Le rôle des centrales à gaz fossile dans le système électrique fait régulièrement débat. Le déploiement significatif des énergies renouvelables modifie l’équilibre de la production d’électricité, nécessitant une plus grande flexibilité. Alors que les centrales à charbon et nucléaires offrent une flexibilité très limitée, le gaz est présenté par ses partisans comme nécessaire pour soutenir l’intégration des énergies renouvelables et assurer la flexibilité du réseau. L’industrie gazière avance l’argument de la « flexibilité » du gaz pour justifier le développement de nouvelles centrales et promouvoir le gaz fossile comme « énergie de transition » pour la transition énergétique.
Cet article examine le potentiel des centrales à gaz à soutenir un système électrique basé sur les énergies renouvelables et les conséquences d’une telle stratégie en termes de durabilité et de coût.
- La plupart des nouvelles centrales à gaz fossile ne sont pas adaptées pour fournir la flexibilité quotidienne, hebdomadaire et inter-hebdomadaire requise dans les systèmes électriques modernes.
- Les centrales à gaz les plus développées sont équipées de turbines à gaz à cycle combiné (CCGT) et sont conçues pour une production de l’électricité “en base”.
- L’utilisation des CCGT pour répondre aux pics de demande réduit leur durée de vie, met en péril leur rentabilité et augmente les émissions de CO₂ et la pollution atmosphérique.
- Les turbines à gaz à cycle ouvert (OCGT) sont conçues pour les pics de demande, mais sont très émissives et coûteuses à exploiter.
- La viabilité économique des centrales à gaz est assurée par des mécanismes financiers coûteux, supportés par les consommateurs et les contribuables, ce qui augmente le risque de dépendance aux énergies fossiles et ralentit la décarbonation du secteur électrique.
- La pénurie actuelle de turbines à gaz menace le développement de nouvelles centrales et retardera fortement les projets d’expansion.
- Des solutions soutenables et moins chères existent déjà pour assurer une fl exibilité effi cace des systèmes électriques basés sur les énergies renouvelables (systèmes de stockage, gestion de la demande, interconnexions et technologies d’optimisation du réseau).
- Soutenir le développement des capacités de stockage, des réseaux électriques et des énergies soutenables (solaire, éolien) plutôt que les centrales à gaz fossile est essentiel pour limiter le réchauffement climatique et la pollution de l’air.
Messages clés
Quelles conséquences pour les acteurs financiers ?
En raison des limites et des risques que présentent les centrales à gaz fossile, et du fait de la disponibilité de solutions alternatives soutenables et fiables pour la flexibilité des systèmes électriques, les banques devraient adopter des politiques sectorielles strictes sur l’électricité issue du gaz fossile pour :
- Mettre fin immédiatement à tout soutien financier dédié aux nouveaux projets de centrales à gaz.
- Adopter des restrictions temporelles pour les entreprises impliquées dans l’expansion de la production d’électricité au gaz, en conditionnant les services financiers futurs à :
- La fin immédiate du développement des capacités de production d’électricité à partir de gaz.
- Un engagement public d’ici janvier 2027 à éliminer progressivement la production d’électricité à partir de gaz à un rythme compatible avec les objectifs de décarbonation du secteur électrique, d’ici 2035 dans les pays de l’OCDE et européens, et d’ici 2045 dans le reste du monde.
- Un calendrier détaillé de fermeture actif par actif (sans vente ni conversion), d’ici janvier 2028, compatible avec l’objectif de décarbonation du secteur électrique d’ici 2035 dans les pays de l’OCDE et européens, et d’ici 2045 dans le reste du monde.
En parallèle, les banques devraient augmenter significativement leurs financements aux solutions soutenables, telles que les batteries, l’amélioration des interconnexions et l’optimisation des réseaux électriques, ainsi qu’à la production d’électricité solaire et éolienne.