Les lobbies font-ils la loi au Parlement européen ?

En quatre mois, alors que les eurodéputés discutait de la loi « Omnibus », 22 158 lobbyistes sont entrés dans le Parlement européen. L’analyse des données exclusives concernant leurs entrées et sorties pendant cette période hautement politique montre clairement l’importance des intérêts économiques et financiers, notamment venus des États-Unis. Ce constat inquiétant doit inviter les autorités politiques européennes à la plus grande vigilance envers les représentants des industries les plus polluantes et leurs soutiens.

En 2025, le Parlement européen a adopté des mesures affaiblissant la protection des droits humains et de l’environnement. Reclaim Finance a cherché à comprendre qui pouvait avoir favorisé cette entreprise de dérégulation frappant les lois qui protègent les Européens et leur avenir.

Après des mois d’échanges avec les services du Parlement européen, Reclaim Finance a obtenu deux documents, montrant les entrées et sorties des lobbyistes au Parlement européen entre la rentrée parlementaire du 1er septembre 2025 et le 18 décembre 2025 (veille des vacances de fin d’année). Ce sont 22 158 lobbyistes qui y sont entrés sur cette période, les représentants du secteur privé constituant a minima deux fois plus d’entrées que ceux des ONG, plateformes ou réseaux non-lucratifs.

Comme les données le rappellent, et contrairement aux ONGs, les entreprises font à la fois du lobbying direct (i.e. des lobbyistes engagés par le groupe) et indirect, à travers des associations professionnelles et des cabinets de conseil. Ce lobbying indirect a un coût important. ExxonMobil déclare ainsi avoir dépensé entre 4M€ et 4,5M€ en 2025 pour son lobbying, un montant qu’aucune ONG ne pourrait dépenser.

Le rôle central joué par les lobbies pétro-gaziers, et notamment de les groupes américains et leurs soutiens, permet d’expliquer une partie des positions de la loi Omnibus, comme la suppression des plans de transition climatiques. L’analyse des dates de présence des lobbyistes au Parlement européen met en effet en évidence huit journées, durant lesquelles davantage de lobbyistes que de parlementaires étaient présents dans l’enceinte du Parlement. Les lobbyistes étaient à chaque fois là aux moments les plus stratégiques où la décision se prenait.

Cette première analyse permet d’aller au-delà des informations publiées chaque année sur le registre de transparence de l’Union européenne. Elle doit inviter les décideurs européens à faire preuve de la plus grande vigilance dans leurs interactions avec les lobbyistes qui représentent des intérêts privés aux antipodes de ceux des citoyens de l’Union.

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2026-03-24T10:29:10+01:00