Erratum publié le 31 juillet, 18h, après réception de précisions envoyées par Société Générale à Reclaim Finance.

  • Concernant les sociétés minières, Société Générale a précisé que si seules les entités “opérant ou possédant directement” des mines de charbon et répondant aux critères d’exclusion seraient exclues dès 2020, les groupes dans leur globalité seraient exclus s’ils n’ont pas adopté d’ici fin 2021 de plan de transition cohérent avec les objectifs de sortie du charbon d’ici 2030/2040.
  • Ainsi, si uniquement les filiales de Glencore opérant ou possédant des mines de charbon seront exclus en 2020, tout le groupe pourrait l’être si Glencore n’adopte pas de plan de transition cohérent avec les objectifs de sortie du charbon d’ici 2030/2040. Les mesures de 2020 auront peu ou pas d’impact sur Glencore mais en auront en 2021 si Glencore n’opère pas le virage nécessaire dans ses activités charbon.

Pour Lucie Pinson, fondatrice et directrice générale de Reclaim Finance :

“Les précisions apportées par Société Générale sur l’application de la politique aux sociétés minières et plus largement à tous les groupes exposés au secteur du charbon sont très positives. Reclaim Finance suivra de très près les flux financiers de Société Générale et des autres banques françaises en direction du secteur du charbon afin de s’assurer qu’elles contribuent à prévenir effectivement son expansion et en soutiennent la sortie. Concernant Société Générale, deux avertissements valent mieux que un : le gaz n’a pas sa place dans les plans de transition des entreprises et la banque ne devrait autoriser que des financements aux projets réellement verts pour les entreprises exclues des soutiens généraux en raison de leur présence dans le charbon”.

Vendredi 31 juillet 2020 – Après une première annonce début juillet améliorant sa politique charbon sans pour autant l’aligner avec les exigences climatiques, Société Générale vient de mettre en ligne les mesures qu’elle entend déployer pour sortir du secteur du charbon d’ici 2030 dans les pays de l’UE et de l’OCDE et d’ici 2040 dans le reste du monde (1). Cependant, les filiales de financement des sociétés actives dans le secteur du charbon n’étant pas couvertes, Société Générale continuera de financer certains des plus gros producteurs de charbon au monde. De plus, Reclaim Finance identifie un risque de report des financements sur le gaz. S’il faut attendre l’analyse de l’évolution des flux financiers à la globalité du secteur du charbon pour comprendre précisément l’application de la politique, il est certain qu’elle ne répondra pas pleinement aux enjeux climatiques de sortie du secteur.

Lucie Pinson, fondatrice et directrice générale de Reclaim Finance commente :

“On aurait espérer une politique qui s’aligne sur les meilleures pratiques de la place financière de Paris et qui réponde à l’engagement pris il y a un an de soutenir réellement la sortie du secteur du charbon (2). Malheureusement, celle adoptée par Société Générale pourrait être un véritable trompe l’oeil destinée à berner ceux qui ne liront pas ses notes de bas de page et glossaire”.

Les mesures adoptées correspondent en apparence aux principaux critères recommandés par Reclaim Finance et ses partenaires (3). Société Générale s’engage à exclure de ses financements (4):

1. Dès maintenant :

  • les entreprises qui tirent plus de 25% de leurs revenus du charbon (5) et qui n’ont pas de date de sortie du secteur du charbon alignée sur 2030/2040 ;

  • les sociétés minières “opérant ou possédant directement” des mines de charbon et qui développent de nouveaux projets, produisent plus de 10 millions de tonnes de charbon par an ou tirent plus de 20% de leurs revenus de la production de charbon, ou qui n’ont pas de plan de transition cohérent avec les objectifs de sortie du charbon d’ici 2030/2040.

2. Après fin 2021, les autres sociétés qui développent de nouvelles centrales ou mines de charbon ou qui n’ont pas de plan de transition cohérent avec les objectifs de sortie du charbon d’ici 2030/2040 (6).

Des entreprises comme RWE, qui détient directement des mines de charbon et répond à tous les critères mentionnés ci-dessus, devraient en toute logique être exclues dès à présent.

Ce n’est pas le cas du géant Glencore qui se classe pourtant parmi les 10 plus gros producteurs de charbon avec plus de 140 millions de tonnes de charbon extraites en 2019. Explication :

  • En effet, Glencore a plusieurs filiales dédiées à la production et au commerce de charbon. Parmi elles Prodeco (Colombie), Bulga Coal (Australie), Mount Owen (Australie), qui dépassent toutes très largement les seuils d’exclusion de Société Générale.
  • La majorité de leurs financements est levé via la maison-mère, Glencore PLC, mais Glencore a aussi plusieurs filiales de financement, notamment Glencore Finance Ltd, Glencore Finance SA and Glencore Funding LLC (7).
  • Or, la politique de Société Générale stipule subtilement que l’exclusion est faite au niveau des sociétés minières “opérant ou possédant directement” des mines de charbon.
  • Société Générale pourra donc continuer de financer le groupe ou les filiales de financement de Glencore qui financent les activités des sociétés de production de charbon.

“Quand le doute était permis pour BNP Paribas (8), il ne l’est pas ici pour Société Générale. La politique de BNP Paribas devrait conduire la banque à cesser ses financements aux entités finançant les filiales charbonnières de Glencore, ce qui n’est clairement pas le cas pour Société Générale. Société Générale continuera de financer un groupe dont la production croissante de charbon alimente la catastrophe climatique et est liée à de très lourdes violations des droits humains” explique Lucie Pinson.

Par ailleurs, les entreprises exclues des financements généraux, hormis celles développant de nouveaux projets au-delà de fin 2021, pourront toujours bénéficier de “produits et services financiers dédiés à la transition énergétique”. Alors que Société Générale met régulièrement en avant le gaz et le gaz naturel liquéfié, dont elle est un des plus gros financeurs à l’international, comme étant des énergies de transition (9), cette formulation ouvre la porte au financement du remplacement des installations charbon par des projets gaziers.

“Remplacer les centrales à charbon par plus de projets gaziers irait à l’encontre des objectifs climatiques. Le gaz, énergie fossile, n’a aucune place dans les plans de transition des entreprises et nous appelons Société Générale à exiger des ces clients un passage aux renouvelables et à l’efficacité énergétique” poursuit Lucie Pinson.

Enfin, d’autres doutes sont permis, y compris sur l’exclusion des développeurs de charbon, pour lesquels la politique indique que “seuls les propriétaires majoritaires des actifs seront considérés”. Une entreprise qui participe à la construction d’une centrale dont elle ne détiendra qu’une partie pourrait donc toujours bénéficier de financements. De nombreux développeurs asiatiques pourraient passer entre les mailles du filet.

Notes:

  1. Voir la politique de Société Générale Voir l’annonce de Société Générale début juillet
  2. Voir l’engagement de la Place financière de Paris.
  3. Voir nos demandes sur le charbon et le Coal Policy Tool
  4. Les critères différents pour la gestion d’actifs : sont exclues les entreprises qui développent de nouveaux projets charbon, qui tirent plus de 10% de leurs revenus de l’extraction de charbon ou 30% de leur production d’électricité du charbon. Si les critères sont relativement satisfaisants, Société Générale ne s’engage pas à travailler à son application à la gestion passive qui représente pourtant 40% de la gestion totale.
  5. La part du charbon dans les revenus n’est pas une métrique pertinente pour les producteurs d’électricité. La part du charbon dans la production d’électricité devrait lui être préférée.
  6. La politique n’explique pas précisément ce qui est attendu en termes de plan de transition cohérent avec les objectifs de sortie du charbon d’ici 2030/2040, mais il est impliqué que cela dépasse la seule date de sortie du secteur du charbon. Si Société Générale ne dit pas demander aux entreprises de fermer, et non de vendre, leurs actifs dans le charbon, la politique stipule que Société Générale ne soutiendra pas leurs transactions.
  7. Voir la Global Coal Exit List.
  8. Voir la réaction de Reclaim Finance aux annonces de BNP Paribas.
  9. Voir la page “financement de la transition énergétique” sur le site de Société Générale et le rapport Banking on Climate Change 2020 publié en mars 2020 par Reclaim Finance, Rainforest Action Network et 4 autres organisations partenaires.