiques sur chaque critère. .

Un paragraphe résume pour chaque politique son contenu par critère, la source utilisée (politique, rapport ESG, communiqué de presse, page internet…), ainsi que l’analyse succincte réalisée par Reclaim Finance.

Des filtres permettent de sélectionner uniquement les banques, assureurs, investisseurs – détenteurs et gestionnaires d’actifs – ou les acteurs de son choix afin de les comparer.

Indicateurs complémentaires  :

Les acteurs qui prévoient de publier une nouvelle politique pétrole et gaz, ou de mettre à jour de leur politique actuelle, avant la fin de l’année 2021, sont identifiés par cette icône à côté de leur nom.

[NA] Critère non applicable à ce type d’acteur. En remplacement de la note.

Les acteurs financiers

Sont intégrés au Scan de la Finance Fossile :

  • Les acteurs financiers français ayant adopté une politique pétrole et gaz à notre connaissance ;
  • Les acteurs financiers français ayant adopté une politique charbon et qui sont donc présents dans le Coal Policy Tool ;
  • Les acteurs financiers français de taille significative apparaissant dans le tableau des 500 plus importants gestionnaires d’actifs mondiaux de Willis Towers Watson (2020) même s’ils n’ont adopté aucune politique sectorielle relative aux énergies fossiles.

Reclaim Finance travaille également à la mise en place d’un outil d’évaluation qui couvrira l’ensemble des acteurs financiers internationaux. Le lancement du Oil&Gas Policy Tool international est prévu au dernier trimestre 2021.

Tous les acteurs financiers présents dans le Scan de la Finance Fossile ont été contactés et ont eu la possibilité de commenter leurs notations avant la publication de l’outil. Ces messages ont donné lieu à des échanges avec la majorité des institutions financières couvertes par l’outil.

Le Scan de la Finance Fossile est mis à jour continuellement en fonction des retours des acteurs financiers, de la publication de nouvelles politiques pétrole et gaz ou de la mise à jour de politiques existantes. .

L’outil rassemble de nombreux chiffres et scores ; malgré notre vigilance, des oublis ou erreurs sont possibles. Reclaim Finance accueille volontiers les commentaires des institutions financières et des différentes parties prenantes. N’hésitez pas à nous en faire part à clement@reclaimfinance.org.

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