Protéger l’Afrique d’un avenir carboné

Les acteurs financiers doivent stopper les plans d’expansion de TotalEnergies

L’Afrique est déjà au cœur de la crise climatique. Le continent ne représente qu’environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais ses communautés, ses écosystèmes et ses économies subissent des vagues de chaleur, des sécheresses, des cyclones et des inondations catastrophiques de plus en plus intenses. Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) préviennent que les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites de moitié d’ici 2030 pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, la principale source de ces émissions – l’industrie des combustibles fossiles – continue de se développer grâce au soutien des institutions financières. Il faut que cela change.

Les acteurs financiers enferment l’Afrique dans un avenir carboné

Les institutions financières internationales ont versé des centaines de milliards de dollars dans des projets de pétrole, de gaz et de charbon en Afrique au cours des trois dernières années. Entre janvier 2019 et juillet 2022, 352 banques ont accordé plus de US$ 98 milliards à des entreprises développant de nouveaux projets fossiles en Afrique et plus de 5 000 investisseurs institutionnels détenaient, en juillet 2022, des actions et obligations totalisant US$ 109 milliards dans des entreprises développant de nouveaux projets d’énergies fossiles en Afrique.

Bien qu’ils se soient engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 en suivant une trajectoire de 1,5°C, la plupart des banques, des assureurs et des investisseurs n’ont aucune politique en place pour cesser de soutenir les développeurs de projets fossiles. Dans 48 pays africains sur 55, 200 entreprises se préparent à ajouter au moins 15,8 milliards de barils équivalent pétrole à leurs portefeuilles de production avant 2030. L’extraction et la combustion de ces ressources libéreraient 8 gigatonnes d’équivalent CO2 dans l’atmosphère, soit plus du double de la quantité émise par l’Union européenne chaque année. En outre, ces entreprises prévoient également de doubler la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) du continent et de construire plus de 20 000 km de gazoducs (de quoi relier le pôle Nord et le pôle Sud !).

TotalEnergies est le plus grand développeur de pétrole et de gaz en Afrique

Parmi les entreprises qui explorent ou développent de nouvelles réserves fossiles, construisent de nouvelles infrastructures fossiles telles que des pipelines ou des terminaux GNL, figure TotalEnergies, qui est le plus grand développeur de projet de production de pétrole et de gaz sur le continent.

La major française, déjà responsable de plus de 14% de l’expansion pétrolière et gazière à court terme en Afrique, explore le pétrole et le gaz dans 15 pays africains. En 2021, la production totale d’hydrocarbures de TotalEnergies s’élevait à 1 milliard de barils équivalent pétrole, dont 25% en provenance d’Afrique. Aujourd’hui, la major vise à ajouter 2,27 milliards de barils équivalent pétrole à son portefeuille de production sur le continent, ce qui démontre une fois de plus que l’entreprise est loin d’être en transition.

TotalEnergies cache sa stratégie anti-climat sous le couvert d’un faux plan « climat » mais reste le 7ème expansionniste pétro-gazier au monde, avec plus de 70% de ses investissements dédiés aux énergies fossiles.

Un coup d’oeil sur quelques bombes climatiques de TotalEnergies en Afrique

EACOP

Projet majoritairement mené par TotalEnergies (62% du capital), l’East African Crude Oil Pipeline serait le plus long oléoduc chauffé au monde (1443 km), traversant l’Ouganda et la Tanzanie. Il traversera le bassin du lac Victoria, dont dépendent environ 40 millions  de personnes en Afrique de l’Est.Le projet EACOP/Tilenga affecte directement les terres de plus de 100 000 personnes, et émettra, à son pic de production, 34 millions de tonnes de CO2 par an (soit 6 fois les émissions annuelles de l’Ouganda).

Cliquez ici pour en savoir plus

Afrique du Sud

En septembre, TotalEnergies a demandé une licence de production pour exploiter deux importants champs gaziers au large de la côte sud de l’Afrique du Sud. Dans une région riche en biodiversité, TotalEnergies ouvrirait un dangereux précédent. En effet, de l’aveu même de l’industrie fossile, « si Brulpadda et Luiperd s’avèrent commercialement viables, ces découvertes pourraient faire passer l’industrie pétrolière et gazière sud-africaine à la vitesse supérieure et attirer les investissements dont elle a tant besoin ».

Cliquez ici pour en savoir plus

GNL du Mozambique

En 2010 et 2011, d’importants gisements de gaz offshore ont été découverts au nord du Mozambique. Les majors pétrolières et gazières ont immédiatement lancé des plans pour exploiter ces champs. Parmi elles, TotalEnergies, avec le projet Mozambique LNG. L’extraction est associée à des risques élevés : rébellion contre le pouvoir en place (depuis 2007) ; scandale de corruption ; réinstallations forcées et compensations tardives ; abus et violations des droits de l’homme ; impacts majeurs sur l’environnement (116 MtCO2e par an pour l’utilisation finale du gaz). Tout cela a entraîné la suspension du projet jusqu’à aujourd’hui, en raison des conflits et des milliers de morts.

Les acteurs financiers doivent stopper les projets d’expansion de TotalEnergies

La stratégie anti-climat de TotalEnergies est alimentée par la complicité des acteurs financiers.

Derrière les terribles plans d’expansion pétrolière et gazière de la société se cachent des banques, des assureurs et des investisseurs qui continuent de soutenir la société par des prêts, des couvertures d’assurance et d’autres services financiers, sans même demander à la major française de cesser de développer de nouveaux projets d’énergie fossile.

Parmi eux figurent notamment les institutions financières françaises BNP Paribas, Crédit Agricole et sa filiale de gestion d’actifs Amundi, ainsi que la Société Générale et le groupe BPCE.

Top 15 des investisseurs soutenant TotalEnergies 

Actions et obligations (juillet 2022)

Investor Parent Investor Parent Country Total (US$ Mln)
BlackRock United States 4258
Vanguard United States 1714
Government Pension Fund Global Norway 1527
Wellington Management United States 1107
T. Rowe Price United States 803
Crédit Agricole France 719
Capital Group United States 686
Deutsche Bank Germany 632
Fidelity Investments United States 524
Société Générale France 516
BNP Paribas France 503
Fisher Investments United States 466
JPMorgan Chase United States 464
Dimensional Fund Advisors United States 334
Geode Capital Holdings United States 331

Top 15 des banques soutenant TotalEnergies 

Prêts et services de souscription (Jan16-Jun22)

Investor Parent Investor Parent Country Total (US$ Mln)
Barclays United Kingdom 1136.66
Société Générale France 1108.19
BNP Paribas France 1050.05
JPMorgan Chase United States 949.20
Crédit Agricole France 945.34
SMBC Group Japan 756.42
Royal Bank of Canada Canada 723.78
Mizuho Financial Japan 684.50
Deutsche Bank Germany 635.42
Citigroup United States 618.82
Goldman Sachs United States 897.57
Morgan Stanley United States 538.16
Banco Bilbao Vizcaya Argentaria (BBVA) Spain 475.25
Santander Spain 434.73
Groupe BPCE France 433.84

Ce rapport identifie les financeurs et les investisseurs derrière 200 entreprises qui inondent l’Afrique de nouveaux projets d’énergies fossiles. Loin d’être en transition, toutes ces entreprises poursuivent des plans imprudents d’expansion des énergies fossiles qui sont incompatibles avec une trajectoire climatique de 1,5°C. Les institutions financières doivent immédiatement cesser tout investissement, prêt et service financier à leur égard.

Lire le rapport (en anglais)

En savoir plus

Oil & Gas Policy Tracker
Major Failure
Investisseurs de TotalEnergies