EN FINIR AVEC LE CHARBON

Le problème du charbon
Le désinvestissement inefficace ?
Attention au greenwashing !
La France pourrait donner l’exemple

745 milliards $ à l’expansion du charbon

5 ans après l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, le charbon demeure une des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre au monde qui met en péril la santé de millions de personnes aujourd’hui et le futur de tous demain.

Le secteur financier a une forte responsabilité dans l’échec collectif à organiser la sortie du secteur. Leurs investissements, financements, couvertures d’assurance et autres services financiers maintiennent à flot une industrie concurrencée par des renouvelables désormais plus compétitifs. En se tenant aux financements uniquement, entre 2017 et septembre 2019, les banques ont accordé plus de 745 milliards de dollars rien qu’aux entreprises qui entendent construire de nouvelles centrales à charbon.

Reclaim Finance appelle les institutions financières à adopter une politique publique sur le charbon visant à aligner leurs services financiers à l’objectif de 1,5°C. Ils doivent immédiatement mettre un terme à tous leurs services financiers à l’expansion du secteur. Par ailleurs, ils doivent adopter une stratégie soutenant la fermeture des infrastructures charbon en opération.

Le problème du charbon

0 %
du CO2 émis par le secteur énergétique
0
morts prématurées par an
+ 0
nouvelles centrales à charbon prévues

Les appels des scientifiques et des Nations Unies à un arrêt dans la construction de nouvelles centrales à charbon et à une sortie rapide du secteur ont beau se succéder, la capacité mondiale de production d’électricité à partir de charbon n’a cessé d’augmenter sur les deux dernières décennies et le charbon représente toujours 38% de l’électricité produite dans le monde. Les réglementations en matière de pollution de l’air heurtent les projets les plus polluants et contribuent à accélérer l’adoption d’objectifs de sortie totale dans certains pays. Mais même la baisse provoquée en 2020 par la crise du covid ne pourrait être qu’un interlude à l’échelle internationale. Une chose est sûre, nous sommes loin du rythme de fermeture nécessaire pour contenir le réchauffement à 1,5°C.

Au contraire, plus de 1000 nouvelles unités de production d’électricité à partir de charbon sont toujours prévues, principalement en Asie, et viendraient s’ajouter aux plus de 6600 unités déjà en opération, de quoi augmenter de près de 40% la capacité existantes. Une situation particulièrement alarmante totalement à contre-courant des appels scientifiques à engager dès maintenant la fermeture des milliers d’infrastructures charbon. On ne construit pas ce type d’installations pour quelques années uniquement, mais bien pour 40 ou 50 ans, ce qui mènerait les nouvelles à rester en opération jusqu’en 2060-2070. Or, limiter le réchauffement à 1,5°C maximum ne sera possible qu’avec un arrêt total de la production d’électricité à partir de charbon, au plus tard en 2030 dans les pays européens et de l’OCDE et en 2040 ailleurs dans le monde.

Lire nos demandes sur le charbon.

Le désinvestissement inefficace ?

Près de 170 institutions financières d’importance mondiale ont désormais des politiques limitant les services financiers au secteur du charbon. Les effets sont notables.

  • En novembre 2018, les analystes de Goldman Sachs eux-mêmes écrivaient que “le mouvement de désinvestissement a été l’un des principaux moteurs du déclassement de 60% du secteur du charbon au cours des cinq dernières années”.
  • Et en janvier 2019, c’était au tour des analystes d’un des plus gros courtiers en assurance au monde, Willis Towers Watson, de constater que la fuite des assureurs du marché du charbon réduit significativement l’accès des acteurs du secteur à des couvertures d’assurance abordables et les fragilise encore plus face aux autres acteurs de l’énergie.

Mais si trouver des financements, investissements, couvertures d’assurance et autres services financiers est plus difficile, ce n’est pas impossible. Les politiques déjà adoptées impactent en particulier les petites et moyennes entreprises spécialisées dans le secteur du charbon, mais sont insuffisantes pour infléchir de manière notable la production et consommation de charbon. La faute, non pas à la quantité mais à la qualité des politiques.

Un trop grand nombre de politiques sont des coquilles vides ou politiques vitrine avec un impact positif nul ou limité sur le climat. Elles ne transforment qu’à la marge les activités de ceux qui les adoptent et entravent très peu leur capacité à financer, assurer ou investir dans des entreprises qui continuent de miser sur le charbon. Leurs objectifs premiers sont de donner l’impression d’agir et protéger les acteurs financiers des risques financiers liés au secteur du charbon et non de prévenir les impacts humains et environnementaux liés au charbon.

Le Coal Policy Tool

Attention au greenwashing !

Découvrez trois exemples de politiques loin de répondre aux enjeux.

En savoir +
En savoir +
En savoir +

La finance française pourrait donner l’exemple

Le 2 juillet 2019, les institutions financières françaises se sont engagées à travers leurs fédérations professionnelles à adopter d’ici à mi-2020 une stratégie de sortie du charbon comprenant un calendrier de désengagement global du secteur L’occasion de tourner une page alors que cela fait près de 10 ans que les premières politiques sur le charbon ont été adoptées en France.

S’il est tenu, l’engagement du 2 juillet de la place financière de Paris pourra fera aussi figure d’exemple sur la scène internationale, à commencer à la City de Londres où il pourrait avoir un puissant effet d’entraînement en amont de la COP26.

Mais rien n’est moins sûr: l’engagement demeure non contraignant et la mise en oeuvre des mesures annoncées sera évaluée fin 2020 par des commissions composées en partie d’acteurs financiers. Par ailleurs, aucun mécanisme de sanction n’a été mis en place.

Ainsi, si la date de mi-2020 est déjà passée, on voit déjà poindre le risque que de nombreux plans de sortie ne soient pas alignés avec une trajectoire 1,5°C et même à ce que de nombreux acteurs n’y donnent pas suite.

Une dizaine d’acteurs financiers français a pour l’instant répondu présent et adopté une politique robuste de sortie du secteur du charbon: Il s’agit de AG2R La Mondiale, AXA, CNP Assurances, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, La Banque Postale Asset Management, MACIF, Meeschaert, OFI Asset Management, et SCOR sur sa partie investissements.

L’effroyable lenteur des acteurs financiers français

Ils n’ont pas tenu leurs promesses

De nombreux acteurs de la place financière de Paris n’ont toujours pas donné suite à l’engagement du 2 juillet 2019 d’avoir d’ici mi 2020 une politique de sortie du secteur du charbon. Quand certains des plus gros, par exemple La Française AM et ODDO BHF AM n’ont pas de politique du tout, de nombreux autres n’ont que des politiques minimalistes.

Le Coal Policy Tool des acteurs français