BANQUES CENTRALES,
CLIMAT & CORONAVIRUS

En l’absence d’action face aux dérèglements climatiques,
la crise du coronavirus traversée aujourd’hui est une répétition des multiples crises que
nos sociétés vont devoir affronter dans un futur proche.

Si la réponse des gouvernants à la crise en matière économique et financière est déterminée et volontaire, elle vise avant tout le « retour à l’ordre » et ignore tant la nature de la crise rencontrée que ce qu’elle nous révèle sur l’état du système financier mondial. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) reprend son costume de pompier de la finance, l’application des remèdes de 2008 aux maux de 2020 montre une certaine incapacité à prendre acte des erreurs du passé.

Plus grave, en refusant de penser une sortie de crise répondant à la fois aux objectifs de stabilité financière et aux urgences sociales, climatiques et écologiques, la BCE ne renforce pas la résilience du système financier. Au contraire, elle autorise les acteurs financiers à générer et amplifier les risques. Alors que les circonstances actuelles l’oblige à soutenir en priorité les plus vulnérables, la BCE annonce des mesures qui vont renforcer les inégalités existantes et bénéficier de manière disproportionnée et injustifiée aux multinationales et acteurs les plus polluants.

Il n’est pas trop tard.

Reclaim Finance appelle la BCE à intégrer l’atteinte des objectifs climatiques européens dans ses politiques de sortie de crise.
La BCE doit mettre en place des mesures de long terme permettant de remplir ces objectifs tout en limitant les risques financiers et protégeant l’ensemble des citoyens de l’Union, à commencer par les plus vulnérables.

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Les réponses à la crise du coronavirus montrent qu’on peut agir pour le climat

La BCE et les gouvernants mobilisent des moyens exceptionnels pour prévenir les risques économiques et financiers liés au coronavirus, au point de revoir les règles du jeu et s’affranchir de dogmes sacrés tels que les règles de Maastricht. Comme l’a pointé la présidente du Haut Conseil pour le Climat, Corinne Le Quéré, “on sait donc faire.”

Voilà quatre mesures intéressantes à développer à condition de les orienter vers les besoins sociaux et écologiques.

Un assouplissement du Pacte de Stabilité et de Croissance a été acté pour financer les plans de rétablissemnt des Etats européens : la règle limitant le déficit à 3% du PIB est temporairement suspendue. 

Il est indispensable d’orienter dès maintenant les investissements publics désormais autorisés vers la transition écologique.

Puis, une fois la crise du coronavirus derrière nous, il faudra maintenir les dépenses liées à la transition écologique hors des règles de Maastricht.

La BCE et les régulateurs ont annoncé l’assouplissement des règles prudentielles. Avec l’aménagement des obligations de fonds propres et de liquidité, les banques pourront diminuer leurs réserves et les établir selon des règles plus souples.

Si ces mesures sont compréhensibles dans l’immédiateté de la crises, elles vont à l’encontre de l’urgence à renforcer la résilience des banques face aux chocs, y compris climatiques. 

Des provisions supplémentaires devraient être imposées aux banques en fonction de leur exposition et services financiers aux secteurs polluants. Parmi eux les énergies fossiles, l’aérien, les industries lourdes.

Cela atténuera les risques et dissuadera les banques de financer générateurs des crises futures.

Avec le coronavirus, les mesures de refinancement à long terme (LTRO et TLTRO III) ont été considérablement facilitées. 

L’objectif affirmé de la BCE est de donner de la liquidité aux banques afin de leur permettre de financer spécifiquement les prêts aux petites et moyennes entreprises, les plus touchées et vulnérables. 

Problème : aucune garantie n’est donnée. Il faut donc parier qu’une large partie – si ce n’est quasi totalité – des financements aille à la spéculation et aux financements des multinationales, bien plus faciles à financer que des PME. 

Reclaim Finance appelle la BCE à s’assurer que les opérations de refinancement à long terme soient bien orientées vers les petites et moyennes entreprises et basculent au plus vite vers le financement de la transition écologique.

Ainsi, la BCE doit refuser d’octroyer des prêts aux banques contre le dépôt d’actifs polluants : les énergies fossiles doivent être exclue de sa liste de collatéraux. De plus, l’application de taux de refinancement variables aux banques peut servir de modèle pour l’intégration de critères climatiques. 

Par ailleurs, les taux négatifs permettent aux banques d’être rémunérées pour les prêts qu’elles octroient. Les petites entreprises et les ménages devraient bénéficier de cet état de fait et donc de taux nuls.

Après une salve de premières mesures, la BCE a annoncé un nouveau programme de rachat de titres pour répondre à la pandémie. Le PEPPPandemic Emergency Purchase Program (PEPP) – vise à injecter 750 milliards d’euros dans l’économie. 

Les obligations d’Etat y sont éligibles mais celles-ci ne sont pas infinies et le programme servira au rachat de titres d’entreprises. Comme les petites entreprises ne sont pas côtées, ce sont bien les multinationales qui rafleront la mise. Les plus polluantes d’entre-elles pourraient alors bénéficier de 132 milliards de financements, y compris pour les entreprises des énergies fossiles.

Il est indispensable de conditionner ces aides à l’adoption d’engagements climatiques par les entreprises et d’en exclure les plus polluantes.

Par ailleurs, le rachat d’obligations d’Etat devra aussi servir la solidarité entre les Etats membres et concerner en priorité les Etats les plus durement touchés.

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