En mai 2020, les Amis de la Terre France et Reclaim Finance ont publié un rapport révélant les importants soutiens des banques et investisseurs français aux pétrole et gaz de schiste nord-américains. Intitulé, La Place financière de Paris au fond du puits, le rapport documente également les risques climatiques, environnementaux, sanitaires et financiers que concentrent ce secteur.

La crise du coronavirus et le krach pétrolier ont mis en évidence les risques déjà bien connus des pétrole et gaz de schiste. Ces risques sont depuis des années portés à l’attention des acteurs financiers, qui ont malgré tout fait le choix d’y être surexposés. À quelques rares exceptions, les banques, assureurs et gestionnaires d’actifs de la Place de Paris n’ont pas même pris des engagements limitant leurs activités dans les pétrole et gaz de schiste.

Reclaim Finance et les Amis de la Terre France appellent à l’arrêt des soutiens financiers publics et privés à l’ensemble du secteur, sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, et à l’adoption de politiques et réglementations permettant d’aligner les pratiques des acteurs financiers français avec la double nécessité de cesser toute expansion du secteur et d’en programmer la sortie totale.

Ce qu’il faut retenir, sur les financements et investissements français dans les gaz et pétrole de schiste :

  • Entre 2016 et 2019, Société Générale, Crédit Agricole, BNP Paribas et BPCE ont accordé 24 milliards de dollars de financements à la production, au transport et à l’exportation de pétrole et gaz de schiste.
  • Société Générale arrive de très loin en tête, ayant à elle seule financé le secteur pour près de 11 milliards de dollars depuis 2016. Cela s’explique notamment par sa très forte présence dans le financement de projets d’infrastructures gazières, pipelines et terminaux de GNL, aux Etats-Unis. Seuls BNP Paribas et Crédit Mutuel ont à ce jour renoncé à ce type de soutiens directs.
  • Les investisseurs français, dont notamment les quatre grandes banques ainsi que AXA et Rothschild & Co, totalisent 12 milliards de dollars d’investissements dans les entreprises les plus agressives dans le développement du secteur, au 20 mars 2020.
  • Entre début janvier et fin mars 2020, alors que la valeur des pétrole et gaz américains s’effondrait, BPCE, AXA et Rothschild & Co ont renchéri sur le secteur, achetant 7 millions d’actions dans ces entreprises.
  • On retrouve dans les portefeuilles de ces banques et investisseurs des entreprises diversifiées et des majors, mais aussi des entreprises dont l’activité repose majoritairement voire exclusivement sur les pétrole et gaz de schiste, et qui ont été violemment frappées par la crise – Occidental Petroleum, Chesapeake, Concho Resources, EOG, Apache, WPX…
  • Malgré sa politique pétrole et gaz non-conventionnels, BNP Paribas conserve dans ses financements et investissements des entreprises fortement actives dans le secteur, mettant en doute l’application de ses engagements. Contacté à ce sujet BNP Paribas Asset Management a répondu qu’il prévoyait d’appliquer la politique du groupe au cours de l’année 2020, soit plus de deux ans après son adoption. Cela pose la question du suivi de la mise en oeuvre des engagements pris publiquement par les acteurs financiers, et doit justifier le recours à des sanctions en cas de non-respect.

Ce qu’il faut retenir, sur les risques climatiques et financiers liés aux gaz et pétrole de schiste :

  • 85% du développement mondial de la production de pétrole et gaz d’ici 2025 est concentrée aux Etats-Unis et Canada, reposant quasi exclusivement sur des hydrocarbures non-conventionnels, et majoritairement sur les hydrocarbures de schiste.
  • Ce développement consommerait 26% du budget carbone mondial disponible pour rester sous la barre de 1,5 °C de réchauffement.
  • Les entreprises américaines spécialisées dans la production de pétrole et gaz de schiste n’ont pas une fois au cours de la dernière décennie fini l’année avec un flux de trésorerie net positif, dépensant au total 189 milliards de dollars de plus qu’elles n’en ont généré en vendant du pétrole et du gaz.
  • 415 entreprises du secteur ont fait faillite depuis 2015, et entre 243 et 1 167 autres pourraient faire faillite d’ici 2021 si le cours du pétrole se maintient entre 10 et 30 dollars le baril.

Télécharger le rapport La Place
Financière de Paris au Fond du Puits

Pour aller plus loin :

  • Les banques et investisseurs français épinglés pour leurs soutiens aux pétrole et gaz de schistecommuniqué de presse du 13/05/20
  • Méthodologie du rapport : Pour ce qui est des soutiens sous forme de financements, le rapport comptabilise sur la période de 2016 à 2019 les prêts et émissions d’actions et d’obligations de Société Générale, Crédit Agricole, BPCE et BNP Paribas aux 30 entreprises les plus actives et qui prévoient le plus de se développer dans la production de pétrole et gaz de schiste, ainsi qu’à 20 entreprises clés actives dans le transport et l’exportation (GNL) de pétrole et gaz de schiste. Ont aussi été évalués les financements dédiés et mandats de conseil pour des projets d’infrastructures de pétrole et gaz de schiste aux Etats-Unis et Canada. Pour ce qui est des investissements, le rapport capture les détentions d’actions et d’obligations des investisseurs français aux 100 plus gros producteurs de pétrole et gaz de schiste, ainsi qu’aux 75 entreprises qui prévoient le plus de se développer dans la production de pétrole et gaz de schiste, au 20 mai 2020. Nous avons également pu regarder les détentions d’actions en janvier 2020, afin d’analyser la réponse des investisseurs à la crise du coronavirus et la chute des cours du pétrole. Lire la méthodologie détaillée.