Communiqué de presse – Reclaim Finance

Lundi 6 avril 2020. 19 ministres de la zone euro se réunissent demain pour discuter de mesures financières complémentaires en réponse à la crise du Covid-19. Dans une lettre ouverte à l’Eurogroupe et à la gouvernance du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), 10 organisations appellent les ministres à opter pour des aides flexibles dépensées en cohérence avec le Green Deal européen et l’objectif de neutralité carbone 2050.

En réponse à la crise, les gouvernements et institutions multiplient les mesures[1] pour venir en aide à l’économie et éviter l’installation d’une crise économique durable. Pour financer des Etats européens particulièrement touchés, l’Eurogroupe étudie la mise en place de mesures d’urgence[2], qui viendraient s’ajouter aux premières décisions de la Banque Centrale Européenne, de la Commission et des états membres.

Pour Paul Schreiber en charge de la campagne pour la régulation des acteurs financiers à Reclaim Finance :

“Nous soutenons la mise en place de dispositifs additionnels aux leviers monétaires mobilisés par la Banque Centrale Européenne. Mais la zone euro doit faire preuve d’unité, aider les pays les plus vulnérables tout en soutenant la construction d’une société après crise solidaire et soutenable. Les plans de relance nationaux représentent déjà plus de 2% du PIB des pays de la zone euro, les mesures de liquidité plus de 13%. Dans ce contexte, la constitution d’une dette commune ne devrait pas être un tabou tant qu’elle s’inscrit dans une perspective de « solidarité verte »”.

Si l’activation du Mécanisme Européen de Stabilité, plus précisément de ses lignes de crédits (« precautionary credit lines »), est désormais quasiment actée, des mesures complémentaires pourraient être adoptées : la mise en place d’un plan de 200 milliards piloté par la Banque Européenne d’Investissement, la création d’un fond de solidarité de 20 milliards proposé par le gouvernement néerlandais ou la mise en place d’un fond permettant la constitution d’une dette commune pour une durée limitée proposée par la France[3].

Dans une lettre[7], 10 organisations appellent l’Eurogroupe à renforcer la solidarité interétatique, à ne pas lier les mesures prises à des ajustements macroéconomiques – qui auraient pour conséquences la mise en place de politiques d’austérité – et à orienter ces mesures de manière cohérente avec le Green Deal et les objectifs climatiques européens.

Dans sa déclaration commune du 26 mars, le Conseil de l’Europe déclarait : « l’urgence est présentement au combat contre la pandémie de coronavirus et ses conséquences immédiates. Cependant, nous devons commencer à préparer les mesures nécessaires pour revenir à un fonctionnement normal de nos sociétés et économies et à une croissance durable, intégrant la transition écologique »[4]. Dès demain, les ministres des finances ont l’occasion de s’engager sur cette voie.

Lucie Pinson, directrice générale de Reclaim Finance conclut :

“Conditionner les nouvelles aides financières à la mise en place de programmes d’ajustements macroéconomiques et donc à l’austérité une fois la crise terminée ne fera que amoindrir la résilience de nos sociétés face aux futures crises sanitaires et environnementales. Les sommes nécessaires à la transition écologique sont colossales (5) et il faut donc dès maintenant aligner les programmes économiques et financiers sur une trajectoire 1,5°C. Combattre les conséquences de la pandémie et le changement climatique sont conciliables, il suffit de le vouloir. Demain, les ministres des finances doivent exiger que les fonds débloqués soient utilisés en cohérence avec le Green Deal européen et l’objectif de neutralité carbone 2050. Cela impose donc de ne pas faire de chèque en blanc aux entreprises les plus polluantes (6), mais de conditionner les aides à des objectifs de décarbonation de leurs activités.”

[1] Policy Responses to COVID-19 – International Monetary Fund

[2] Coronavirus services sector craters as the EU searches new funding

[3] Netherlands, Austria push for tougher conditions for corona loans

[4] Joint statement of the members of the European Council, 26 March 2020

[5] La Commission Européenne estime que 260 milliards supplémentaires sont nécessaires chaque année pour atteindre la neutralité carbone en 2050, une estimation qui ne prend pas en compte l’écart actuel entre les investissements constatés et les investissements cibles ni le besoin de rehausser l’objectif européen de réduction des gaz à effet de serre fixé pour 2030. Pour la France, d’après le panorama finance-climat de l’I4CE, les investissements devraient augmenter de 15 à 18 milliards par an de 2019 à 2023 et de 32 à 41 milliards de 2024 à 2028.

[6] Liste d’entreprises à exclure des collatéraux et rachats de titres, 25 mars 2020 – Reclaim Finance

[7] NGO Letter to Eurogroup, 6 avril 2020