Paris, le 20 mai 2026 – La création de TTEP, joint-venture entre TotalEnergies et EPH, conduira à l’émergence d’un nouveau géant du gaz fossile. Elle accentuera la dépendance de l’Europe aux importations d’un gaz fossile coûteux, contribuera à l’augmentation des factures d’énergie et ralentira la transition de l’Europe vers un système électrique basé sur les énergies renouvelables.
Le rapport publié aujourd’hui par Beyond Fossil Fuels (BFF) révèle que :
- La joint-venture exploitera un parc de centrales à gaz d’une capacité de 12,5 GW, soit l’équivalent des capacités cumulées de la Belgique, du Danemark, du Portugal et de la Suède.
- TotalEnergies entend utiliser cette joint-venture pour écouler deux millions de tonnes par an (Mtpa) de gaz naturel liquéfié (GNL).
- Sur cinq ans, l’importation de 2 Mtpa de GNL pourrait coûter à l’Europe entre 6,7 et 7,6 milliards d’euros, profitant principalement aux industries fossiles américaine et russe, renforçant la dépendance de l’Europe envers ces deux pays.
- Entre 2015 et 2024, plus de 4,1 milliards d’euros de subventions via des contrats de marché de capacité ont été obtenus par TotalEnergies et EPH pour les centrales incluses dans la joint-venture. Alors que les factures énergétiques ne cessent d’augmenter, cette joint-venture captera des subventions qui devraient servir à soutenir l’éolien, le solaire, les réseaux électriques et le stockage.
Les banques devraient immédiatement mettre fin à tout soutien financier à cette joint-venture, ainsi qu’à toute entreprise développant de nouvelles centrales à gaz, et réserver leurs soutien financier aux entreprises énergétiques engagées dans une véritable transition énergétique. Cela implique l’arrêt du développement de nouveaux projets liés au gaz fossile, un engagement public à sortir du gaz fossile, ainsi que la présentation de plans clairs et à court terme de fermeture des infrastructures gazières existantes.
Tout le monde est perdant dans cette opération, sauf les compagnies pétrolières et gazières qui engrangent déjà des profits considérables. Dans des pays comme l’Italie et le Royaume-Uni, les factures des consommateurs vont augmenter, et la dépendance énergétique de l’Europe va s’aggraver. Loin de mettre l’Europe sur la voie de la sécurité énergétique, TotalEnergies et EPH vont organiser une dépendance accrue au gaz fossile, et en particulier au GNL, sous le faux prétexte d’ajouter des capacités de production “flexibles”. Cela renforcera la dépendance énergétique de l’Europe aux décisions de dirigeants comme Poutine et Trump, avec en plus de graves conséquences pour l’économie du continent.
Le conflit en cours au Moyen-Orient a une nouvelle fois mis en lumière la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles. Alors que certains dirigeants européens s’empressent enfin d’élaborer des plans d’électrification, TotalEnergies et EPH ont choisi de miser encore davantage sur le gaz fossile, grâce aux capitaux privés et aux subventions publiques via les marchés de capacité, en créant une entité dont les émissions rivaliseront avec celles de pays entiers comme l’Irlande ou le Danemark. La balle est désormais dans le camp des banques : elles doivent cesser de financer l’expansion des énergies fossiles et plutôt financer les énergies renouvelables, locales et abordables.
Brigitte Alarcon, chargée de campagne chez Beyond Fossil Fuels
Cette alliance entre EPH, principal développeur européen de centrales à gaz, et TotalEnergies, premier importateur européen de GNL, vise à prolonger la dépendance de l’Europe au gaz fossile et assurer que ces entreprises continuent d’en tirer profit — alimentant ainsi la crise climatique et déstabilisant l’économie. Alors que les gouvernements cherchent à construire un avenir énergétique plus sécurisé, libéré des importations de gaz, les banques devraient considérer cela comme un signal d’alarme. Elles auraient tout intérêt à exclure tout soutien financier à TTEP ainsi qu’aux entreprises développant de nouvelles centrales électriques au gaz.
Rémi Hermant, chargé de campagne chez Reclaim Finance