Alors que limiter le réchauffement climatique en deçà d’1,5°C impose de réduire la production de pétrole et de gaz, Crédit Agricole continue à verser de l’huile sur le feu en soutenant de plus en fortement l’industrie pétrolière et gazière. Pire encore, le groupe augmente ses soutiens dans les secteurs d’activité les plus risqués, en dépit parfois de premiers engagements pris par la banque, comme c’est le cas dans les forages en Arctique et les sables bitumineux. Ce mercredi 12 mai, le Crédit Agricole rassemble ses actionnaires. L’occasion de faire le point sur la politique (pro) pétrole et gaz.

Précisons tout d’abord que les engagements pris par Crédit Agricole sur le pétrole et le gaz ne concerne que sa filiale de banque de financement et d’investissement, CACIB et non sa branche de gestion d’actifs, le géant Amundi. Cela fait déjà un sacré trou dans la raquette. Voyons maintenant les engagements de CACIB. Si les autres banques françaises ne sont pas très avancées sur le pétrole et le gaz, Crédit Agricole fait clairement moins bien que BNP Paribas, son premier concurrent.

Crédit Agricole: aux côtés des développeurs de projets pétroliers et gaziers les plus risqués

Au lieu de réduire ses financements aux énergies fossiles, Crédit Agricole soutient de plus en fortement l’industrie pétrolière et gazière et son expansion. D’après les données du rapport Banking on Climate Chaos 2021, la banque a versé pas moins de 64 milliards de dollars de financements entre 2016 et 2020 aux charbon, pétrole et au gaz. Près d’un tiers de cette manne financière est venue soutenir les entreprises impliquées dans la production actuelle et future de pétrole et gaz non conventionnels. Paradoxalement, alors que tous les voyants de la planète sont au rouge, Crédit Agricole soutient de plus en plus ces secteurs d’activité très destructeurs pour l’environnement et le climat avec près de 6 milliards de dollars de soutiens rien qu’en 2020. Même les secteurs pour lesquels la banque a adopté une politique sectorielle – les hydrocarbures issus des sables bitumineux et les forages en Arctique – ne font pas exception et la banque y affiche des chiffres en hausse.

Une présence forte en Arctique

Alors que Crédit Agricole fait partie des premières banques à avoir exclu les financements de projets pétroliers en Arctique en décembre 2017, elle figure quand même parmi les 10 banques au monde les plus impliquées dans la région. Selon les données du rapport Banking on Climate Chaos 2021, entre 2016 et 2020, la banque a octroyé près d’1,4 milliards de dollars de financements aux 30 entreprises les plus actives dans l’Arctique. En 2020, ce soutien représente 843 millions de dollars, en hausse par rapport à 2016. En effet, si Crédit Agricole ne finance pas directement les projets, rien ne l’empêche actuellement de financer les entreprises qui sont impliquées dans le développement de projets en Arctique – Total par exemple dont Crédit Agricole est le 1er financeur et le 2ème plus gros actionnaire via sa filiale Amundi. En outre, Crédit Agricole a exclu les projets pétroliers, mais pas les projets gaziers en Arctique, pourtant tout aussi destructeurs pour l’environnement et la biodiversité. Enfin, la définition de l’Arctique appliquée par le Crédit Agricole est partielle : elle ne couvre que les projets offshore, soit 40 % seulement des projets recensés dans la zone Arctique définie par l’Arctic Monitoring and Assessment Programme (AMAP).

Pétrole et gaz de schiste

En 2020 il y a un an, le Crédit Agricole s’était engagé à réviser sa politique et mettre progressivement fin à ses soutiens aux “producteurs indépendants spécialisés” dans le secteur. Un engagement très en deçà de celui de BNP Paribas. Non seulement cette annonce ne s’est pas traduite dans une politique, mais cette seule mesure ne garantira aucunement une sortie de la banque de cette industrie nocive. Pour que la mesure prenne son sens, elle doit s’appliquer à toutes les entreprises qui développent de nouveaux projets dans les pétroles et gaz de schiste, même si les gaz de schiste ne sont pas leur seul secteur d’activité: les majors pétrolières et gazières par exemple. Il est urgent que Crédit Agricole révise sa copie étant donné que ses soutiens au pétrole et gaz de schiste sont en augmentation: 4,2 milliards entre 2016 et 2020, dont plus de 800 millions en 2020, en hausse par rapport à 2016.

Crédit Agricole couronné roi du pétrole et du gaz à la COP 26?

Si Crédit Agricole ne veut plus rimer avec “Roi du Pétrole”, il est urgent que le groupe dans son ensemble revoit sa copie d’ici la COP 26. C’est le sommet climat le plus important depuis la COP21, et Crédit Agricole doit arriver à ce grand rendez-vous international avec de nouveaux engagements ambitieux sur les énergies fossiles, à commencer par annoncer la fin immédiate de tous ses soutiens à l’expansion des secteurs pétrole et gaz les plus risqués.