MAPFRE,une assurance espagnole clé avec €55 milliards d’actifs sous gestion, a adopté de nouveaux critères d’exclusion durant son assemblée générale de 2021. Toujours à la traîne derrière d’autres compagnies d’assurances européennes avec une politique charbon relativement peu ambitieuse, MAPFRE ne rattrape qu’à la marge ses pairs et reste toujours éloignée d’une politique charbon robuste telle que celle d’AXA.

1. Ce qui est nouveau

Alors qu’aucun changement n’est réalisé concernant la branche investissements de MAPFRE, plusieurs changements, listés ci-dessous, concernent sa branche assurantielle :

  • Concernant le financement de projets, MAPFRE étend sa politique d’exclusion aux nouveaux projets d’infrastructures, en plus de celles concernant les nouvelles mines et centrales à charbon (avec certaines exceptions);
  • Concernant les entreprises dans le secteur du charbon, MAPFRE exclut désormais:
    • les nouvelles entreprises minières extrayant plus de 20Mt de charbon thermique par an ou générant plus de 30% de leurs revenus à partir du charbon;
    • les entreprises qui souhaitent développer des centrales à charbon d’une puissance cumulée de plus de 2GW;
    • les entreprises tirant plus de 30% de leurs revenus de la production d’électricité à partir du charbon.
  • L’adoption d’un plan de sortie du charbon d’ici à 2030 en Europe/2040 dans le reste du monde, à moins que les entreprises en question aient “adopté des mesures de transition et de décarbonisation”.

Au-delà du charbon, MAPFRE s’est engagée à ne plus assurer les nouveaux projets d’extraction ou de transport de pétrole issu des sables bitumineux, et à exclure de l’ensemble de son portefeuille tous ces projets d’ici à 2030. Elle va aussi arrêter d’assurer les projets liés à l’Arctique.

2. Notre analyse : trop peu, trop tard

  • Sur le charbon

La décision de MAPFRE d’arrêter le financement de projets d’infrastructure liés au charbon, en plus des mines et centrales à charbon, est bienvenue sachant l’importance critique de tels projets pour l’ouverture de nouveaux projets d’extraction de charbon. Cependant, il est décevant que MAPFRE n’ait toujours pas supprimé la clause d’exception qui lui permet potentiellement, au cas par cas, de passer outre cet engagement, et ce alors même qu’elle n’a pas utilisée une telle option depuis au moins 2 ans.

Cependant, concernant les entreprises qui développent de tels projets, les restrictions sont encore largement insuffisantes. Selon la GCEL, 196 entreprises prévoient le développement de nouveaux projets de centrales à charbon inférieurs à 2GW. Ces projets représentent en tout 160GW de nouvelles capacités charbon. De plus, MAPFRE échoue à exclure 364 développeurs de charbon qui prévoient soit de nouvelles mines de charbon, soient de nouvelles infrastructures. MAPFRE devrait s’inspirer de la politique d’AXA qui est elle alignée sur la science avec une tolérance zéro concernant l’expansion du charbon.

Nous saluons les progrès réalisés grâce à l’alignement des restrictions de la branche assurance de MAPFRE sur celles de la branche investissement concernant les seuils d’exclusion d’entreprises du secteur, mais considérons que de tels seuils sont insuffisants, et ce particulièrement côté minier puisqu’ils ne s’appliquent qu’aux nouveaux clients. Cela rend la politique de MAPFRE inadéquate pour répondre à l’urgence climatique actuelle. Il n’y a en effet aucune restrictions pour les plus gros producteurs de charbon et ce quelque soit leur taille, et simplement une faible limite pour les nouvelles entreprises minières en portefeuille (maximum 20Mt par an). Bien que MAPFRE ait décidé d’utiliser le seuil de 30% de revenus liés au charbon, elle utilise une métrique inappropriée. En utilisant un critère de revenu plutôt que la part de production électrique à base de charbon, ce seuil d’exclusion ne reflète pas aussi précisément la dépendance effective des entreprises énergétiques au charbon.

Le troisième défaut principal de la politique de MAPFRE concerne l’absence d’un engagement envers un plan de sortie du charbon clair et ambitieux. MAPFRE s’engage à sortir en 2030 du charbon en Europe et en 2040 dans le reste du monde, mais elle autorise les entreprises à échapper à une telle restriction dès lors qu’elles publient un “engagement de transition”. En ne définissant pas ce qu’elle entend par une telle exigence, MAPFRE laisse de nombreuses interrogations sans réponse qui questionnent le sérieux de sa stratégie de sortie du charbon.

Le fait que cette nouvelle politique ne couvre pas non plus la partie réassurance de MAPFRE est également problématique. En considérant l’ensemble de ces éléments, MAPFRE est encore loin de l’adoption d’une politique charbon robuste.

  • Sur le pétrole et la gaz

Concernant les secteurs du pétrole et du gaz, nous saluons la décision de MAPFRE d’arrêter d’assurer les nouveaux projets d’extraction dans les sables bitumineux, y compris les pipelines, et de ne plus en couvrir aucun d’ici à 2030. Elle va aussi arrêter de couvrir les projets au nord du cercle Arctique. Cependant, cela laisse de côté les autres formes de pétrole et gaz non-conventionnels qui sont les plus polluants (schiste, eau profonde, GNL). Cela est clairement insuffisant puisque MAPFRE peut toujours avec une telle politique soutenir les projets d’expansion de gaz et de pétrole ainsi que les entreprises qui développent de tels projets, à contrario des choix faits par Suncorp ou Generali qui ont adopté des politiques plus strictes.

Les scores de MAPFRE dans le Coal Policy Tool

Ce tableau présente l’évaluation charbon de MAFRE en se basant sur les 5 critères du Coal Policy Tool.

3. Notre conclusion

En révisant sa politique charbon, MAPFRE Insurance a seulement amélioré à la marge son classement dans le Coal Policy Tool, en étendant son critère d’exclusion pour les développeurs. Elle ne fait cependant aucun progrès sur sa politique d’investissement.

Par ailleurs, ses critères d’exclusion sont clairement insuffisants et ses restrictions concernant les développeurs de charbon trop permissifs pour être considérés comme alignés sur l’Accord de Paris. Un autre problème concerne l’absence d’une stratégie tangible de sortie du charbon. Il y a donc de grandes marges de progrès pour MAPFRE.

MAPFRE a aussi besoin de renforcer urgemment sa politique d’exclusion pétrole & gaz, en commençant par arrêter de soutenir les développeurs, en commençant par les hydrocarbures non-conventionnels.