Les banques françaises au soutien d’EPH, à rebours de leurs engagements

Le 21 mai 2026, un crédit renouvelable (RCF) de 2,2 milliards d’euros a été émis au bénéfice d’Energetický a průmyslový holding (EPH), l’un des principaux pollueurs et acteur majeur de l’expansion du gaz fossile du continent européen. Les quatre principales banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et le groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne – sont toutes impliquées dans cette transaction, pourtant incompatible avec leurs engagements à atteindre la neutralité carbone. Le décalage entre ce financement et leurs discours publics interroge leur volonté réelle d’agir en faveur de la transition énergétique, et la crédibilité de leurs stratégies climatiques.

Contactées par Reclaim Finance au sujet de ce crédit renouvelable accordé à EPH, plusieurs banques impliquées [1] confirment que cette transaction est bien conforme à leurs politiques et à leurs objectifs climatiques, et invoquent plusieurs arguments.

Une banque impliquée estime que « le plan de transition d’EPH est crédible » et que sa sortie du charbon est en ligne avec les exigences de sa politique sectorielle. Une autre banque  impliquée reprend même directement les éléments de langage d’EPH :

« Nous ne commentons pas habituellement les clients et transactions spécifiques. EPH nous a toutefois demandé de vous renvoyer à son rapport annuel 2025, et notamment à la page 351 (plans de sortie du charbon) et à la page 325 (objectifs de décarbonation et engagement à sortir du charbon d’ici 2030). »

EPH, une transition en écran de fumée

EPH voudrait en effet nous faire croire que sa mission est de « soutenir la transition énergétique de manière socialement sensée et responsable » [2]. Si les banques se cachent derrière les allégations de l’entreprise, il est pourtant de notoriété publique qu’EPH est un géant du gaz et du charbon.

En réalité, ce groupe privé tchèque, majoritairement détenu par Daniel Křetínský, est une filiale d’EP Group, qui demeure à ce jour le premier producteur de charbon et le deuxième opérateur de centrales à charbon du continent européen [3]. EPH affiche depuis des années sa sortie du charbon d’ici 2030 [4]. Mais depuis 2021, au lieu de fermer ses actifs, l’entreprise en transfère une grande partie vers une nouvelle filiale, EP Energy Transition (EPETr), aussi détenue par Křetínský [5]. Cette sortie du charbon n’est qu’une illusion générée par un tour de passe-passe.

Parallèlement, EPH opère actuellement 11,1 GW de capacité en gaz fossile dans huit pays européens, et prévoit de développer 5,5 GW supplémentaires [6]. EPH est ainsi le deuxième développeur de centrales à gaz sur le continent [7]. Ce RCF intervient peu après la récente collaboration avec TotalEnergies pour créer TTEP, nouveau géant européen du gaz. Tout indique qu’EPH assume de maintenir cette stratégie basée sur les énergies fossiles, quitte à faire obstacle à l’objectif européen de transition vers un secteur électrique sans énergies fossiles, basé sur les renouvelables, d’ici 2035.

Des allégations « vertes » sans fondement mais bien commodes

D’après une banque impliquée, ce RCF accordé à EPH serait un green loan dont les use of proceeds sont définis selon les dispositions de la Loan Market Association (LMA) [8]. Une information que nous ne pouvons pas vérifier, la transaction ayant depuis été effacée par le prestataire de la base de données « pour des raisons de confidentialité ».

Les Green Loan Principles (GLP) de la LMA peuvent certes s’appliquer à un RCF. Mais la LMA elle-même reconnaît que l’affectation des fonds y est bien plus difficile à identifier. Elle précise que « les prêteurs doivent surveiller et vérifier les informations de durabilité fournies par l’emprunteur pendant toute la durée du prêt, en veillant à préserver l’intégrité du produit de prêt vert ». Les banques sont donc renvoyées au bon vouloir du bénéficiaire, qu’elles ne peuvent contrôler qu’a posteriori, via son propre reporting.

Or, dès 2025, lorsque EPH avait émis une obligation verte, une analyse de IEEFA [9] avait démontré à quel point il est peu probable que ces financements étiquetés « verts » puissent réellement mettre EPH sur la voie de la transition énergétique.

Si l’opacité d’EPH sur l’utilisation de ces financements « verts » est déjà critiquée [10], il y a alors lieu de se demander en quoi ce nouveau RCF serait différent. Les banques devraient d’autant moins se laisser duper que l’évaluation du Green Finance Framework d’EPH par S&P souligne que « le cadre (d’EPH) inclut des investissements significatifs dans des actifs et infrastructures basés sur les énergies fossiles, ainsi qu’une exposition importante à ceux-ci » [11].

EPH a prospéré en misant sur l’usage croissant et pérenne des énergies fossiles, et rien n’indique que la stratégie de l’entreprise ait changé — bien au contraire. Le transfert de ses actifs charbonniers dans une filiale — pour les dissimuler plutôt que les fermer — en est une illustration. L’entreprise accentue ses efforts sur le gaz malgré ses impacts en termes de crises des prix de l’énergie, de destructions d’écosystèmes, de violations des droits humains et de dégradations de la santé. En apportant leur soutien massif à EPH, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et le groupe BPCE se font les complices de sa stratégie climaticide et tournent le dos aux objectifs climatiques européens. Il est urgent que les banques actent la rupture avec l’expansion des énergies fossiles et intègrent notamment le développement de nouvelles centrales à gaz dans leurs politiques d’exclusion.

Notes :

  1. Les banques impliquées que nous avons contactées sont : BNP Paribas, Crédit Agricole, Natixis, Société Générale, ING, Lloyds Banking Group et Caixabank. D’autres banques sont également impliquées.
  2. Site internet d’EPH
  3. EP Group produit annuellement 48,1 tonnes de charbon et exploite plus de 10 GW de centrales à charbon sur le continent européen. Voir la Global Coal Exit List de l’ONG Urgewald
  4. Site internet d’EPH
  5. Beyond Fossil Fuels, Behind the mask: investigating EPH’s coal exit claims, Février 2025
  6. La capacité en opération comprend les capacités exploitées dans le cadre de TTEP, une coentreprise récemment créée avec TotalEnergies. TTEP développe également des capacités supplémentaires de production d’électricité au gaz, qui sont prises en compte au prorata de la participation d’EPH.
  7. Power Utilities Tracker
  8. Loan Market Association, Green Loan Principles, Mars 2025
  9. IEEFA, Examining the Credibility of EPH’s Green Bonds, Août 2025
  10. Fund Europe, Czech EPH green bonds face climate transition criticism, Août 2025
  11. S&P sur le site internet d’EPH, S&P-EPH Second Party Opinion, Mai 2025

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2026-07-06T15:58:19+02:00