Cette semaine, Crédit Agricole annonçait ses engagements pour le climat et se déclarait “banque verte”. Mais sur le pétrole et le gaz, rien de nouveau par rapport à ce qui avait déjà été annoncé au Climate Finance Day, et ça n’est pas suffisant. En dépit de ses engagements et à l’instar des autres grandes banques, le Crédit Agricole soutient encore massivement l’expansion pétro-gazière, y compris dans les secteurs qui concentrent le plus de risques environnementaux comme les forages en Arctique ou le pétrole et le gaz de schiste. A contre-courant des recommandations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), des régulateurs et des appels de Bruno Le Maire. A contre-courant, aussi, des propres engagements du Crédit Agricole d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. La pression monte encore d’un cran car une plateforme citoyenne, le Mouvement, vient d’appeler le Crédit Agricole à refuser de soutenir les plans de développement climaticides de l’industrie pétrolière et gazière.

Le Crédit Agricole doit cesser de soutenir l’expansion pétro-gazière

Si la banque a bien été parmi les premiers grands acteurs financiers français à prendre des mesures en 2017 et 2018 pour limiter ses soutiens aux sables bitumineux, à l’Arctique et au schiste, celles-ci n’ont pas empêché la banque d’octroyer $64 milliards aux énergies fossiles entre 2016 et 2020, dont pas loin de la moitié consacré aux entreprises expansionnistes du secteur. Ce soutien a plus que doublé depuis la COP21, passant de $9 milliards en 2016 à 20 milliards en 2020, année où Crédit Agricole devienne la 13ème plus grosse banque au monde des énergies fossiles.

En effet, les mesures existantes de la banque ne l’empêche pas, par exemple, de décrocher le titre de plus gros soutien à TotalEnergies, un des plus gros développeurs de nouveaux projets pétroliers et gaziers au monde, de l’Afrique à l’Arctique.

Dans les 10 engagements de son projet sociétal annoncés le 1er décembre, le Crédit Agricole a réitéré la promesse faite au Climate Finance Day de baisser de 20% les financements au pétrole et au gaz d‘ici 2025, une déclaration bienvenue mais qui ne s’attaque toujours pas à l’expansion. La banque peut toujours soutenir et même accroître ses soutiens aux entreprises expansionnistes. Par ailleurs, cet engagement ne couvrant que les prêts et non les émissions d’actions et d’obligations qui représentent une part importante des services financiers de la banque, le Crédit Agricole peut rester un pilier de l’industrie pétrole et gaz.

Protéger (toute) l’Arctique de l’industrie pétro-gazière

Crédit Agricole a confirmé dans son projet sociétal étendre au secteur gazier sa politique pétrolière en Arctique. C’est (a priori) une très bonne nouvelle car dans un récent rapport, nous estimons que d’ici 5 ans, la production pétro-gazière en Arctique pourrait augmenter de 20% et que les réserves totales déjà découvertes en Arctique suffiraient à consommer 22% du budget carbone restant pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C (source : données Rystad Energy). Mais cette mesure ne suffira pas à détrôner le Crédit Agricole, qui figure, derrière BNP Paribas, parmi les plus gros soutiens bancaires aux entreprises expansionnistes en Arctique). Si la banque veut réellement réduire ses soutiens et protéger l’Arctique, elle doit faire deux choses :

  • élargir le périmètre de sa zone d’exclusion à celui défini par le groupe de travail du Conseil de l’Arctique chargé de surveiller la pollution et l’évolution des dérèglements climatiques en Arctique, l’Arctic monitoring and assessment Program. C’est aussi la zone d’exclusion recommandée par lObservatoire de la Finance Durable. Ce changement de périmètre est loin d’être anodin car en l’état, Crédit Agricole n’exclut que 20% des actifs pétroliers et gaziers en Arctique (1).
  • renoncer à soutenir toute entreprise qui s’y développe. En l’état, la politique du Crédit Agricole n’exclut que les entreprises au-delà d’un seuil significatif de production en Arctique, ce qui n’est pas le cas de la plupart de la plupart des entreprises planifiant l’exploitation de nouveaux champs pétroliers et gaziers en Arctique.

Sortir des hydrocarbures non-conventionnels d’ici 2030

Selon le rapport Banking on Climate Chaos 2021, la banque totalise plus de $20 milliards de financements aux pétrole et gaz non conventionnels depuis la COP21, dont plus de $6 milliards rien qu’en 2020. Les financements ont même augmenté entre 2016 et 2020 dans les hydrocarbures non-conventionnels, y compris dans ceux pour lesquels la banque affiche une politique sectorielle. Rien d’étonnant vu que pour l’instant, la banque se limitait à exclure les entreprises “significativement” exposées aux sables bitumineux, au pétrole et gaz de schiste, et au pétrole extrait en Arctique. Ce seuil de maximum 50% sera ramené à maximum 30% d’après l’annonce de la Fédération bancaire française (FBF) à partir de 2022 mais il ne permet toujours pas d’exclure qu’une partie des producteurs mais il laisse aussi passer entre les mailles du filet les développeurs de projets pétroliers et gaziers dans ces secteurs particulièrement écocides. En ce qui concerne l

Alors que Bruno le Maire vient de réitérer son appel de 2020 à la place financière de préparer la sortie des hydrocarbures non-conventionnels, et qu’en septembre 2021 le comité scientifique de l’observatoire a tracé le chemin pour y arriver, le Crédit Agricole doit revoir sa copie qui ne correspond plus à la demande de Bercy.L’espoir reste de mise, la prochaine politique du Crédit Agricole est une opportunité pour rattraper ce retard et se transformer en leader aussi bien sur l’arrêt de l’expansion pétro-gazière que sur la sortie des secteurs non-conventionnels.

Réduire les financements ET les investissements, ou le paradoxe Amundi

Pour être crédible, il est impératif que la politique pétrole et gaz du Crédit Agricole s’applique à tous les services financiers de la banque mais aussi aux investissements de son gestionnaire d’actifs Amundi. Pour l’instant, la politique dite d’investissements responsable d’Amundi fait complètement l’impasse sur le pétrole et le gaz et Amundi figure, par exemple, parmi les principaux investisseurs des plans de développement pétro-gaziers en Arctique : plus de $12 milliards investis dans une quinzaine d’entreprises dont Total, Repsol et Shell. C’est également le cas de Lyxor, qui vient d’être racheté par Amundi, n’a pas non plus de politique pétrole et gaz etfait également partie des principaux soutiens aux développeurs en Arctique avec plus de $2 milliards investis selon notre enquête publiée en septembre 2021.

Comble du paradoxe : pour plancher sur la trajectoire de sortie des hydrocarbures non conventionnels de la Place de Paris, Bruno Le Maire a mandaté Yves Perrier, le président du conseil d’administration d’Amundi.

Le Crédit Agricole, qui a déjà été pris pour cible le week-end dernier pour son soutien à l’expansion des énergies fossiles, risque de se retrouver face à une contestation citoyenne de plus en plus forte si elle ne prend pas de mesures immédiates pour freiner les plans climaticides de l’industrie du pétrole et du gaz. Après s’être engagée à respecter l’Accord de Paris, elle ne peut plus détourner les yeux plus longtemps des conséquences dramatiques que provoquent ses choix financiers sur le climat.

Notes :

  1. Selon un calcul de Reclaim Finance à partir de données issues de la base de donnée de Rystad Energy.

Pour aller plus loin :