Paris, le 23 septembre 2020. Une analyse publiée aujourd’hui par Oil Change International et soutenue par plus de 25 ONG internationales montre qu’aucun des plans climat publiés par les majors pétrolières et gazières n’est compatible avec l’objectif de l’Accord de Paris de maintenir le réchauffement climatique sous 1,5°C. Le rapport qui évalue les plans climat de ces multinationales sur la base de dix critères fondamentaux pour pouvoir prétendre respecter cet objectif, met en lumière les graves insuffisances de leurs plans de “neutralité carbone”.

Alors que certaines analyses récentes ont comparé les plans des majors pétrolières et gazières les uns par rapport aux autres, cette analyse est la première à se concentrer sur leur compatibilité avec l’objectif de 1,5°C et sur les mesures que les entreprises doivent prendre dès à présent.

Partant du constat que cet objectif nécessitera une forte réduction de la production d’hydrocarbures au niveau mondial, et ceci dès les années 2020, l’analyse intègre dix critères nécessaires pour garantir une réelle intégrité climatique des engagements des majors pétrolières et gazières, notamment :

  • Mettre fin à l’exploration pétrolière et gazière,
  • Planifier une baisse significative de la production d’hydrocarbures d’ici 2030,
  • Adopter une date explicite de fin définitive de l’extraction d’hydrocarbures.

Le respect des dix critères proposés ne garantirait pas à lui seul un alignement sur une trajectoire de 1,5°C, mais en est une condition préalable. Pourtant aucune major pétrolière et gazières ne les respecte actuellement. Cela vaut également pour BP qui, malgré sa promesse de diminuer sensiblement sa production de pétrole et de gaz d’ici 2030 [2], continuera à approuver des nouveaux projets d’exploration et d’extraction.

Les promesses des majors de diminuer l’intensité carbone de leurs opérations ou d’atteindre la neutralité carbone à long-terme sont incompatibles avec l’urgence climatique. Les émissions mondiales de CO2 doivent diminuer de moitié d’ici 2030 pour conserver une chance de rester sous 1,5°C de réchauffement d’après le GIEC, et ceci alors que le seul CO2 contenu dans les réserves de pétrole et de gaz en cours d’exploitation suffirait à nous faire dépasser ce seuil.

Le rapport Big Oil Reality Check

Romain Ioualalen, Chargé de campagne chez Oil Change International :

“Derrière les artifices comptables et les vagues promesses de neutralité carbone en 2050, il y a une réalité simple : les majors pétrolières et gazières n’ont aucunement l’intention d’arrêter de nourrir la crise climatique. La seule façon sûre pour une major de respecter l’Accord de Paris est d’arrêter l’exploration et de réduire de manière signficative la quantité de pétrole et de gaz qu’elle extrait dès cette décennie. Or, c’est tout l’inverse qui est prévu dans ces plans.”

Lorette Philippot, Chargée de campagne aux Amis de la Terre France :

“Total apparaît parmi les mauvais élèves de la classe de cancres des huit majors pétrolières et gazières. La multinationale française a réussi il y a quelques mois à adopter une “ambition climat” qui se résume à du greenwashing. Alors que le gouvernement français s’apprête à soutenir financièrement le géant des hydrocarbures pour un nouveau méga projet gazier dans l’Arctique russe [3], cette analyse est un nouvel appel à mettre enfin un terme aux subventions aux énergies fossiles”.

Lucie Pinson, Fondatrice et directrice générale de Reclaim Finance :

“D’AXA à Allianz en passant par la CDC, les acteurs financiers qui se sont engagés à s’aligner sur une trajectoire 1,5°C et contribuer à l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris sont désormais prévenus : les majors pétrolières et gazières sont leurs principales adversaires. Une seule alternative s’offre à eux : les pousser à infléchir immédiatement leurs business models et renoncer à leurs nouveaux projets d’énergies fossiles ou les exclure de tous services financiers”.