Urgewald et 28 ONG partenaires, dont Reclaim Finance, publient une nouvelle étude révélant que les grands investisseurs internationaux détiennent actuellement plus de 6 500 milliards de dollars en actions et en obligations d’entreprises du secteur des énergies fossiles. Plus de 95 % de ces investissements concernent des développeurs d’énergies fossiles, c’est-à-dire des entreprises qui développent de nouveaux projets d’énergies fossiles, incompatibles avec l’objectif 1,5°C d’après les scientifiques.
En mai dernier, des vagues de chaleur meurtrières ont frappé l’Asie du Sud et l’Europe occidentale. Parallèlement, les investisseurs du monde entier détiennent des participations dans des entreprises du secteur des énergies fossiles dont la valeur boursière équivaut au PIB annuel de la France et du Royaume-Uni,
Heffa Schücking, directrice d’Urgewald
Le site web Investing in Climate Chaos permet d’identifier quels gestionnaires d’actifs, fonds de pension, fonds souverains, compagnies d’assurance, et fonds de dotation continuent d’investir dans les entreprises du secteur du charbon, du pétrole et du gaz qui sont à l’origine de la crise climatique.
Découvrez l’étude et commencez à utiliser l’outil : https://investinginclimatechaos.org
Un engagement entaché d’une exception
Les 21 plus grands investisseurs fossiles détiennent 50 % des actions et obligations des entreprises du secteur des énergies fossiles recensées dans l’étude d’Urgewald (voir le tableau 1 en annexe). Les gestionnaires d’actifs américains Vanguard (659,5 milliards de dollars) et BlackRock (553,3 milliards de dollars), ainsi que le fonds d’investissement public d’Arabie saoudite (283,7 milliards de dollars), représentent près d’un quart (23 %) des investissements mondiaux dans les énergies fossiles. Les investisseurs états-uniens dominent le classement des 21 principaux investisseurs fossiles.
De leur côté, les investisseurs européens détiennent 13 % des actions et obligations des entreprises fossiles. Le groupe Crédit Agricole, avec son gestionnaire d’actifs Amundi, est le premier investisseur fossile français et le troisième investisseur fossile européen (56,3 milliards de dollars, 23ème rang mondial), derrière le fonds souverain norvégien (91,3 milliards de dollars, 9ème rang mondial) et le suisse UBS (71,7 milliards de dollars, 17ème rang mondial).
Les obligations, des investissements clés dans le financement de l’expansion fossile
Les entreprises du secteur des énergies fossiles se financent en grande partie en émettant des obligations, achetées par les investisseurs. Les recherches menées par Urgewald ont permis de recenser 64 milliards de dollars d’investissements dans des obligations liées aux énergies fossiles arrivant à échéance après 2050.
De rares investisseurs ont commencé à restreindre leurs investissements dans les obligations fossiles. Nordea Asset Management ne participe plus aux émissions obligataires des entreprises qui développent leur production pétrolière et gazière (1). BNP Paribas Asset Management, troisième gestionnaire d’actifs européen, n’achète plus d’obligations aux entreprises impliqués dans la production et l’exploration de pétrole et de gaz (2). Le quatrième gestionnaire d’actifs français, Ofi Invest, refuse d’acheter des obligations d’entreprises impliquées dans le développement de
Le pouvoir d’influence des clients et bénéficiaires
En tant que client des gestionnaires d’actifs, les détenteurs d’actifs peuvent inciter leurs gestionnaires à rehausser leur ambition climatique et cesser de soutenir financièrement les développeurs d’énergies fossiles. En 2025, les fonds de pension néerlandais PFZW et PME ont ainsi retiré des mandats à BlackRock pour cause de préoccupations liées à la durabilité (4).
Mais du côté des investisseurs français, plusieurs investisseurs institutionnels liés aux retraites, tels que l’Agirc-Arrco, l’Etablissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP) et le Fonds de réserve pour les retraites, confient encore des investissements à BlackRock (5).
Les clients et bénéficiaires des investisseurs fossiles doivent réagir. Les investisseurs institutionnels publics, tels que la Caisse des Dépôts, ou les caisses de retraites comme l’Agirc-Arrco et l’ERAFP, ont une responsabilité clé pour protéger les citoyens des effets du changement climatique. Ils doivent urgemment refuser les nouveaux investissements fossiles et ne plus confier l’argent des Français aux gestionnaires d’actifs alimentant la crise climatique.
Agathe Masson, chargée de campagne investisseurs chez Reclaim Finance