Contribuer à la décarbonation de l’acier
Limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C exige de mettre fin à la dépendance aux énergies fossiles. Ce défi ne pourra être relevé que par l’adoption d’approches globales couvrant à la fois la production d’énergies fossiles et leur consommation par les secteurs de la demande, comme le secteur de l’acier.
Qu’il s’agisse de bâtiments, de voitures, d’appareils ménagers ou d’autres équipements, l’acier est omniprésent dans le monde moderne. La quantité d’acier utilisée dans le monde était estimée à 209 kg par personne en 2025. L’acier est également un élément essentiel de la transition énergétique. Il est utilisé pour construire des éoliennes, des panneaux solaires, ou encore des véhicules électriques.
Les méthodes actuelles de production d’acier émettent une grande quantité de carbone par unité de production en raison de leur dépendance au charbon, appelé charbon métallurgique ou coke lorsqu’il est utilisé pour fabriquer de l’acier. Il est possible de décarboner la production d’acier tout en répondant à la demande grâce à des solutions plus propres et compétitives. Cela doit devenir une priorité.
Décarboner l’acier ne sera possible que si les institutions financières s’engagent à financer les bonnes solutions. Elles doivent de toute urgence refuser de perpétuer la dépendance du secteur de l’acier à l’égard du charbon et financer des technologies plus propres à la place.
Décarbonation de l’acier : le temps presse
Le secteur de l’acier est le plus grand émetteur industriel de CO2. En raison de sa consommation de charbon, il produit 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et 11 % des émissions mondiales de CO2. À titre de comparaison, le secteur de l’aviation représente 2,5 % des émissions mondiales de CO2.
Décarboner l’acier est essentiel pour limiter le réchauffement climatique. Dans l’Union Européenne, l’industrie de l’acier est responsable de 5% des émissions de CO2 et devrait les réduire de 55% d’ici à 2030 pour que les objectifs climatiques de l’Europe soient respectés. De la même manière, pour atteindre le scénario Net Zero de l’Agence Internationale de l’Énergie, la production mondiale de charbon métallurgique devrait diminuer d’environ 30 % d’ici à 2030 et de 88 % d’ici à 2050, par rapport aux niveaux de 2021.
Pourtant, les capacités de production d’acier dépendant du charbon continuent à augmenter. Elles représentent aujourd’hui 40% de la capacité de production d’acier en développement.
Alors que de nombreuses infrastructures actuelles approchent de la fin de leur durée de vie, des investissements importants sont nécessaires. C’est l’occasion de passer à des technologies plus propres pour produire de l’acier. Investir dans le prolongement de la durée de vie des hauts fourneaux serait fatal car cela prolongerait une dépendance au charbon qui générerait des émissions pendant 15 à 20 ans supplémentaires, ruinant tout espoir de décarboner le secteur de l’acier à temps pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
« Les projets en cours de développement sont clairement en deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre le scénario net zéro ». Agence internationale de l’énergie, 2023.
La fabrication de l’acier
Aujourd’hui, il existe deux façons principales de produire de l’acier. La plupart des émissions de l’acier proviennent de la fabrication à partir de matières premières : le charbon métallurgique et du minerai de fer. C’est ce que l’on appelle la production primaire. Elle se fait presque exclusivement par la voie de hauts fourneaux et de convertisseurs basiques à oxygène (BF-BOF) et qui représente toujours 66% de la production mondiale d’acier et est responsable de 88% des émissions de CO2 du secteur.
L’acier peut également être produit en recyclant les morceaux d’acier et en utilisant des fours à arc électriques (EAF). Ce type de production dit secondaire émet sept fois moins de carbone que la production primaire, et encore moins si elle fonctionne avec des sources d’électricité propres. Toutefois, elle dépend fortement de la disponibilité et de la qualité des pièces d’acier à recycler.

Des méthodes de production d’acier qui produisent moins de CO2 existent ou sont en cours de développement. Les récentes avancées technologiques, notamment l’utilisation de l’hydrogène vert pour la réduction du fer, rendent possible la décarbonation de l’acier à temps pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, comme le prouvent des études telles que le Net Zero Steel Project. Cela signifie que l’hydrogène vert doit être privilégié pour les secteurs les plus difficiles à décarboner où il représente la meilleure option de décarbonation. Accroître la disponibilité de sources d’énergie propres pour les infrastructures de production d’acier est également essentiel pour décarboner le secteur.
Le double jeu d’ArcelorMittal
En tant que l’un des plus grands producteurs d’acier au monde, ArcelorMittal a un rôle clé à jouer dans la décarbonation du secteur. Toutefois, en l’état actuel, l’entreprise n’a pas mis en œuvre sa propre stratégie climatique et a reculé sur les objectifs et la trajectoire qu’elle avait elle-même fixée en 2021.
Comme l’a analysé SteelWatch dans sa dernière évaluation d’ArcelorMittal, « l’entreprise a revu à la baisse son objectif de réduction des émissions au niveau du groupe pour 2030, le faisant passer de 25% à 10%, tandis que l’objectif pour l’Europe, auparavant fixé à 35%, a complètement disparu ».
Hormis le projet de four à arc électrique de Dunkerque en France, l’entreprise indique dans son dernier rapport de durabilité qu’aucune autre décision d’investissement en faveur de la décarbonation ne sera prise avant que ce projet ne soit opérationnel, soit après 2030. Entre 2021 et 2025, seuls 1,1 milliard de dollars ont été consacrés à la décarbonation, sur un total de 19,8 milliards de dépenses d’investissement, tandis que 12 milliards de dollars ont été reversés aux actionnaires. Malgré les 3,6 milliards d’euros de subventions publiques reçues par l’entreprise au titre de la décarbonation, son rythme d’action actuel rend impossible l’atteinte d’objectifs climatiques et la réalisation de progrès à la hauteur de l’urgence climatique.
Outre son inaction climatique, ArcelorMittal fait également l’objet de critiques concernant l’impact de ses activités sur les droits humains dans de nombreux pays, notamment au Mexique, au Libéria et en Afrique du Sud. Cela se traduit notamment par une perte de contrôle des terres, eaux et forêts par des communautés autochtones, et par une pollution persistante qui nuit à la santé et limite les moyens de subsistance dans des quartiers défavorisés.
Les institutions financières ne devraient pas soutenir une telle stratégie.
Les institutions financières doivent pousser les producteurs d’acier vers les bonnes technologies
La première étape consiste à cesser de soutenir toute nouvelle mine de charbon métallurgique, tout plan d’expansion, tout nouveau projet d’acier à base de charbon, tout projet d’expansion ou tout regarnissage de hauts-fourneaux.
Les institutions financières expriment de plus en plus leur mécontentement face à une action climatique qui se fait uniquement au niveau de l’approvisionnement en énergies fossiles. Cependant, elles n’ont pas encore adopté de politiques visant les secteurs de la demande. Leurs politiques charbon ne visent que le charbon thermique, principalement à cause de la croyance qu’il n’y a pas d’alternatives au charbon métallurgique. A ce jour, seules 12 institutions financières ont adopté une politique d’exclusion du charbon métallurgique, et pour la plupart seulement au niveau des projets, alors que la plupart des financements ont lieu au niveau de l’entreprise. Pourtant, de nouvelles technologies existent aujourd’hui et peuvent être développées et déployées si les ressources financières nécessaires sont mises à disposition. C’est l’occasion pour ces institutions financières de joindre l’acte à la parole.
La première étape consiste à cesser de soutenir toute nouvelle mine de charbon métallurgique, tout plan d’expansion, tout nouveau projet d’acier à base de charbon, tout projet d’expansion ou tout regarnissage de hauts-fourneaux. La seconde consiste à conditionner les nouveaux services financiers aux clients et aux entreprises bénéficiaires à un engagement de cesser de développer de telles infrastructures et d’inciter les entreprises d’acier à investir dans les technologies appropriées, dans toutes les zones géographiques.