Évaluation des stratégies climat des entreprises pétro-gazières
6 des plus grandes entreprises pétrolières et gazières intégrées cotées européennes et états-uniennes représentent à elles seules 12% des plans d’expansion de la production à court terme et 10% de la production mondiale en 2024.
Ces entreprises portent une responsabilité majeure dans le dérèglement climatique qui frappe déjà des économies entières et des millions de personnes. La mise au pas de leurs activités fossiles – incluant l’arrêt rapide des stratégies d’expansion et le démantèlement progressif des installations existantes – conditionne directement notre capacité à contenir le réchauffement au plus proche de 1,5°C.
Mais une telle transformation est-elle possible, ou n’est-elle qu’une illusion, alors que la plupart de ces entreprises sont récemment revenues sur leurs engagements climatiques, annonçant une hausse de la production d’hydrocarbures d’ici 2030 et une baisse de leurs investissements dans les renouvelables ?
C’est pour permettre aux acteurs financiers d’adapter leurs stratégies de financement, d’investissement et d’engagement que Reclaim Finance a analysé en détail leurs orientations. Plusieurs indicateurs clés ont été retenus afin d’évaluer la crédibilité de leur action climatique. Tous visent à répondre à trois questions :
- Quels sont les choix d’investissement de l’entreprise ?
- Quels sont ses objectifs de production et d’émissions de gaz à effet de serre ?
- Quelle diversification entreprend réellement l’entreprise ?
Découvrez les principales conclusions de notre analyse et téléchargez ci-dessous le briefing détaillé spécifique à chacune des 12 entreprises pétrolières et gazières. Pour faciliter votre lecture, un glossaire est disponible ici.
méthodologie
En raison de l’importance de baisser de moitié les émissions de gaz à effet de serre au cours de la décennie, l’analyse se concentre sur les objectifs poursuivis par les entreprises à l’horizon 2030.
Le scénario Net Zero Emissions by 2050 (NZE) de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) suivant une trajectoire 1.5°C est retenu comme premier scénario de référence pour les besoins de l’analyse. Ce scénario projette notamment :
- La baisse de la production de pétrole et de gaz de 15% et 10% respectivement d’ici 2030 par rapport au niveau de 2025.
- L’arrêt du développement de nouveaux projets de production de pétrole et de gaz.
- Un triplement des capacités renouvelables installées d’ici 2030, ce qui nécessite de doubler les niveaux d’investissement actuels dans les énergies renouvelables, les réseaux et le stockage pour atteindre 2 000 à 2 500 milliards de dollars d’ici 2030.
- Une réduction de 60 % des investissements dans les énergies fossiles entre 2025 et 2035, ainsi qu’une multiplication par 2 à 3 des investissements dans les « énergies propres » au cours de la même période afin de maintenir un approvisionnement énergétique fiable.
L’analyse met les projections des entreprises en perspective avec le scénario Net Zero Emissions by 2050 (NZE) de l’AIE.
Informations clés
Aucune stratégie climat n’est alignée avec un scénario 1.5°C.
L’analyse des stratégies climatiques de ces 5 entreprises pétrolières et gazières par rapport au scénario NZE montre que leurs investissements, leurs plans de production et leurs stratégies de diversification ne leur permettent pas de suivre une trajectoire compatible avec 1,5 °C.
Priorité aux actionnaires et aux énergies fossiles, en particulier le gaz
En 2025, les entreprises ont privilégié les distributions aux actionnaires et les investissements dans les énergies fossiles plutôt que les investissements dans l’énergie durable.
Poursuite de l’expansion du pétrole et du gaz
Aucune ne s’est engagée à mettre fin à l’expansion du pétrole et du gaz, contrairement au scénario NZE et aux recommandations de l’ONU.
Un mix énergétique centré sur les fossiles en 2030
Toutes prévoient un mix énergétique en 2030 comprenant encore entre 83 % et 99 % d’énergies fossiles.
Dépassement du budget carbone à 1,5 °C en 2030
Toutes émettront plus de gaz à effet de serre en 2030 que ce qui est autorisé dans un scénario à 1,5 °C.
Diversification trompeuse
Toutes les entreprises communiquent sur la diversification, tout en promouvant l’électricité à base de gaz ou d’autres fausses solutions comme la bioénergie.
Recul climatique
La plupart des entreprises ont récemment revu à la baisse leurs engagements climatiques, en priorisant l’amont pétro-gazier et/ou en réduisant leur soutien aux énergies renouvelables.
Analyse des stratégies climat
La stratégie d’investissement de BP
La société britannique a réinitialisé sa stratégie d’investissement en 2025, en annonçant un nouveau plan reposant largement sur les activités upstream de pétrole et de gaz.
- Au cours des trois dernières années, BP a investi 1,5 milliard de dollars américains par an dans l’exploration pétrolière et gazière.
- En 2024, 13,8 milliards de dollars ont été investis par BP dans la production de pétrole et le gaz intégré, et 10,1 milliards de dollars ont été distribués aux actionnaires, contre seulement 464 millions de dollars investis dans son activité « énergie bas carbone » – qui comprend les énergies renouvelables ainsi que les biocarburants, l’hydrogène et le captage et stockage du carbone.
- De 2025 à 2027, BP prévoit d’investir 10,5 milliards de dollars par an dans le pétrole et le gaz, et seulement 800 millions de dollars dans les « énergies bas carbone ». Il s’agit d’un recul significatif par rapport au plan d’investissement précédent, qui prévoyait 4 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour son activité « énergie bas carbone ».
Le plan de production fossile de BP
BP ne s’est engagé à aucun moment à cesser le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise est le 19e plus grand développeur amont au monde.
En 2023, BP est revenu sur son objectif de réduction de la production de pétrole et de gaz à l’horizon 2030. Avec sa nouvelle stratégie, l’entreprise a accentué ce recul climatique, en prévoyant une légère augmentation de sa production de pétrole et de gaz d’ici 2030, pour atteindre entre 2,3 et 2,5 millions de barils équivalent pétrole par jour. Si cet objectif est atteint, la production de l’entreprise sera 57 % supérieure au niveau requis par le scénario NZE.
La production de pétrole et de gaz de BP en 2030 représentera 1,9 % de celle projetée au niveau mondial dans le scénario NZE.
Le GNL fait partie de la stratégie d’expansion fossile de BP, avec de nouveaux terminaux d’exportation et d’importation en construction. La capacité nette de liquéfaction de BP atteindra 16 Mtpa d’ici 2030, dépassant de 16,2 % le niveau précédemment requis par le scénario NZE.
La stratégie de diversification de BP
Le modèle économique de l’entreprise continuera de reposer sur l’extraction de pétrole et de gaz ainsi que sur le GNL dans les années à venir. La diversification vers d’autres énergies restera minoritaire dans la production future de BP et impliquera des activités nuisibles à l’environnement. À ce jour BP précise notamment que, dans la catégorie bas carbone, une grande partie des investissements sera orientée vers l’hydrogène et le captage et stockage du carbone (CSC).
Un élément central de la stratégie d’expansion de la production d’électricité de BP repose sur les centrales à gaz. BP prévoit une capacité nette de production d’électricité à partir de gaz de 1,6 GW via quatre nouvelles unités de centrales à gaz, dont l’une en Europe.
BP ne communique plus d’objectif concernant ses capacités futures en énergies renouvelables au-delà de 2025. Le développement des énergies renouvelables a fortement diminué dans la nouvelle stratégie, avec un accent mis sur des partenariats à faible intensité capitalistique plutôt que sur le développement interne de nouvelles infrastructures renouvelables.
La stratégie d’investissement d’Eni
La stratégie d’investissement de l’entreprise italienne repose largement sur les hydrocarbures, en particulier sur le gaz upstream et midstream.
- Entre 2023 et 2025, Eni a investi en moyenne 1,3 milliard de dollars américains par an dans l’exploration pétrolière et gazière.
- En 2024, 6,9 milliards d’euros ont été investis dans le pétrole et le gaz – principalement en amont – et 4,5 milliards d’euros ont été distribués aux actionnaires, contre seulement 764 millions d’euros investis dans Plenitude – qui comprend l’électricité renouvelable, d’autres énergies dites « bas carbone », ainsi que la distribution de gaz.
- Jusqu’en 2030, Eni prévoit d’allouer au moins 57 % de ses investissements au pétrole et au gaz. 35 % de ses investissements (y compris les dépenses propres de Plenitude, dont une scission avec Eni est en cours) seront consacrés aux énergies bas carbone, qui incluent dans ce cas également la distribution de gaz. Le reste, soit environ 8 %, sera alloué à d’autres activités, notamment le raffinage de carburants fossiles et de biocarburants par Enilive. Il s’agit d’un recul significatif par rapport au plan d’investissement 2024-2027 précédent, Eni visant désormais 22 % d’investissements en moins dans les énergies renouvelables qu’auparavant.
Le plan de production fossile d’Eni
Eni ne s’est engagé à aucun moment à cesser le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise est le 13e plus grand développeur amont au monde et le 23e plus grand développeur de terminaux d’exportation de GNL.
Eni a continuellement augmenté son objectif de production de pétrole et de gaz au cours des dernières années. L’entreprise prévoit désormais d’augmenter sa production de pétrole et de gaz de 3 à 4 % par an jusqu’en 2030, contre 2 à 3 % auparavant. Avec la stratégie d’expansion actuelle, la production de combustibles fossiles en 2030 sera supérieure de 78 % au niveau requis par le scénario NZE.
Le GNL est au cœur de la stratégie d’expansion gazière d’Eni, avec de nouveaux terminaux d’exportation prévus. La capacité nette de liquéfaction d’Eni atteindra 15 Mtpa d’ici 2030, dépassant de 96 % le niveau précédemment requis par le scénario NZE.
La stratégie de diversification d’Eni
Le modèle économique de l’entreprise continuera de reposer sur l’extraction de pétrole et de gaz ainsi que sur le GNL dans les années à venir. La diversification vers d’autres énergies restera minoritaire dans sa production future et impliquera parfois des activités nuisibles à l’environnement.
Un élément central de la stratégie électrique d’Eni repose sur les centrales à gaz, avec 81 % de son électricité d’origine fossile en 2024. Eni prévoit la construction de six nouvelles unités de centrales à gaz, ce qui représentera une augmentation de 12 % de sa capacité brute de production à partir de gaz.
En 2026, le groupe italien maintient son objectif de capacité installée en énergies renouvelables à 15 GW d’ici 2030 (similaire à celui annoncé en 2025). L’électricité renouvelable ne représentera alors que 6 % du mix de production d’Eni.
Avec sa stratégie actuelle, Eni restera l’un des acteurs majeurs du pétrole et du gaz. En effet, en 2030, l’extraction d’hydrocarbures d’Eni représentera 1,5 % de la production mondiale projetée dans le scénario NZE, tandis que l’entreprise ne représentera que 0,1 % de la production mondiale d’électricité renouvelable.
La stratégie d’investissement d’Equinor
La stratégie d’investissement de l’entreprise norvégienne privilégie de plus en plus le secteur du pétrole et du gaz ainsi que la redistribution aux actionnaires.
- Au cours des trois dernières années, Equinor a investi 1,2 milliard de dollars américains par an dans l’exploration pétrolière et gazière.
- En 2025, 16,8 milliards de dollars ont été investis par l’entreprise dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz, et 10,7 milliards de dollars ont été distribués aux actionnaires, contre 2,8 milliards de dollars investis dans les énergies renouvelables.
- D’ici 2027, Equinor prévoit désormais d’allouer environ 23 % de ses investissements aux énergies renouvelables et aux activités « bas carbone », soit bien en dessous des 38 % annoncés en 2025. Cette prévision pour 2025 constituait déjà un recul significatif par rapport au plan précédent, qui visait à consacrer 50 % des investissements bruts aux activités « bas carbone » d’ici 2030.
Le plan de production fossile d’Equinor
Equinor ne s’est engagé à aucun moment à cesser le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise est le 22e plus grand développeur amont au monde et le 42e plus grand développeur de terminaux d’exportation de GNL.
En 2025, Equinor a modifié son engagement de réduire sa production de pétrole et de gaz à 2 millions de barils équivalent pétrole par jour d’ici 2030, en le remplaçant par un objectif de 2,2 millions, soit 10 % de plus que précédemment. Ce niveau est légèrement supérieur à celui de 2025, ce qui signifie que l’entreprise ne prévoit plus de réduire sa production. Avec la stratégie d’expansion actuelle, sa production de combustibles fossiles en 2030 sera supérieure de 80 % au niveau requis par le scénario NZE.
Le GNL constitue un élément majeur de la stratégie d’expansion gazière d’Equinor. Bien que l’entreprise ne possède pas encore de terminal d’exportation, elle prévoit d’en développer un avant 2030. Sa capacité nette de liquéfaction atteindra alors 5,2 Mtpa d’ici 2030, dépassant le niveau du scénario NZE 2024.
La stratégie de diversification d’Equinor
Le modèle économique de l’entreprise reposera sur l’extraction de pétrole et de gaz ainsi que sur le GNL dans les années à venir. La diversification vers d’autres énergies restera minoritaire dans sa production future et impliquera parfois des activités nuisibles à l’environnement. La stratégie électrique d’Equinor repose largement sur les centrales à gaz. L’entreprise prévoit la construction d’une nouvelle unité de centrale à gaz, ce qui représentera une augmentation de 50 % de sa capacité brute de production électrique à partir de gaz.
En 2025, Equinor a abandonné son objectif d’atteindre entre 12 et 16 GW de capacité installée d’ici 2030 ainsi que sa cible de production nette d’électricité renouvelable à cet horizon. L’entreprise vise désormais seulement entre 10 et 12 GW de capacité nette installée ou en développement, sans fixer de nouvel objectif de production renouvelable. En supposant que ces objectifs soient atteints, la production d’énergie renouvelable d’Equinor sera 20,9 fois inférieure à sa production issue du pétrole et du gaz en 2030.
Avec sa stratégie actuelle, Equinor restera l’un des acteurs majeurs du pétrole et du gaz. En 2030, l’extraction d’hydrocarbures d’Equinor représentera 1,6 % de la production mondiale projetée dans le scénario NZE, tandis que l’entreprise ne représentera que 0,1 % de la production mondiale d’électricité renouvelable.
La stratégie d’investissement de Shell
La stratégie d’investissement de l’entreprise anglo-néerlandaise repose largement sur les hydrocarbures, en particulier sur l’amont et le gaz intégré :
- Au cours des trois dernières années, Shell a investi 2,2 milliards de dollars américains par an dans l’exploration pétrolière et gazière.
- En 2024, 14,0 milliards de dollars ont été investis dans l’amont et le gaz intégré – qui inclut principalement les activités de GNL – et 22,5 milliards de dollars ont été distribués aux actionnaires, contre seulement 1,9 milliard de dollars investis dans son activité « Renewables and Energy Solutions » – qui comprend les énergies renouvelables et d’autres énergies dites « bas carbone ». Ce montant est en baisse par rapport aux 2,5 milliards de dollars investis en 2024.
- D’ici 2030, Shell prévoit d’allouer environ 62 % de ses investissements à son segment « amont et gaz intégré ». Seuls environ 12 % seront consacrés à son activité « Renewables and Energy Solutions ». Il s’agit d’un recul par rapport au plan d’investissement précédent, qui visait 19 % des investissements en 2025 dans ces activités.
Le plan de production fossile de Shell
Shell ne s’est engagé à aucun moment à cesser le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise est le 12e plus grand développeur amont au monde et le 4e plus grand développeur de terminaux d’exportation de GNL.
En 2023, Shell avait déjà révisé son objectif de réduction de la production pétrolière à l’horizon 2030. En 2025, l’entreprise s’est engagée à augmenter sa production de pétrole et de gaz de 1 % par an d’ici 2030, tirée par le gaz. Avec la stratégie d’expansion actuelle, la production de combustibles fossiles en 2030 sera supérieure de 23 % au niveau requis par le scénario NZE.
Le GNL est au cœur de la stratégie d’expansion fossile de Shell, avec de nouveaux terminaux d’exportation et d’importation prévus. La capacité nette de liquéfaction de Shell atteindra 58 Mtpa d’ici 2030, dépassant de 39 % le niveau requis par le scénario NZE.
La stratégie de diversification de Shell
Le modèle économique de l’entreprise continuera de reposer sur l’extraction de pétrole et de gaz ainsi que sur le GNL dans les années à venir. La diversification vers d’autres énergies restera minoritaire dans sa production future et impliquera parfois des activités nuisibles à l’environnement.
Un élément central de la stratégie électrique de Shell repose sur les centrales à gaz. L’entreprise prévoit la construction de trois nouvelles unités de centrales à gaz, ce qui représentera une augmentation de 12 % de sa capacité brute de production électrique à partir de gaz.
Shell ne communique pas d’objectif concernant ses capacités futures en énergies renouvelables. Son portefeuille actuel de capacités renouvelables installées et en développement atteint 7,4 GW. En supposant que ces projets soient réalisés d’ici 2030, et sans autre évolution du portefeuille, Shell produira encore 47 fois plus d’énergie à partir du pétrole et du gaz qu’à partir de ses capacités renouvelables en 2030.
Avec sa stratégie actuelle, Shell restera l’un des acteurs majeurs du pétrole et du gaz. En 2030, l’extraction d’hydrocarbures de Shell représentera 2,5 % de la production mondiale projetée dans le scénario NZE, tandis que l’entreprise ne représentera que 0,1 % de la production mondiale d’électricité renouvelable.
La stratégie d’investissement de TotalEnergies
La stratégie d’investissement de l’entreprise française repose largement sur les hydrocarbures, en particulier sur l’amont et le GNL.
- De 2023 à 2025, TotalEnergies a investi 947 millions de dollars américains par an dans l’exploration pétrolière et gazière.
- En 2025, 13,4 milliards de dollars ont été investis par TotalEnergies dans le pétrole et le gaz – principalement en amont et dans le GNL – et 15,8 milliards de dollars ont été distribués aux actionnaires, tandis que seulement 2,8 milliards de dollars ont été consacrés à son activité « Integrated power » – qui comprend l’électricité renouvelable et l’électricité produite à partir de gaz.
- D’ici 2030, TotalEnergies prévoit d’allouer environ 73 % de ses investissements aux activités pétrolières et gazières. Seuls 23 % sont destinés à son activité « Integrated power », et environ 3 % à son activité « molécules bas carbone ». Par ailleurs, une part significative des montants alloués à « Integrated power » correspondra à la transaction de 5 milliards de dollars entre TotalEnergies et EPH, annoncée en novembre 2025. Avec cette acquisition, le groupe confirme sa stratégie centrée sur le gaz, celui-ci représentant 81 % du portefeuille (aux côtés de la biomasse et des systèmes de stockage par batteries – BESS).
Le plan de production fossile de TotalEnergies
TotalEnergies ne s’est engagé à aucun moment à cesser le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise est le 6e plus grand développeur amont au monde et le 12e plus grand développeur de terminaux d’exportation de GNL.
TotalEnergies est revenu sur son objectif de production de pétrole et de gaz. Alors qu’il prévoyait auparavant une croissance annuelle de 2 à 3 % jusqu’en 2028, le groupe envisage désormais une hausse de 3 % par an jusqu’en 2030, avec une croissance supérieure à 3 % en 2025 et 2026. Avec la stratégie d’expansion actuelle, la production de combustibles fossiles en 2030 sera au moins 61 % supérieure au niveau requis par le scénario NZE.
Le GNL est au cœur de la stratégie d’expansion fossile de TotalEnergies, avec de nouveaux terminaux d’exportation et d’importation prévus. La capacité nette de liquéfaction du groupe atteindra 33 Mtpa d’ici 2030, dépassant de 95 % le niveau précédemment requis par le scénario NZE 2024.
La stratégie de diversification de TotalEnergies
Le modèle économique de l’entreprise continuera de reposer sur l’extraction de pétrole et de gaz ainsi que sur le GNL dans les années à venir. La diversification vers d’autres énergies restera minoritaire dans sa production future et impliquera parfois des activités nuisibles à l’environnement.
Un élément central de la stratégie électrique de TotalEnergies repose sur les centrales à gaz. Le groupe prévoit la construction de six nouvelles unités de centrales à gaz et envisage de doubler sa production d’électricité à partir de gaz d’ici 2030. L’électricité issue du gaz représentera alors plus de 30 % de la production électrique de l’entreprise.
TotalEnergies prévoit de développer ses activités dans les énergies renouvelables, avec une augmentation de capacité passant de 15 GW aujourd’hui à environ 58 GW d’ici 2030. L’électricité renouvelable ne représentera toutefois qu’environ 8 % du mix de production du groupe.
Avec sa stratégie actuelle, TotalEnergies restera l’un des acteurs majeurs du pétrole et du gaz. En 2030, l’extraction d’hydrocarbures du groupe représentera 2,3 % de la production mondiale projetée dans le scénario NZE, tandis que l’entreprise ne représentera que 0,3 % de la production mondiale d’électricité renouvelable.
La stratégie d’investissement d’ExxonMobil
La stratégie d’investissement de l’entreprise américaine repose largement sur les hydrocarbures, en particulier sur l’amont et le GNL.
- Entre 2023 et 2025, ExxonMobil a investi 1,1 milliard de dollars américains par an dans l’exploration pétrolière et gazière.
- En 2024, 28,4 milliards de dollars ont été investis par ExxonMobil dans le pétrole et le gaz – principalement en amont – et 37,6 milliards de dollars ont été distribués aux actionnaires. ExxonMobil n’a déclaré aucun investissement dans la production d’électricité renouvelable pour 2025.
- D’ici 2030, ExxonMobil prévoit d’investir environ 29,8 milliards de dollars par an, dont 3,3 milliards devraient être consacrés à des « solutions bas carbone ». Ce terme inclut le captage et stockage du carbone (CSC), l’hydrogène, les biocarburants ou les matériaux carbonés, mais ExxonMobil ne prévoit pas d’investir dans la production d’électricité renouvelable.
Le plan de production fossile d’ExxonMobil
ExxonMobil ne s’est engagé à aucun moment à cesser le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise est le 5e plus grand développeur amont au monde et le 19e plus grand développeur de terminaux d’exportation de GNL.
Début 2025, ExxonMobil a fixé un nouvel objectif de production de pétrole et de gaz : l’entreprise vise 5,4 millions de barils équivalent pétrole par jour d’ici 2030, soit une forte augmentation par rapport à l’objectif précédent (4,2). À la fin de 2025, cet objectif a encore été relevé à 5,5 millions de barils équivalent pétrole. Avec la stratégie d’expansion actuelle, la production de combustibles fossiles en 2030 sera supérieure de 53 % au niveau requis par le scénario NZE.
Le GNL est au cœur de la stratégie d’expansion fossile d’ExxonMobil, avec de nouveaux terminaux d’exportation et d’importation prévus. La capacité nette de liquéfaction du groupe atteindra 36 Mtpa d’ici 2030, dépassant de 65 % le niveau précédemment requis par le scénario NZE.
La stratégie de diversification d’ExxonMobil
Le modèle économique de l’entreprise continuera de reposer sur l’extraction de pétrole et de gaz ainsi que sur le GNL dans les années à venir. La diversification vers l’électricité renouvelable est inexistante selon les informations publiées.
La diversification vers d’autres formes d’énergie restera minoritaire dans sa production future et impliquera parfois des activités nuisibles à l’environnement.
Un élément central de la stratégie électrique d’ExxonMobil repose sur les centrales à gaz. L’entreprise prévoit la construction de six nouvelles unités de centrales à gaz, ce qui représentera une augmentation de 68 % de sa capacité brute de production électrique à partir de gaz.
Avec sa stratégie actuelle, ExxonMobil restera l’un des acteurs majeurs du pétrole et du gaz. En 2030, l’extraction d’hydrocarbures du groupe représentera 4,4 % de la production mondiale projetée dans le scénario NZE.