La direction de Total a annoncé qu’elle soumettra aux votes de ses actionnaires son changement de nom en TotalEnergies. Reclaim Finance et Greenpeace France ont analysé les engagements climatique de Total. Le verdict est sans appel : mettre un “S” à “énergies” pour souligner le développement de Total dans les énergies renouvelables est très anticipé alors que Total produit à 99,7% des hydrocarbures et oriente toujours plus de 90% de ses dépenses vers les fossiles. Le rapport “Total fait du sale : la Finance complice ?” décrypte les promesses de Total et les pistes d’actions possibles pour les acteurs financiers soucieux de répondre à l’urgence climatique.

Le rapport fait d’abord l’état des lieux des engagements de Total sur le climat. Le groupe s’est engagé à investir massivement dans les énergies renouvelables. Il faut s’inquiéter de la part des fausses solutions comme la biomasse, mais les montants importants qui y sont investis appuient les efforts de communication de Total pour apparaître comme un groupe multi-énergies. Mais il faut comparer ces montants avec ceux investis dans les énergies fossiles, et c’est là que le bât blesse :

  • En 2020, Total a produit 447 unités d’énergies fossiles contre 1 d’énergies renouvelables – les énergies fossiles représentent ainsi plus de 99,7% de son mix.
  • L’évolution de la production de Total dans les hydrocarbures nous amène vers une augmentation de + de 50% de cette dernière entre 2015 et 2030.
  • En 2030, les émissions de CO2e de Total devraient excéder de 200Mt les émissions maximales autorisées pour s’aligner sur une trajectoire 1,5°.
  • En 2030, 80% des investissements de Total seront toujours orientés vers les énergies fossiles.

Investir dans Total, c’est donc investir dans l’expansion des énergies fossiles et l’aggravation de la catastrophe climatique.

Un nombre croissant d’acteurs financiers s’engagent à atteindre la neutralité carbone (net-zero) et à aligner leurs activités avec l’objectif de 1,5°C. La manière dont ils adaptent leur relation à Total SE est un bon indicateur de la sincérité de leurs engagements, et des défis liés à leur succès.

  • Les 4 plus grosses banques françaises ont accordé plus de 16 milliards de dollars de financements à Total SE entre 2016 et 2020. Crédit Agricole en est le premier avec 7,3 milliards de dollars de financements, suivis de BNP Paribas avec près de 6 milliards de dollars.
  • Les investisseurs français détiennent quant à eux plus de 13,8 milliards de dollars d’investissements dans Total SE. En détenant près de 9,7 milliards de dollars d’investissements dans Total, notamment via le Plan Epargne Entreprise, Amundi – le gestionnaire d’actif du Crédit Agricole – est aussi le 2ème actionnaire au monde de Total après BlackRock.
  • Hormis les acteurs de la finance durable, aucun acteur financier français n’a exclu Total de ses soutiens et aucun n’a de politique exigeant l’arrêt du développement de nouveaux projets d’énergies fossiles. Pourtant, la production de gaz et de pétrole doit baisser de 3% et 4% par an d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Par ailleurs, le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a appelé les acteurs financiers, lors du Climate Finance Day de 2020 à se doter de politiques de sortie des pétrole et gaznon conventionnels, lesquels couvrent notamment l’Arctique où Total développe cinq nouveaux projets.
  • L’année dernière, Amundi, AXA, Natixis et Lyxor avaient tous voté contre la résolution climat déposée à l’AG de Total par 11 actionnaires dont La Banque Postale Asset Management, Crédit Mutuel et Meeschaert. BNP Paribas AM avait contré la résolution avant de s’abstenir.

Les acteurs financiers doivent déposer une nouvelle résolution climat exigeant de Total l’adoption d’un véritable plan de décarbonation de ses activités et à conditionner leurs soutiens financiers à l’arrêt dans le développement de nouveaux projets d’énergies fossiles, a fortiori dans les énergies fossiles non conventionnelles comme en Arctique.

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