Évaluation des stratégies climat des entreprises pétro-gazières
Les 14 plus grandes entreprises pétrolières et gazières européennes, états-uniennes et compagnies pétro-gazières nationales représentent à elles seules 35,9% de la production mondiale 2022 et 45,4% des plans d’expansion à court terme.
Certains acteurs financiers jugent leur transformation essentielle pour permettre une réduction progressive de la production d’hydrocarbures en ligne avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C et répondre aux besoins massifs en termes de déploiement des énergies renouvelables. Pour d’autres, les entreprises pétro-gazières sont structurellement inaptes à se transformer et constituent avant tout une source de risques à contrôler ou éviter, notamment à travers la mise en place de restrictions voire d’exclusions. Dans les deux cas, il est indispensable que les acteurs financiers fassent reposer leurs actions à l’égard des entreprises pétro-gazières sur des faits.
Reclaim Finance a à cette fin analysé les stratégies climat des grandes entreprises pétro-gazières européennes, états-uniennes, et des compagnies pétro-gazières nationales (NOC). Plusieurs indicateurs jugés fondamentaux pour évaluer leurs mesures à l’aune de celles qu’il faudrait fournir pour tenir l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C ont été retenus. Tous visent à répondre à trois questions majeures : l’entreprise publie-t-elle des informations suffisantes pour apprécier sa trajectoire à l’horizon 2030 ? Quels sont ses choix d’investissements ? Quels sont ses objectifs de production et d’émissions de gaz à effet de serre ?
Découvrez les principales conclusions de notre analyse et téléchargez ci-dessous le briefing détaillé spécifique à chacune des 12 entreprises pétrolières et gazières.
Pour faciliter votre lecture, un glossaire est disponible ici.
méthodologie
En raison de l’importance de baisser de moitié les émissions de gaz à effet de serre au cours de la décennie, l’analyse se concentre sur les objectifs poursuivis par les entreprises à l’horizon 2030.
Le scénario Net Zero Emissions by 2050 (NZE) de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) suivant une trajectoire 1.5°C est retenu comme premier scénario de référence pour les besoins de l’analyse. Ce scénario projette notamment :
- l’arrêt du développement de nouveaux projets de production de pétrole et de gaz et de terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL).
- la baisse de la production de pétrole et de gaz de 21 et 18 % respectivement d’ici 2030 par rapport au niveau de 2022.
- une multiplication par 2,1 des investissements totaux dans l’énergie avec un triplement des investissements dans les énergies soutenables, l’utilisation finale et l’efficacité énergétique, de manière à investir d’ici 2030 neuf dollars dans ces solutions pour chaque dollar investi dans les énergies fossiles.
L’analyse met les projections d’émissions de gaz à effet de serre en perspective avec le scénario Net Zero Emissions by 2050 (NZE) de l’AIE mais aussi son scénario Announced Pledges Scenario (APS), lequel suit une trajectoire en-dessous de 2°C.
Informations clés
Aucune stratégie climat n’est alignée avec un scénario 1.5°C.
L’analyse des statégies climat de ces 12 entreprises pétrolières et gazières au regard du scénario Net Zero Emission by 2050 (NZE) de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) démontre que leurs plans de production, flux de trésorerie et mix énergétique ne leur permettent pas de suivre une trajectoire 1,5°C.
Pas d’arrêt de l’expansion pétro-gazière.
Aucune entreprise ne s’est engagée à arrêter l’expansion pétro-gazière, à rebours des projections de l’AIE et des recommandations de l’ONU.
Des objectifs de production trop élevés.
Dès lors qu’elles publient des objectifs de production, toutes les entreprises visent une production de pétrole et de gaz d’ici 2030 bien plus élevés que ce qui est requis dans le scénario NZE de l’AIE.
Des investissements insuffisants dans les énergies soutenables.
Les investissements de l’année 2022 dans les énergies renouvelables restent bien inférieurs à ceux dans les énergies fossiles. Les entreprises américaines ne communiquent aucun investissement dans les énergies soutenables.
Un mix énergétique à 2030 reposant sur les énergies fossiles.
Le dépassement du budget carbone 1,5°C à 2030.
Toutes vont émettre plus de gaz à effet de serre à 2030 que ce qui leur est accordé dans un scénario 1,5°C.
Un manque de transparence dans les stratégies climat.
Toutes ont des stratégies climat opaques qui contiennent des données peu détaillées.
Analyse des stratégies climat
Plans de production de TotalEnergies
En 2030, avec son objectif de production de pétrole et de gaz (en excluant la Russie), la production de TotalEnergies sera supérieure jusqu’à 52 % au niveau requis pour s’aligner sur la NZE.
TotalEnergies ne s’est pas engagé à cesser de développer de nouveaux projets pétroliers et gaziers au-delà de ceux déjà en cours de développement, alors que la major possède 7 544 mmboe de ressources d’hydrocarbures découvertes qui ne sont pas encore entrées dans la phase d’évaluation ou de développement du champ. Entre 2020 et 2022, TotalEnergies a dépensé en moyenne 1 milliard de dollars par an pour l’exploration, ce qui en fait le 13e plus gros investisseur dans ce domaine.
Répartition des flux de trésorerie de TotalEnergies
En 2022, TotalEnergies a alloué 12,2 milliards de dollars au pétrole et au gaz, dont 10 milliards à l’exploration et à la production de pétrole et de gaz. Parallèlement, la major française a investi 4 milliards de dollars dans la branche « Integrated Gas, Renewable and Power (iGRP) ».
Pour chaque dollar investi dans la division iGRP en 2022, TotalEnergies a investi plus de 3 dollars dans le pétrole et le gaz. En tenant en compte le fait que la division iGRP de TotalEnergies comprend des activités liées aux énergies non renouvelables, telles que les centrales à gaz, pour chaque dollar investi dans les combustibles fossiles, moins de 33 cents ont été investis dans les énergies renouvelables durables. Pour chaque dollar investi dans la division iGRP en 2022, plus de 4 dollars ont été distribués aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions.
D’ici 2030, TotalEnergies a pour objectif d’investir 5,3 milliards de dollars par an dans les « énergies bas carbone », qui comprennent l’électricité intégrée et les nouvelles molécules, tandis que 4,5 milliards de dollars par an seront investis dans de nouveaux projets pétroliers et gaziers, y compris des projets de GNL.
Plus élevés qu’en 2022, les investissements futurs dans les « énergies bas carbone » représenteront toujours moins d’un tiers de ses dépenses d’investissement.
Mix énergétique de TotalEnergies
TotalEnergies vise une capacité renouvelable brute de 35 GW d’ici 2025 et de 100 GW d’ici 2030, ce qui représente une capacité renouvelable nette de 23 GW et 67 GW respectivement. Sa stratégie repose sur une stratégie d’acquisition d’actifs et d’entreprises. La part maximale des énergies renouvelables dans le mix énergétique de TotalEnergies restera inférieure à 16 % en 2030.
Emissions de gaz à effet de serre de TotalEnergies
L’intensité carbone visée par TotalEnergies en 2030 est de 20 % supérieure à celle du scénario NZE et de 7 % supérieure à celle d’un scénario en dessous de 2°C. Si TotalEnergies atteint ces cibles et réduit sa production d’énergie conformément aux scénarios NZE et APS de l’AIE, la major française aura dépassé sa part du budget carbone 2023-2030 de 20 % par rapport aux émissions possibles dans le scénario NZE et de 7 % par rapport à celles émises dans le scénario APS.