Paris, le 9 juin 2026 – Alors que le contexte au Moyen-Orient rappelle les coûts élevés d’une dépendance aux énergies fossiles, les grandes banques internationales ont accordé 906 milliards de dollars au secteur en 2025 – un montant en hausse par rapport à 2024 et au même niveau que 2021. C’est ce que révèle la nouvelle édition du rapport Banking on Climate Chaos publié par 8 organisations, dont Rainforest Action Network et Reclaim Finance (1). À l’exception de Société Générale, qui a augmenté ses financements à l’expansion des énergies fossiles, les autres grandes banques françaises vont à rebours de cette tendance et affichent globalement une baisse de leurs soutiens. Cette baisse concerne particulièrement les financements à la production pétrolière et gazière. En revanche, les soutiens des banques françaises aux infrastructures de transport pétro-gazier demeurent élevés et en hausse pour la majorité d’entre elles. Les ONG les appellent à adopter des politiques complètes et solides pour mettre fin à tout soutien à l’expansion des énergies fossiles.
D’après la nouvelle édition du rapport Banking on Climate Chaos, rapport de référence qui dévoile chaque année les financements des 65 plus grandes banques aux énergies fossiles (2), les grandes banques mondiales ont accordé 906 milliards de dollars aux énergies fossiles en 2025, un chiffre en hausse de 8% par rapport à 2024. Les banques américaines (JPMorgan Chase et Bank of America) sont les premiers financeurs des énergies fossiles tandis que les entreprises états-uniennes sont les entreprises fossiles les plus financées par les 65 plus grandes banques au monde (3).
Parmi les 906 milliards de dollars, plus de la moitié sont allés à des entreprises qui développent de nouveaux projets d’énergies fossiles (4), pourtant incompatibles avec l’objectif de limiter le réchauffement au plus proche de 1,5°C. Les financements aux infrastructures de transport pétrolier et gazier ont particulièrement explosé (5) : le gaz naturel liquéfié connait un développement sans précédent, notamment sous la présidence Trump aux Etats-Unis, malgré son impact sur le climat et les communautés locales (6).
Si la France reste le 6e pays à le plus financer les énergies fossiles en 2025, les grandes banques françaises ont globalement baissé leurs financements à l’expansion des énergies fossiles (16 milliards en 2025 contre 18 milliards en 2024) – à l’exception de Société Générale (7). En effet, sur ses financements à l’expansion fossile, la banque a non seulement augmenté ses soutiens à la production pétrolière et gazière (+29%) mais aussi doublé ceux aux nouvelles infrastructures de transport (+95%), notamment le gaz naturel liquéfié, ainsi que ceux aux centrales à gaz (+101%). Société Générale est également en 2025 le premier soutien de l’entreprise TotalEnergies, qui a encore récemment reculé sur sa stratégie climat (8).
Alors que Société Générale explose ses financements à l’expansion fossile, les autres grandes banques françaises montrent des tendances encourageantes à la baisse sur la production pétrolière et gazière. Cette baisse, qu’il faut poursuivre, prouve que le soutien aux énergies fossiles n’est pas une fatalité. Mais là où BNP Paribas diminue aussi son soutien aux infrastructures de transport pétro-gazier, aux coûts sociaux et climatiques élevés, tout reste à faire pour Crédit Agricole et le groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne.
Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance
En effet, du côté de BNP Paribas, Crédit Agricole et du groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne (BPCE), si les financements à l’expansion fossile sont globalement en baisse, des tendances se distinguent (9).
Pour le secteur de la production pétrolière et gazière, une baisse marquée et continue depuis 2021 se confirme pour BNP Paribas et Crédit Agricole ( -80% de financements pour BNP Paribas par rapport à 2024 et –65% par rapport à 2021 par exemple). Cette baisse devrait a priori se poursuivre, les deux banques ayant adopté des mesures en ce sens (10). La trajectoire apparaît en revanche moins lisible pour le groupe BPCE, en l’absence d’engagements pouvant garantir une baisse pérenne de ses soutiens.
Concernant le financement des infrastructures de transport pétro-gazier, seule BNP Paribas affiche une baisse de ses soutiens par rapport à 2024. Si Société Générale est en tête des financements en 2025, les montants alloués par les autres banques françaises restent élevés, notamment pour Crédit Agricole et le groupe BPCE.
Reclaim Finance appelle Société Générale à inverser la tendance et le groupe BPCE à pérenniser une baisse des financements en adoptant tous les deux des mesures structurantes. Reclaim Finance appelle également l’ensemble des grandes banques françaises, dont BNP Paribas et Crédit Agricole, à adopter des politiques complètes (11) et solides qui couvrent tout le secteur des énergies fossiles, notamment les infrastructures de gaz naturel liquéfié et la production d’électricité à partir de gaz – où les soutiens demeurent conséquents, malgré des coûts sociaux élevés (12).