Triangle de Corail : l’expansion du GNL soutenue par les assureurs menace l’écosystème marin le plus riche au monde

Paris, le 9 juin 2026 – À l’occasion de la Journée mondiale du Triangle de Corail, la coalition Insure Our Future (1) révèle que la plupart des plus grands assureurs et réassureurs mondiaux refusent de mettre fin à leur soutien à l’expansion du gaz naturel liquéfié (GNL) dans cette zone située en Asie du Sud-Est (2). Et ce, malgré les preuves croissantes des menaces que fait peser le développement des énergies fossiles sur l’écosystème marin le plus riche au monde (3) et sur les millions de personnes qui en dépendent. Le réassureur français SCOR fait figure d’exception en introduisant de nouvelles restrictions, en réponse aux demandes des organisations de la société civile.

30 des principaux assureurs et réassureurs mondiaux ont été interpellés dans une lettre par la coalition Insure Our Future (4), leur demandant d’exclure toute couverture de nouveaux projets gaziers dans la région. Parmi les 11 ayant répondu (5), seul le réassureur français SCOR s’est engagé à introduire de nouvelles restrictions pour ses activités d’assurance liées à la couverture de nouveaux terminaux de GNL dans le Triangle de Corail. Le réassureur français intègre désormais cette zone dans son processus d’évaluation des risques pour son Comité d’examen des enjeux de durabilité (Sustainability Referral Committee) (6).

La décision de SCOR rendra désormais difficile pour le réassureur de justifier la couverture de nouveaux terminaux de GNL situés dans la région.

De son côté, AXA adopte une vision étriquée de la protection de la nature, en choisissant de ne se limiter qu’aux sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, alors que ceux-ci ne couvrent qu’une infime partie du Triangle de Corail. Pour un groupe qui se présente comme un fervent protecteur de la biodiversité et des océans, cette position est difficilement cohérente avec l’urgence de protéger l’écosystème marin le plus riche au monde du développement des énergies fossiles.

Ariel Le Bourdonnec, chargé de campagne assurance chez Reclaim Finance

Bien qu’il ne représente qu’une faible part des océans mondiaux, le Triangle de Corail abrite environ 76 % des espèces de coraux recensées sur la planète et plus de 2 000 espèces de poissons de récif (7). Souvent surnommée « l’Amazonie des mers », cette zone comprend certains sites du patrimoine mondial de l’UNESCO, certaines zones clés pour la biodiversité (8) et les mammifères (9) ainsi que des centaines d’aires marines protégées. La biodiversité abritée dans cette région du monde fait vivre plus de 360 millions de personnes.

On y recense déjà 183 champs pétroliers et gaziers en exploitation, ainsi que des dizaines de projets en développement et des centaines de permis d’exploration. Les infrastructures de GNL continuent également de se développer : 19 terminaux sont actuellement en activité et au moins 27 autres sont prévus, dont beaucoup à proximité immédiate de récifs coralliens, de mangroves et d’herbiers marins. Si tous les projets pétroliers et gaziers actuellement envisagés voient le jour, ils pourraient couvrir jusqu’à 16 % de la surface marine de la région.

Pour les communautés côtières de Palawan, du passage de Verde Island, de Bali ou encore de Tun Mustapha, la crise climatique se traduit déjà par une diminution des prises de pêche et par des journées où les pêcheurs ne peuvent plus prendre la mer en toute sécurité, mettant ainsi en péril leur alimentation et leurs moyens de subsistance. Pourtant, l’industrie de l’assurance continue de soutenir les entreprises fossiles responsables de cette crise. En protégeant ces entreprises contre les risques, les assureurs soutiennent activement la destruction d’écosystèmes marins essentiels et portent atteinte aux communautés en première ligne. Face à l’urgence climatique, cette destruction doit cesser.

Anj Dacanay, responsable de campagne chez Energy Shift Southeast Asia

Créée en 2012, la Journée du Triangle de Corail (9 juin) vise à sensibiliser le public à l’importance et à la protection du principal foyer mondial de biodiversité marine. Cette édition 2026 marque le lancement d’une campagne internationale de la société civile destinée à protéger spécifiquement la région contre l’expansion des énergies fossiles.

Des militant·es et des communautés aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie, au Royaume-Uni, en France, en Suisse, au Japon, en Corée du Sud et aux États-Unis poursuivront leur mobilisation tout au long du mois afin d’appeler les gouvernements, les assureurs et les institutions financières à faire du Triangle de Corail une zone interdite aux nouveaux projets pétroliers, gaziers et de GNL avant que des dommages irréversibles ne soient causés.

À l’exception de SCOR, aucun autre assureur n’a renforcé ses engagements à la suite de la lettre envoyée par certains membres de la coalition Insure Our Future. La plupart d’entre eux ont seulement reconnu les enjeux liés à la biodiversité et mis en avant leurs politiques existantes, leurs procédures d’évaluation des risques environnementaux ainsi que leurs protections concernant les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO, les zones humides Ramsar et certaines catégories d’aires protégées de l’UICN.

Il existe un décalage entre le discours des assureurs sur la biodiversité et ce qu’ils sont prêts à faire concrètement. Le Triangle de Corail n’est pas une poignée de zones protégées isolées que l’on pourrait préserver une par une. Il s’agit du plus riche écosystème marin au monde. Si les assureurs prennent réellement au sérieux la protection de la nature, ils doivent aller au-delà d’exclusions limitées et cesser de soutenir l’expansion des énergies fossiles qui menace la résilience de l’ensemble de la région.

Isabelle L’Héritier, coordinatrice européenne de la campagne Insure Our Future

Les assureurs ont pourtant déjà démontré qu’une action plus ambitieuse était possible. Plus de vingt assureurs et réassureurs ont adopté des restrictions concernant les projets pétroliers et gaziers dans l’Arctic National Wildlife Refuge. Le problème n’est donc pas l’absence de précédent, mais le manque de volonté d’appliquer des restrictions similaires applicables aux nouveaux projets d’énergies fossiles dans l’écosystème marin le plus riche du monde.

Le Triangle de Corail place aujourd’hui les assureurs face à un choix clair : continuer à faciliter l’expansion des énergies fossiles dans l’un des écosystèmes marins les plus importants de la planète ou aligner leurs activités d’assurance avec leurs engagements affichés en matière de préservation de la nature et de la biodiversité.

Les assureurs ne peuvent plus continuer à couvrir les risques des infrastructures fossiles qui rendent insoutenable la vie des millions de personnes dépendant du Triangle de Corail. Chaque année, les effets du changement climatique s’aggravent et le rôle des assureurs devient encore plus crucial. Il est temps que le secteur de l’assurance assume pleinement sa mission : protéger ses assurés contre le risque le plus urgent auquel ils sont confrontés, en mettant fin à la couverture de nouveaux projets d’énergies fossiles.

Gerry Arances, directeur exécutif du Center for Energy, Ecology, and Development

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Notes :

  1. Insure Our Future est une campagne mondiale réunissant des ONG et des mouvements sociaux qui demandent des comptes au secteur de l’assurance pour son rôle dans la crise climatique. Nous appelons les compagnies d’assurance à cesser immédiatement d’assurer les nouveaux projets liés aux énergies fossiles et à mettre progressivement fin à leur soutien aux projets existants de charbon, de pétrole et de gaz
  2. S’étendant sur l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon et le Timor-Leste, le Triangle de Corail constitue la région marine la plus riche en biodiversité au monde
  3. Australian Government, Coral Triangle Initiative on Coral Reefs, Fisheries and Food Security (CTI), 2024
  4. Le 21 avril 2026, Reclaim Finance, au nom de la coalition Insure Our Future, a interpellé AXA, SCOR, Generali et Covéa à travers une lettre leur demandant de ne plus couvrir le développement du gaz fossile dans le Triangle de Corail ainsi qu’un rapport présentant les nombreux risques du développement du gaz et du GNL dans cette région du monde
  5. Allianz, Aviva, AXA, Covéa, Generali, Hannover Re, Talanx, MS&AD, Munich Re, SOMPO, Swiss Re et Tokio Marine ont répondu à la lettre mais ont refusé d’adopter des restrictions spécifiques pour le Triangle de Corail. D’autres acteurs, notamment Berkshire Hathaway, Chubb, Travelers, Zurich et Lloyd’s, n’ont soit pas répondu, soit refusé d’engager un dialogue substantiel.
  6. SCOR a mis en place à partir de 2025 un Sustainability Referral Committee. La décision de couvrir de nouveaux terminaux de GNL pour le réassureur passe désormais par ce comité dont fait partie le directeur général Thierry Léger
  7. Plus d’informations sur la biodiversité du Triangle de Corail dans le rapport de l’ONG suisse Campax : Lng Expansion In The Coral Triangle Biodiversity Hotspot
  8. Appelées Zones Clés pour la Biodiversité (Key Biodiversity Areas)
  9. Appelées Zones Importantes pour les Mammifères Marins (Important Marine Mammal Areas)
2026-06-08T16:03:12+02:00