SFDR : après les errements du Conseil, les parlementaires doivent corriger le tir

Le 24 juin 2026, le Conseil de l’Union européenne a adopté sa position sur la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR). En proposant de laisser les fonds dits “transition” investir dans les majors pétro-gazières, elle vient ainsi affaiblir la fiabilité et la crédibilité de la SFDR et alimenter les risques de greenwashing. Les parlementaires européens peuvent encore rejeter cette proposition issue du lobbying de l’industrie pétro-gazière et favoriser l’émergence d’une finance durable plus crédible et alignée avec les priorités politiques de l’Union.

En juin, l’Union européenne souffrait, avec des records de chaleur qui ont mis à l’épreuve les écosystèmes et l’économie européenne. Au même moment, les États membres se laissaient pourtant convaincre par le lobbying de l’industrie fossile sur la SFDR, la réglementation encadrant les allégations socio-environnementales des fonds commercialisés au sein de l’UE.

Quand la Commission européenne publiée quelques mois plus tôt proposait d’exclure les entreprises développant le charbon, pétrole et gaz des fonds étiquetés « durable » et « transition », le Conseil propose quant à lui de laisser ces entreprises bénéficier des fonds « transition ».

Un greenwashing issu des demandes de l’industrie pétro-gazière

La position des États membres substituerait à l’exclusion des développeurs d’énergies fossiles un critère reposant sur un seuil de 20 % des investissements (capex) alignés avec la taxonomie européenne et sur l’adoption de cibles de décarbonation pour les émissions directes (scope 1 et 2).

Cette proposition :

  • Ignore le scope 3, c’est-à-dire les émissions dites indirectes, qui représentent entre 85 % et 90 % des émissions des entreprises du secteur. Elle ne fixe pas non plus de réduction minimale des émissions de scope 1 et 2 qui serait cohérente avec les objectifs climatiques.
  • Ne contient aucun critère liée à la production d’énergies fossiles. Elle fonctionne alors comme si le développement limité d’activités durables venait compenser celui des énergies fossiles, alors même que l’augmentation de la production de ces énergies met en péril l’atténuation du réchauffement climatique et verrouille d’immenses quantités d’émissions.

Cette position est le fruit du lobbying direct de l’industrie pétro-gazière. TotalEnergies a joué un rôle central dans ce changement de cap, avec le soutien du gouvernement français. L’entreprise a pourtant été condamnée en France pour avoir induit le public en erreur sur sa « transition » et a reconnu ne pas disposer d’un plan de transition conforme aux exigences de la directive européenne sur le reporting de durabilité (CSRD).

Cette décision illustre une nouvelle fois le poids du lobbying des majors fossiles au niveau européen. Concrètement, le Conseil propose de légitimer la demande du secteur de continuer à développer les activités fossiles tout en se revendiquant engagé dans la transition.

Les parlementaires européens peuvent rectifier le tir

La société civile, ONG et scientifiques, a pourtant alerté à plusieurs reprises sur les risques d’un tel recul. La position du Conseil va à l’encontre des exigences scientifiques, qui appellent à une sortie rapide et ordonnée des énergies fossiles, et de l’objectif européen de diminuer la dépendance aux énergies fossiles.

Loin de devenir plus durable, le secteur enchaîne les reculs – par exemple avec l’abandon de cibles de décarbonation – et mise sur une consommation continue de pétrole et gaz. Selon une analyse de BloombergNEF, les investissements des majors pétrolières et gazières dans les énergies fossiles sont revenus à des niveaux historiquement élevés, comparables à ceux de 2015.

La balle est désormais dans le camp du Parlement européen. En septembre 2026, les eurodéputés devront trancher entre deux options : valider une approche qui légitime le greenwashing et prolonge la dépendance aux énergies fossiles, ou renforcer la crédibilité de la finance durable européenne et protéger les citoyens et épargnants en excluant les entreprises qui développent de nouveaux projets pétroliers et gaziers des fonds de « transition ».

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2026-08-06T15:33:27+02:00