Charbon : les banques européennes financent une bombe climatique en Australie

Les banques européennes ont injecté 30 milliards de dollars entre 2021 et 2025 dans des entreprises développant des mines de charbon en Australie, alimentant une bombe climatique massive (1). Un nouveau rapport de plusieurs ONG dont Reclaim Finance révèle que 19 banques européennes, dont Crédit Agricole et BNP Paribas, ont financé des entreprises développant des projets de charbon dans le bassin de Bowen, le plus grand hub de charbon métallurgique au monde. Alors que toutes ces banques ont des politiques limitant le financement du charbon thermique, aucune n’applique de restrictions aux entreprises qui développent des projets de charbon métallurgique, malgré son impact climatique encore plus important (2). Reclaim Finance appelle les banques à mettre fin à ce double standard et à exclure tout soutien à l’expansion du charbon métallurgique.

Les banques européennes financent une potentielle bombe climatique de grande ampleur en Australie, qui pourrait générer jusqu’à 800 millions de tonnes de CO₂ par an, soit plus du double des émissions du secteur de l’énergie et de l’industrie en Australie (3).

Entre 2021 et 2025, 19 banques européennes ont accordé 30 milliards de dollars aux entreprises qui développent des projets de charbon métallurgique dans le bassin de Bowen, dans la région du Queensland (4). Plus d’une vingtaine de nouvelles mines et de projets d’extension sont prévus dans ce qui est le plus grand hub mondial de charbon métallurgique (5). Ce charbon est utilisé pour produire de l’acier, alors même que l’expansion du charbon métallurgique va à l’encontre des objectifs climatiques (6).

Parmi les 19 banques européennes qui financent ces entreprises dans le bassin de Bowen, Crédit Agricole est le principal financeur, avec 4,5 milliards de dollars accordés entre 2021 et 2025, suivi de Barclays, Santander et Deutsche Bank. UBS et BNP Paribas figurent également parmi les principaux financeurs, avec 2,9 et 2,5 milliards de dollars (7).

S’ils voient le jour, ces projets pourraient avoir de lourdes conséquences pour les populations locales et la nature, en particulier sur la Grande Barrière de Corail : pollution de l’eau, destruction des habitats naturels et aggravation de certains problèmes de santé, parmi lesquels des maladies respiratoires et cardiovasculaires (8).

Les banques européennes affirment avoir tourné la page du charbon. Pourtant, elles financent actuellement des entreprises qui prévoient un développement massif du charbon métallurgique dans le bassin de Bowen, risquant d’entraîner des émissions supérieures à celles de l’Allemagne, le plus grand émetteur européen. Ce sont les mêmes banques qui ont adopté des politiques visant à restreindre le financement du charbon thermique en raison de ses impacts. Le charbon métallurgique reste du charbon et il n’y a tout simplement pas de place pour de nouvelles mines de ce type si nous voulons un climat viable. Si les banques prennent au sérieux leurs engagements climatiques, elles doivent mettre fin à cette faille dès maintenant et exclure tous les développeurs de charbon métallurgique.

Yann Louvel, analyste des politiques sectorielles chez Reclaim Finance

Si les banques ont progressivement adopté des restrictions importantes sur le financement du charbon thermique, le charbon métallurgique reste largement épargné par ces politiques, alors même qu’il émet davantage de CO₂ lorsqu’il est brûlé et entraîne davantage de fuites de méthane lors de son extraction.

Bien que les 19 banques identifiées disposent toutes d’une politique limitant le financement du charbon thermique, aucune d’entre elles n’applique de restriction aux entreprises qui développent des projets de charbon métallurgique. Seules quatre d’entre elles, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et ING, ont mis en place des restrictions strictes concernant le financement direct de projets de charbon métallurgique, un type de financement qui est en réalité très rare dans le secteur.

À l’échelle mondiale, seules 12 des 97 banques évaluées dans le Coal Policy Tracker de Reclaim Finance restreignent d’une manière ou d’une autre le financement du charbon métallurgique (9).

Reclaim Finance appelle les banques à mettre fin à ce double standard concernant le charbon en adoptant des politiques qui excluent tout soutien, direct ou indirect, à l’expansion du charbon métallurgique.

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Notes :

  1. Reclaim Finance, BankTrack, Lock the Gate, Market Forces, Urgewald, Coal Hypocrisy: European banks’ double standard on thermal and metallurgical coal in Australia, octobre 2026. 
  2. Le charbon métallurgique émet environ 9 % de CO₂ de plus que le charbon thermique à la combustion (2,67 contre 2,44 tCO₂ par tonne, calculé d’après GIEC, 2006 IPCC   Guidelines for National Greenhouse Gas Inventories Volume 2, chapitre 1, Tables 1.2 et 1.4), et son extraction libère environ trois fois plus de méthane, ses veines étant plus profondes, plus gazeuses et davantage exploitées en souterrain. La distinction établie par les banques est donc commerciale, et non physique. Voir aussi SteelWatch, Met coal: what it is and why it is a climate risk, avril 2025 ; Kayrros, Methane Emissions from Australia’s Bowen Basin, juillet 2021 ; Ember, Coal mine methane adds 27% to steel’s climate footprint, janvier 2023. 
  3. Ce chiffre est également supérieur aux émissions domestiques liées à l’énergie et à l’industrie de l’Allemagne, qui s’élevaient à 572 millions de tonnes en 2024, faisant de l’Allemagne le plus gros émetteur d’Europe. Par ailleurs, les émissions domestiques totales de l’Australie liées à l’énergie et à l’industrie s’élevaient à 387 millions de tonnes de CO₂ en 2024.
    Calculs de Reclaim Finance, réalisés à partir des données de capacité du Global Energy Monitor, Global Coal Mine Tracker, édition de mai 2026, et des facteurs d’émission liés à la combustion du GIEC, 2006 IPCC Guidelines for National Greenhouse Gas Inventories, Volume 2, chapitre 1, Tableaux 1.2 et 1.4, 2006 ; Our World in Data, Australia Country Profile, et Germany Country Profile, consulté en août 2026. 
  4. Données analysées par Reclaim Finance à partir du rapport Banking on Climate Chaos 2026. Périmètre : prêts et activités sur les marchés de capitaux, du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2025, non ajustés, accordés à des entreprises prévoyant de développer des projets de charbon métallurgique dans le bassin de Bowen et figurant sur la Metallurgical Coal Exit List 2026 d’Urgewald. 
  5. IEA, Coal 2025, décembre 2025. 
  6. IEA, Net Zero by 2050: A Roadmap for the Global Energy Sector, mai 2021. 
  7. Entre 2021 et 2025, les banques internationales ont accordé 105,9 milliards de dollars aux entreprises prévoyant de développer des projets d’expansion de charbon métallurgique dans le bassin de Bowen. Sur ce montant, 30 milliards de dollars provenaient de banques européennes. Deutsche Bank arrive en quatrième position (3 milliards de dollars), suivie d’UBS (2,9 milliards de dollars) et de BNP Paribas (2,5 milliards de dollars). UniCredit arrive en treizième position (800 millions de dollars). 
  8. L’exploitation minière dans le bassin de Bowen a de nombreux autres impacts sur la Grande Barrière de Corail. Voir notamment UNESCO World Heritage Convention, Great Barrier Reef, World Heritage List, consulté en juillet 2026 ; J. Cortes-Ramirez et al., Mapping the Morbidity Risk Associated with Coal Mining in Queensland, Australia, International Journal of Environmental Research and Public Health 19, janvier 2022; J. Cortes-Ramirez et al., The hospitalisation risk of chronic circulatory and respiratory diseases associated with coal mining in the general population in Queensland, Australia, Science of The Total Environment 949, novembre 2024. 
  9. Reclaim Finance, Coal Policy Tracker, consulté en juillet 2026. 

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2026-10-20T14:55:27+02:00