BBVA, la deuxième banque espagnole par volume d’actifs, a publié en mars 2021 ses nouvelles politiques sectorielles environnementales et sociales (Environmental and Social Framework) qui actualisent les précédentes versions datant de 2020. Principal point positif : BBVA s’engage à sortir progressivement du charbon thermique d’ici 2030 dans les pays développés et d’ici 2040 dans le monde entier. Toutefois, cette politique sur le charbon reste insuffisante, en raison du grand nombre d’exceptions qu’elle autorise et de l’absence d’un engagement fort visant à exclure immédiatement toutes les entreprises développant de nouveaux projets charbon.

1. Ce qui change

  • Lors de la précédente actualisation de sa politique charbon en décembre 2020, BBVA avait abaissé ses seuils d’exclusion de 40% à 25% des revenus provenant du charbon pour les entreprises minières et de 35% à 25% de la production d’électricité pour les entreprises de production d’électricité à partir du charbon. Néanmoins, les entreprises ayant une stratégie de diversification n’étaient pas concernées par ces exclusions.
  • BBVA a également révisé le champ des possibles exceptions pour les activités de financements de projets. . Alors que ces exceptions concernaient auparavant les « nouvelles mines de charbon et les nouvelles centrales à charbon », elles sont maintenant restreintes aux « mines existantes ou à l’expansion des mines utilisant des méthodes MTR (Mine à déplacement de sommet) et aux centrales à charbon existantes et en construction».
  • Avec cette nouvelle politique, la banque basée à Bilbao va encore plus loin en annonçant que « BBVA vise une exposition zéro aux clients du secteur du charbon d’ici 2030 dans les pays développés et d’ici 2040 au niveau mondial, à travers une politique d’engagement et une surveillance active de son portefeuille ». BBVA définit ses clients du secteur du charbon comme « des entreprises dont plus de 5 % des revenus proviennent de l’extraction de charbon thermique utilisée pour la production d’électricité et de la production d’électricité à partir de charbon thermique. »

2. Notre analyse : des progrès qui restent insuffisants

La politique charbon de BBVA, qui s’applique aux activités CIB (Banque de Financement et d’Investissement) dans toutes les entités du groupe BBVA, semble relativement avancée, avec l’exclusion à la fois des nouveaux projets charbon et des entreprises impliquées dans la chaîne de valeur du charbon thermique. Cependant, elle présente des limites et des exceptions majeures qui pourraient réduire considérablement son efficacité dans la réduction du soutien de BBVA au secteur du charbon. Selon les dernières données financières disponibles, BBVA a fourni plus de 3,3 milliards de dollars à l’industrie du charbon entre octobre 2018 et octobre 2020.

Pour ses activités de financement de projets, BBVA s’engage à ne pas soutenir le financement de nouvelles centrales à charbon et de nouvelles mines de charbon, y compris l’extension de centrales ou de mines existantes. Toutefois, BBVA autorise quelques exceptions dans les « pays à forte dépendance énergétique (avec une part d’énergie importée supérieure à 65%) ou ne disposant pas d’alternatives viables » (voir ci-dessous). BBVA ne communique aucune information ni sur les pays concernés, ni sur les projets dont le financement restera possible. Mais chacun d’entre eux constituera une pierre d’achoppement pour la réalisation des objectifs climatiques de l’Accord de Paris.

Pour ses activités de financement des entreprises, la réduction du seuil d’exclusion relatif, de 40 ou 35 % à 25 % de la part de charbon dans les activités, est plus que bienvenue étant donné que les meilleures pratiques se situent entre 5 et 20 %. Cependant, l’approche globale de BBVA reste identique et problématique. En effet, BBVA n’exclut que les entreprises dont le charbon constitue plus de 25% des activités et qui n’ont pas de stratégie de diversification. Cette approche ne conduit pas nécessairement BBVA à exclure les développeurs de centrales à charbon. En effet, une entreprise pourrait se diversifier tant que ses activités en dehors du secteur du charbon croissent plus rapidement que ses activités dans le secteur du charbon.

En outre, la politique de la banque indique également que BBVA encourage les énergéticiens à adopter des objectifs de réduction des émissions de GES (Gaz à effet de serre), à accroître leurs investissements dans les énergies renouvelables et les sources d’énergie à faible teneur en carbone et à ne pas augmenter leur capacité de production d’électricité à partir du charbon. Bien qu’il s’agisse de signes encourageants, cela laisse la possibilité à une entreprise de construire de nouvelles centrales à charbon, à condition qu’elle ferme une capacité équivalente de production d’électricité à partir du charbon. Ce critère d’évaluation supplémentaire confirme que BBVA ne tient pas compte de l’activité globale et de l’impact climatique d’une entreprise du secteur du charbon. Pour réellement soutenir la sortie du secteur du charbon, BBVA doit exclure explicitement toutes les entreprises développant des projets charbon, tels que définis par la Global Coal Exit List, et exclure les plus grandes entreprises minières et les plus grands producteurs d’électricité à partir du charbon, même lorsqu’ils se situent endessous du seuil de 25 %.

Pour tenir compte de l’impact réel des entreprises charbonnières sur la santé et le climat, BBVA devrait immédiatement exclure les entreprises qui produisent plus de 10 Mt de charbon par an ou qui ont une capacité de production d’énergie à partir de charbon supérieure à 5 GW et s’engager à abaisser ces seuils à zéro. Avec sa politique actuelle, BBVA pourrait, par exemple, continuer à soutenir Enel. La compagnie d’électricité italienne a une capacité installée de 9,6 GW mais une part de charbon dans la production d’électricité (CSPP) de 16 %, ce qui lui permet d’être en dessous du seuil d’exclusion.

En outre, BBVA prévoit des exceptions pour les clients des pays à forte dépendance énergétique (avec une part d’énergie importée supérieure à 65%) ou ne disposant pas d’alternatives viables. BBVA ne précise pas quels sont les pays concernés et quels critères sont utilisés dans son évaluation des alternatives. Sans plus d’informations, on peut supposer que ces exceptions sont très larges et concernent de nombreuses entreprises. Le cas de la Turquie est symptomatique. BBVA est l’actionnaire majoritaire (49,85% des parts) de Garanti BBVA, la deuxième plus grande banque privée de Turquie. Comme la Turquie importe environ 75 % de son énergie, Garanti BBVA pourra toujours soutenir la compagnie d’électricité Enerjisa Uretim Santralleridans la continuité des 129 millions de dollars prêtés à l’énergéticien turc par Garanti entre octobre 2018 et octobre 2020. BBVA doit préciser dans sa politique charbon le nombre d’entreprises qui sont couvertes par ces exceptions.

Nous nous félicitons de l’adoption par BBVA d’un objectif de sortie du charbon avec un calendrier précis. La banque nous a confirmé que cette politique s’applique également aux activités d’émission d’actions et d’obligations pour le compte de clients, ce qui étend son périmètre d’application. Enfin, nous demandons de la cohérence. BBVA doit exclure immédiatement tous les développeurs de projets charbon, sans exception, et s’engager à renforcer progressivement ses critères d’exclusion des entreprises actives dans le secteur du charbon. Au-delà d’un plan de diversification, BBVA doit exiger des entreprises du secteur du charbon un plan de sortie actif par actif.

Les scores de BBVA dans le Coal Policy Tool

Coal Policy Tool BBVA

Ce tableau présente les scores de la politique charbon de BBVA sur 5 critères du Coal Policy Tool

3. Nos conclusions

Année après année, BBVA se rapproche d’une politique charbon robuste. Ce nouvel engagement à abandonner progressivement le charbon d’ici 2030 dans les pays développés et d’ici 2040 à l’échelle mondiale est un véritable pas en avant. Néanmoins, tant que la banque ne décidera pas d’exclure tous les projets charbon sans exception et de mettre fin à son soutien aux entreprises développant des projets charbon ou fortement exposées au charbon, elle restera loin des meilleures pratiques du secteur. La banque devrait s’inspirer des politiques d’exclusion de BNP Paribas et du Crédit Agricole et encourager ses clients à adopter un plan de sortie progressive du charbon basé sur une approche de fermeture ou de diversification actif par actif.