La coalition StopEACOP réclame des explications après l’identification de nouveaux prêts bancaires

Kampala, Ouganda, le 28 octobre 2026 – Selon Reclaim Finance, environ 3,7 milliards de dollars de prêts ont été accordés au projet East African Crude Oil Pipeline (EACOP) de TotalEnergies entre 2025 et 2026 par des institutions financières d’Afrique et du Moyen-Orient. Alors que l’Ouganda s’efforce de lancer la production commerciale de pétrole d’ici juin 2027, 149 organisations de la société civile appellent ces institutions à faire toute la transparence sur leur participation au financement du projet.

La coalition StopEACOP a adressé aujourd’hui une lettre ouverte (1) à huit institutions financières d’Afrique et du Moyen-Orient, les appelant à rendre leur financement au projet EACOP public.

Signée par 149 organisations, dont des associations représentant les communautés affectées par le projet, cette lettre fait suite à l’identification par Reclaim Finance de financements jusque-là non divulgués du projet EACOP.

Reclaim Finance a identifié environ 3,7 milliards de dollars de prêts accordés au projet entre 2025 et 2026, impliquant les institutions suivantes : Afreximbank, le groupe KCB et KCB Bank Uganda, le groupe de la Banque islamique de développement et la Société islamique pour le développement du secteur privé (ICD), NMB Bank Tanzania, Qatar National Bank, le groupe Standard Bank et Stanbic Bank Uganda, ainsi que Uganda Development Bank.

Lors de l’African Energy Week, qui s’est tenue du 12 au 16 octobre, des responsables de la compagnie pétrolière nationale ougandaise ont annoncé que le pays visait désormais un début de production commerciale de pétrole en juin 2027 (2). Un nouveau report, alors que le début de la production pétrolière était initialement prévu en 2025, avant d’être repoussé à juin, puis à juillet 2026. De son côté, la compagnie pétrolière nationale tanzanienne a indiqué que le pétrole brut devrait arriver à Tanga en février 2027 (1), avec un premier chargement pétrolier prévu en mars.

Plus de 40 banques (4) et de 30 assureurs (5) refusent de soutenir le projet EACOP, ou ont adopté des politiques excluant le financement de ce type de projet. Cependant, EACOP Ltd a indiqué avoir reçu le soutien financier d’Afreximbank, de KCB Bank Uganda, d’ICD, de Stanbic Bank Uganda et de Standard Bank, sans en préciser les montants. Par ailleurs, les conditions de financement et les montants engagés par les autres institutions, dont NMB Bank, Qatar National Bank et Uganda Development Bank, restent confidentielles.

Dans sa lettre, la coalition demande à chaque institution financière de :

  • Rendre publiques l’étendue, la structure et les conditions de leur soutien au projet EACOP, y compris leur exposition à travers des obligations, des garanties et des missions de conseil.
  • S’engager à ne plus financer l’expansion du projet EACOP ni aucun autre développement de projets pétroliers dans le bassin de l’Albertine, en Ouganda, ou ailleurs.
  • Financer la réparation des préjudices subis par les communautés affectées, au moyen d’un mécanisme indépendant piloté par les communautés, prévoyant des compensations, le rétablissement des moyens de subsistance et la réhabilitation environnementale. Ces coûts devront être pris en charge par EACOP Ltd et ses financeurs, à proportion de leur implication dans le projet.

Le démarrage de la production pétrolière ne mettra pas fin aux dommages causés par EACOP. Il ne fera que les aggraver et les rendre plus durables. Les institutions qui ont injecté des milliards dans le projet EACOP doivent désormais rendre des comptes sur les activités qu’elles ont financées et assumer leur responsabilité dans la réparation des dommages causés par leurs décisions.

Zaki Mamdoo, coordinateur de la campagne StopEACOP

Pour les personnes dont les moyens de subsistance ont été affectés par le projet EACOP, les conséquences de ces décisions de financement font déjà partie du quotidien.

Lorsqu’ils ont pris nos terres, nous avons perdu bien plus que des terrains. Nous avons perdu les moyens de faire vivre nos familles. Les indemnisations étaient censées nous aider à reconstruire nos vies, mais pour certains d’entre nous, cela n’a pas été le cas. Aujourd’hui, nous entendons parler des banques qui financent cet oléoduc, et nous voulons savoir : comprennent-elles ce que vivent les personnes dont les terres ont rendu ce projet possible ?

Rachael Tugume, une personne affectée par le projet EACOP

Des dizaines de banques et d’assureurs ont refusé, à juste titre, de soutenir le projet EACOP de TotalEnergies, en raison de ses conséquences considérables sur le climat, la biodiversité, les moyens de subsistance des communautés et les droits humains. Les huit banques qui ont accepté de financer ce projet seront tenues pour responsables de ces répercussions par les organisations de la société civile. Elles doivent se préparer à contribuer à la réparation des préjudices subis par les communautés et s’engager à ne plus financer de nouveaux projets d’expansion pétrolière et gazière, en Ouganda comme dans le reste du monde.

Antoine Bouhey, coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies chez Reclaim Finance

La coalition avertit que les risques qu’elle a documentés (6) – en particulier les problèmes liés à l’acquisition des terres et aux indemnisations, la perte de moyens de subsistance, la militarisation et les dommages environnementaux le long du tracé de l’oléoduc et au terminal de Chongoleani, à Tanga – ne disparaîtront pas avec le démarrage de la production pétrolière. Au contraire, ils ne feront que s’aggraver.

Dans la lettre de la coalition, les institutions financières sont invitées à clarifier leur position d’ici au 16 novembre. Après cette date, la coalition rendra publiques toutes les réponses reçues, ainsi que les absences de réponse.

Voir la lettre ouverte et la liste des signataires

À propos de la campagne StopEACOP

La coalition StopEACOP rassemble des organisations locales, des communautés locales et des organisations africaines et internationales. Elle appelle à l’abandon du projet d’oléoduc EACOP et des champs pétroliers associés de Tilenga et Kingfisher. À ce jour, 43 banques et 30 assureurs et réassureurs ont déjà exclu tout soutien au projet EACOP. Des porte-parole sont disponibles en Ouganda et en Tanzanie, ainsi que des experts de notre organisation.

Contacts :

Notes :

  1. StopEACOP, Lasting Destruction and Shared Responsibility: An open letter to the banks pouring billions into EACOP, octobre 2026
  2. African Energy Week, Uganda Reaffirms First Oil Timeline, Eyes Refinery Completion by 2030, octobre 2026
  3. The Citizen, Tanzania, Uganda to start first crude oil shipment in February as EACOP nears completion, octobre 2026
  4. StopEACOP, Don’t bank on EACOP, octobre 2026
  5. StopEACOP, Insure our future, not the EACOP, octobre 2026
  6. StopEACOP, Reports, octobre 2026

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