Copublié avec Justiça Ambiental!, Les Amis de la Terre France, Les Amis de la Terre Japon, BankTrack, urgewald
Maputo, le 18 décembre 2025 – Des organisations de la société civile ont écrit ce mercredi à 29 institutions financières impliquées dans le projet Mozambique LNG de TotalEnergies, dont Crédit Agricole et Société Générale, pour leur demander de retirer immédiatement leur soutien financier. Leur appel fait suite au retrait récent des agences de crédit à l’exportation britannique (UK Export Finance – UKEF) et néerlandaise (Atradius) en raison de leurs préoccupations concernant le respect des droits humains.
Les 11 associations signataires de la lettre, dont Justiça Ambiental!/Amis de la Terre Mozambique, les Amis de la Terre France et Reclaim Finance, pointent du doigt les liens présumés entre le projet et des violations de droits humains, une détérioration de la sécurité régionale, les risques d’instabilité économique pour le Mozambique et les risques environnementaux. Elles soulignent également les risques juridiques croissants pour les parties prenantes au projet (1).
Cette lettre intervient après le retrait historique, début décembre, de deux financeurs du projet, Atradius et UKEF. Ces deux agences publiques anglaises et néerlandaises ont en effet invoqué des risques accrus pour la sécurité et les droits humains. A cette occasion, le gouvernement néerlandais a également publié deux rapports portant sur les allégations de violations des droits humains liées au projet et le contexte de sécurité du projet.
Compte tenu des risques et des difficultés rencontrés au Mozambique pour traiter des cas de violations des droits humains, voire pour obtenir la reconnaissance de leur existence par les autorités, il est essentiel que ces crimes fassent l’objet d’enquêtes dans d’autres espaces et juridictions, comme en France. Justice doit être rendue aux victimes et à leurs familles, et toutes les parties impliquées doivent rendre des comptes
Daniel Ribeiro, Justiça ambiental! / Amis de la Terre Mozambique
Les rapports et les enquêtes faisant état de violations des droits humains liées au projet Mozambique LNG se multiplient. Les victimes et les communautés affectées doivent pouvoir accéder à la justice et aux réparations en France, car c’est là que se prennent les décisions de la maison mère. Alors que Total fait déjà l’objet de deux plaintes pénales devant les tribunaux français, les acteurs financiers doivent désormais prendre conscience des risques juridiques croissants auxquels ils s’exposent s’ils ne se retirent pas de ce projet gazier désastreux.
Juliette Renaud, coordinatrice, Les Amis de la Terre France
Les banques ne peuvent pas ignorer les rapports du gouvernement néerlandais décrivant de graves violations des droits humains. Il est temps que Crédit Agricole et Société Générale prennent conscience de la gravité de ce projet et s’en retirent, dans l’intérêt des communautés locales et de la planète.
Antoine Bouhey, coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies , Reclaim Finance
Les agences de crédit à l’exportation ont pour mission de protéger les banques et les entreprises contre les risques. Lorsqu’elles refusent de financer le projet Mozambique LNG car elles le jugent trop risqué, les institutions financières – notamment celles couvertes par Atradius ou UKEF, comme Standard Chartered – doivent parvenir à la même conclusion et retirer leur soutien au projet. Il ne s’agit pas seulement d’exposition financière, mais aussi de responsabilité : aucune banque ne devrait s’associer à une entreprise accusée de complicité de crimes de guerre.
Rieke Butijn, chargée de campagne climat, BankTrack
La semaine dernière, le gouvernement mozambicain a appelé TotalEnergies à reprendre ses activités, alors même qu’il effectue un audit du nouveau budget proposé par la multinationale début novembre. Cette proposition de nouveau budget – qui prévoit des coûts supplémentaires de 4,5 milliards de dollars et une prolongation de la période de concession – pourrait entraîner une réduction et un retard des bénéfices escomptés pour le Mozambique (3).
Les associations appellent les institutions financières impliquées dans ce projet, dont Crédit Agricole et Société Générale, à prendre en compte les risques élevés associés à ce projet au regard de leurs engagements en matière de droits humains, de climat et de normes environnementales, sociales et de gouvernance. Les institutions financières sont appelées à répondre au plus tard le 15 janvier 2026.