Bank of America (BofA), la deuxième banque des États-Unis, a mis à jour en février 2021 sa politique en matière de risques environnementaux et sociaux, qui complète la précédente version de 2019. Bank of America se fixe “un objectif de neutralité carbone pour ses opérations, sa chaîne d’approvisionnement et ses activités de financement avant 2050″, s’alignant avec les objectifs de l’Accord de Paris. Néanmoins, cette nouvelle politique, qui ne fait que mentionner les sables bitumineux sans aucune politique d’exclusion, reste également très incomplète sur le charbon. Les nouveaux projets de mines ou de centrales à charbon sont immédiatement exclus, mais cette politique ignore toutes les entreprises impliquées dans le charbon thermique.

1. Ce qui change

Alors que sa dernière politique charbon publiée en 2019 n’excluait que les nouvelles centrales au charbon dans les pays développés, Bank of America s’engage désormais à ne pas participer :

  1. Au financement direct de nouvelles mines de charbon thermique ou à l’expansion de mines existantes ;
  2. Au financement direct de la construction ou de l’expansion de nouvelles centrales au charbon, y compris le refinancement de centrales récemment construites, à moins que ces installations n’utilisent la technologie de captage et de stockage du carbone.

En outre, d’ici 2025, la banque supprimera tout financement à des entreprises qui réalisent au moins 25 % de leur chiffre d’affaires de l’extraction de charbon thermique, à moins que l’entreprise ne s’engage publiquement à aligner ses activités sur les objectifs de l’Accord de Paris et que ce financement ne facilite la diversification des activités de l’entreprise en dehors du charbon thermique.

2. Notre analyse : une politique charbon encore très loin du compte

Les progrès de Bank of America en matière d’exclusion du charbon thermique sont minimes, mais la fin du financement direct des nouvelles mines de charbon thermique et des nouvelles centrales à charbon mérite d’être soulignée. Toutefois, l’impact de cette décision est relativement limité, car selon la base de données internationale IJGlobal, Bank of America n’a effectué aucun financement direct de ce type lors de la dernière décennie. De plus, la banque ne mentionne aucune interdiction relative aux infrastructures charbon ou à la modernisation des centrales à charbon existantes prolongeant ainsi leur durée de vie.

En ce qui concerne le financement des entreprises du secteur charbon, les engagements pris par Bank of America restent très insuffisants pour plusieurs raisons :

  • La Banque n‘exclut pas les entreprises développant de nouveaux projets charbon malgré le consensus mondial pour une sortie progressive du charbon. Une exclusion des “développeurs” est pourtant la première étape clé d‘une politique charbon et le test décisif pour évaluer la crédibilité de tout engagement climatique. La banque américaine continuera ainsi à pouvoir financer des entreprises telles que le Groupe Adani, et son tristement célèbre projet de mine de charbon Carmichael en Australie. Bank of America a aidé le Groupe Adani à lever plus de 550 millions de dollars d’obligations sur le marché entre octobre 2018 et octobre 2020 ;
  • L’élimination progressive du charbon annoncée par la banque ne couvre qu’une faible partie du secteur de l’extraction du charbon. De plus, les entreprises productrices d’électricité à partir de charbon thermique sont épargnées par cette nouvelle politique charbon. Du côté des mines, certains grands conglomérats miniers diversifiés tels que Glencore ne sont pas couverts par la politique, bien qu’ils comptent parmi les plus grands producteurs de charbon au monde. Réduisant encore l’impact de son engagement, Bank of America a ajouté des dérogations pour les entreprises “ayant un engagement public d’aligner leurs activités sur les objectifs de l’Accord de Paris”, qui reste à définir précisément ;
  • Sans restriction supplémentaire, la banque américaine pourra ainsi continuer à financer de nombreux producteurs de charbon et des entreprises développant des projets et des infrastructures charbon. Entre octobre 2018 et octobre 2020, le soutien de la banque au secteur du charbon a atteint 51 milliards de dollars selon les dernières données disponibles. Bank of America a financé Duke Energy (USA), RWE (Allemagne) et Marubeni (Japon) respectivement à hauteur de 4 310 millions de dollars, 1 150 millions de dollars et 495 millions de dollars sur la période.

Bank of America se positionne loin derrière certains de ses pairs mondiaux tels que le Crédit Agricole ou BNP Paribas, qui ont adopté des exclusions immédiates au niveau des entreprises, à commencer par l’exclusion de tous les développeurs de nouveaux projets charbon. Les deux acteurs français se sont également engagés à se retirer du secteur du charbon d’ici 2030 pour l’UE/OCDE et d’ici 2040 à l’échelle mondiale, et ont demandé aux entreprises qu’ils financent d’adopter des plans de sortie progressive du charbon alignés sur ces échéances.

Les scores de la Bank of America dans le Coal Policy Tool

Ce tableau présente les scores de la politique charbon de la Bank of America sur 5 critères du Coal Policy Tool

3. Notre Conclusion

Bank of America est loin du compte : sa nouvelle politique charbon n’atteint même pas les standards minimums et reste largement insuffisante pour atteindre les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris. La banque américaine continuera à financer les entreprises du secteur charbon sans aucune limitation pendant plusieurs années encore. Bank of America doit immédiatement exclure toutes les entreprises développant des projets charbon, adopter des seuils d’exclusion stricts et immédiats et détailler une stratégie globale pour sortir complètement du charbon au plus tard en 2030 en Europe et dans les pays de l’OCDE, et en 2040 à l’échelle mondiale. Bank of America doit également mettre à jour de toute urgence sa politique concernant le pétrole et le gaz.