SFDR : la commission ECON reconnait le problème du pétrole et du gaz mais envoie des signaux contradictoires

Paris, le 10 septembre – La commission ECON du Parlement européen a publié sa position ce jeudi sur la révision du Règlement sur la publication d’informations en matière de finance durable (SFDR). Elle propose de remplacer l’exclusion des entreprises développant des projets d’énergies fossiles de la catégorie « transition » par un critère fondé sur les dépenses d’investissement (capex) alignées sur la taxonomie, les investissements dans les nouveaux projets d’énergies fossiles et les objectifs de décarbonation. Contrairement au Conseil de l’UE, la commission ECON reconnaît qu’il est impossible de parler de transition sans prendre en compte les investissements fossiles des entreprises. Reclaim Finance salue cette avancée et souligne qu’elle réduit significativement le risque d’écoblanchiment. Toutefois, l’ONG rappelle également la pertinence de la proposition initiale de la Commission européenne visant à exclure les développeurs d’énergies fossiles, qui constitue un critère simple et fondé sur la science. Elle appelle les décideurs européens à l’appliquer à toutes les catégories de la SFDR. 

La commission ECON a présenté aujourd’hui une proposition qui remplace l’exclusion des développeurs d’énergies fossiles de la catégorie « transition » de la SFDR (1) par d’autres mesures destinées à limiter l’accès des entreprises fossiles aux fonds classés dans cette catégorie. 

La commission propose que les entreprises qui ont plus de 20% de leurs investissements (capex) dans des activités alignées avec la taxonomie européenne soient autorisées dans la catégorie transition. Ces entreprises doivent également avoir des scopes 1 et 2 d’émissions, compatibles avec l’Accord de Paris. 

Si cette proposition s’appuie largement sur la position du Conseil de l’UEelle s’en écarte toutefois (2) en ajoutant l’obligation, sur une période glissante de trois ansd’allouer en moyenne une proportion plus élevée des investissements (capex) aux activités alignées avec la taxonomie qu’au développement de nouveaux projets de production d’énergies fossiles. 

Contrairement au Conseil, la commission ECON reconnaît que, pour déterminer si les entreprises fossiles sont réellement en transition, il est impératif d’examiner leurs investissements dans les énergies fossiles. Chaque nouveau projet fossile a un impact désastreux sur le climat, les droits humains et l’environnement. Pourtant, la Commission ECON ne ferme pas totalement la porte au développement du charbon, pétrole et gaz. Les décideurs politiques devraient donc aller plus loin en conservant l’exclusion des développeurs d’énergies fossiles initialement proposée par la Commission européenne, et en l’étendant à toutes les catégories du règlement SFDR.

Paul Schreiber, senior policy analyst chez Reclaim Finance

Reclaim Finance salue la reconnaissance par la commission ECON de la nécessité de réorienter les investissements des énergies fossiles vers les énergies durables. L’ONG estime que les critères proposés réduisent fortement le risque d’écoblanchiment lié aux énergies fossiles par rapport à la position du Conseil (3). 

Néanmoins, les critères de la commission ECON suggèrent que de nouveaux investissements fossiles pourraient être acceptables s’ils sont associés à des investissements durables. Ils reprennent ainsi les arguments des lobbys fossiles (4) et ne répondent pas à la nécessité de mettre immédiatement fin au développement des énergies fossiles (5). 

La société civile a continuellement souligné que l’exclusion des développeurs d’énergies fossiles constitue un critère fondé sur la science, facile à mettre en œuvre et essentiel à la révision du règlement SFDR (6). Reclaim Finance réitère cette position et appelle les décideurs européens à appliquer cette exclusion à l’ensemble des catégories du SFDR (7). 

Contacts :

Notes :

  1. Les développeurs d’énergies fossiles sont exclus à la fois des catégories « durable » et « transition » dans le texte de la Commission européenne. Voir la réaction de Reclaim Finance au texte de la Commission. 
  2. Voir l’article de Reclaim Finance sur la position du Conseil de l’UE concernant la réforme du SFDR. 
  3. À l’échelle mondiale, les « majors » pétrolières et gazières ont réduit leurs dépenses vertes tout en augmentant leurs investissements dans les énergies fossiles, selon Bloomberg. Leurs dépenses dans le pétrole et le gaz retrouvent désormais le niveau historiquement élevé de 2015. Parmi les entreprises européennes, seules TotalEnergies, Repsol et Galp atteindraient aujourd’hui le seuil de 20 % de capex aligné sur la taxonomie. D’autres, comme OMV, Eni ou Orlen, dépassent les 10 % et pourraient atteindre ce seuil à court terme. Toutefois, toutes investissent davantage dans le pétrole et le gaz que dans les activités alignées sur la taxonomie, ce qui les excluraient selon la proposition de la commission ECON. 
  4. TotalEnergies, entreprise française du pétrole et du gaz, a été condamnée pour avoir induit le public en erreur concernant ses activités de transition et pour ne pas avoir suffisamment pris en compte son impact climatique. Elle a fait un lobbying intensif en faveur de la suppression de l’exclusion des développeurs d’énergies fossiles. Malgré des preuves contraires, l’entreprise se présente depuis longtemps comme un leader de la transition du secteur pétrolier et gazier et cherche à attirer des investissements en ce sens. 
  5. Dans le résumé technique du rapport AR6 du Groupe de travail III du GIEC, celui-ci souligne que les émissions futures de CO₂ provenant des infrastructures fossiles existantes dépassent déjà le budget carbone restant compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5 °C. Depuis la publication de ce rapport, de nouvelles infrastructures fossiles ont continué à être développées et de nouveaux projets sont planifiés, ce qui accroît encore les émissions futures. D’autres études ont également montré qu’une part importante des réserves fossiles déjà exploitées ne devrait pas être extraite si l’on veut atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (Dan Welsby and al, “Unextractable fossil fuels in a 1.5°C world”, Nature, 2021 / Kelly Trout and al, “Existing fossil fuel extraction would warm the world beyond 1.5 °C”, Environmental Research Letters, 2022). Les données de Reclaim Finance et de Global Energy Monitor, réunies sur CarbonBombs.org, estiment que les émissions potentielles cumulées de 601 grands projets d’extraction et de 2 300 nouveaux projets dépasseraient 1 400 gigatonnes de CO₂, soit largement plus que le budget carbone restant compatible avec 2 °C. 
  6. Reclaim Finance, « Lettre ouverte : plus de 130 signataires appellent à exclure les énergies fossiles des fonds durables de l’UE », février 2026. 
  7. Etant donné l’accord des groupes politiques sur la position de la Commission ECON, le vote en plénière sera probablement évité et les prochaines discussions sur le fond auront lieu en trilogue. 
2026-09-11T09:38:50+02:00