La Banque centrale européenne doit s’attaquer aux risques des énergies fossiles pour la biodiversité

Paris, le 8 septembre 2026 – La Banque centrale européenne contribue à la perte de biodiversité en soutenant le financement d'entreprises ayant des projets fossiles dans des zones critiques pour la biodiversité, selon une nouvelle étude publiée aujourd'hui par Reclaim Finance (1). Elle révèle qu'un certain nombre d'actifs émis par des entreprises, dont les activités liées aux énergies fossiles menacent des écosystèmes clés, étaient encore récemment présents dans les portefeuilles monétaires de la BCE et acceptés en tant que collatéral. La BCE a également permis aux banques sous sa supervision de financer de telles entreprises à hauteur de 161 milliards de dollars entre 2021 et 2025. Reclaim Finance souligne le manque de prise en compte de l'impact des énergies fossiles sur la biodiversité par la BCE et l'appelle à cesser tout soutien pour les entreprises dont les activités fossiles détruisent des écosystèmes essentiels. 

Le nouveau rapport de Reclaim Finance révèle que la Banque centrale européenne (BCE) ne prend pas en compte les risques que font peser les énergies fossiles sur la biodiversité dans sa politique monétaire et sa supervision du système bancaire (2). Et ce, alors même que la BCE reconnaît que l'intégrité des écosystèmes est essentielle à la stabilité des prix et du système financier (3). 

Reclaim Finance a cherché à déterminer si les politiques de la BCE permettaient le financement de 80 entreprises identifiées comme présentant un risque pour des zones critiques en matière de biodiversité en raison de leurs activités liées aux énergies fossiles (4).  

Selon cette étude, en mai 2026, une obligation d'entreprise sur dix figurant dans les portefeuilles de politique monétaire de la BCE (5) était liée à ces entreprises. En tout, 15 d'entre elles figuraient parmi les obligations détenues par la BCE (6). Parmi elles, TotalEnergies, dont le projet d'oléoduc d'Afrique de l'Est (EACOP) menace des zones clés telles que la steppe de Wembere en Tanzanie – espace vital pour les oiseaux – et BP, dont le projet GNL de Tangguh, situé dans le Triangle de Corail en Asie, menace un épicentre mondial de la biodiversité marine. 

Les politiques de la BCE contribuent également à rendre plus attractifs les actifs de ces entreprises sur les marchés financiers. En effet, les banques ont été autorisées, au cours des 18 derniers mois, à utiliser comme collatéral des titres provenant de 20 entreprises dont les activités présentent un risque majeur pour la biodiversité. Parmi celles-ci figuraient des actifs de plusieurs grands groupes pétroliers, ainsi que des entreprises de transport et de stockage de gaz comme BP, Shell, Eni et TotalEnergies (7).  

La Banque centrale européenne s’intéresse de plus en plus à la nature, mais elle ignore l’impact des énergies fossiles sur la biodiversité. Il est totalement incohérent de reconnaître que la biodiversité est essentielle à la stabilité des prix et du système financier tout en permettant le financement d’entreprises dont les activités liées aux énergies fossiles mettent en danger certaines des zones naturelles les plus importantes au monde. La BCE doit de toute urgence revoir son approche.

Clarisse Murphy, chargée de campagne banques centrales chez Reclaim Finance

Si la BCE affirme intégrer progressivement les risques liés à la nature (8), son incapacité à s'attaquer aux causes profondes de la perte de la biodiversité a permis le financement par les banques européennes d'entreprises nuisant à la biodiversité. Entre 2021 et 2025, 33 grandes banques placées sous sa supervision ont en effet accordé 161 milliards de dollars à des entreprises dont les activités fossiles représentent un danger pour les zones critiques pour la biodiversité (9).  

Reclaim Finance appelle la BCE à mettre à jour son approche de la nature et à reconnaître le rôle des énergies fossiles dans la perte de biodiversité. La BCE doit mettre fin à tout soutien aux entreprises dont les projets fossiles mettent en danger des zones critiques pour la biodiversité notamment en les excluant de ses outils de politique monétaire. La BCE doit également fixer des exigences claires aux banques qu'elle supervise afin qu'elles cessent de soutenir ces entreprises. 

 

Contacts :

Notes :

  1. Reclaim Finance, « Fueling Extinction: Why the ECB must act on the biodiversity risks of fossil fuels », september 2026.
  2. Les énergies fossiles présentent de graves risques à plusieurs égards pour les écosystèmes, notamment des risques élevés de pollution, de destruction des habitats et de dégradation des ressources en eau. Pour plus d’informations sur l’impact des énergies fossiles sur la biodiversité, voir Reclaim Finance, « Fueling Extinction: Why the ECB must act on the biodiversity risks of fossil fuels », figure 2 : Fossil fuels are destroying ecosystems, p. 28-29, septembre 2026.
  3. F. Elderson, « Nature in decline, economy on the line : the importance of international cooperation for managing nature-related risks », mars 2026
  4. Dans cette étude, certaines zones sont classées comme « zones critiques pour la biodiversité » en raison de la richesse de leur biodiversité, de la présence d’espèces menacées, de leur contribution aux sociétés humaines et/ou de leur capacité à stocker le carbone. Pour plus de détails sur les zones critiques pour la biodiversité, voir la méthodologie du rapport. 
  5. Entre 2016 et 2024, la BCE a racheté des actifs d’entreprises dans le cadre du programme d’achat de titres du secteur des entreprises (CSPP) et du programme d’achat d’urgence lié à la pandémie (PEPP), afin de stimuler l’économie. La BCE a mis fin à tous ses rachats monétaires en décembre 2024, et ses portefeuilles d’actifs d’entreprises diminuent progressivement depuis à mesure que les actifs qu’ils contiennent arrivent à échéance. 
  6. Selon l’étude de Reclaim Finance, la BCE détenait encore récemment des obligations des entreprises suivantes, ayant des activités liées aux énergies fossiles dans des zones critiques pour la biodiversité : Snam, ENGIE, Shell, TotalEnergies, Eni, Nederlandse Gasunie, EDF, Enagás, BP, Repsol, Gas Networks Ireland, RWE, Enel et EnBW. Voir le tableau 1 du rapport. 
  7. La BCE a autorisé l’utilisation en tant que collatéral par les banques d’actifs liés à Snam, ENGIE, Shell, TotalEnergies, Eni, Mitsubishi Corporation, Nederlandse Gasunie, EDF, Enagás, BP, FluxysEquinor, Gas Networks Ireland, Repsol, MOL Group, Vier Gas Transport, RWE, Enel, Uniper et EnBW. Voir le tableau 2 du rapport.
  8. Les attentes de la BCE en matière de supervision couvrent à la fois les risques liés au climat et à la nature, ce qui signifie que la banque centrale attend des banques qu’elles intègrent ces deux aspects dans leurs pratiques, tout en reconnaissant que l’intégration des risques liés à la nature est moins avancée. Voir par exemple : F. Elderson, « Good practices for advancing climate and nature-related risk management », mai 2026.  
  9. Dix-huit banques ayant leur siège dans l’Union européenne, ainsi que les filiales établies dans l’UE de 15 banques non européennes, ont été prises en compte dans l’analyse. La liste des banques dans le périmètre de l’étude figure à l’annexe 3 du rapport. Pour un aperçu des financements accordés par ces banques, voir l’annexe 4 du rapport. 
2026-09-08T10:41:45+02:00