Le 26 mars 2021, Christine Lagarde, a répondu à la question posée par plusieurs députés européens concernant la politique climatique de la BCE. Une fois de plus, sa réponse peine à masquer l’inaction de la banque centrale. Reclaim Finance décortique les arguments de la présidente de la BCE.

Au-delà de travaux exploratoires, la BCE doit adopter une approche de précaution face aux risques climatiques

Christine Lagarde souligne le travail de la BCE sur les risques climatiques, avec les stress-tests, la recherche de l’ESRB et son guide de supervision. Si la BCE a fait des progrès notables vers une meilleure compréhension des risques financiers liés au climat ce travail exploratoire n’a toujours pas accouché de mesures concrètes, notamment des ajustements sur les exigences macro ou micro prudentielles. En fait, comme le révèle le Green Central Bank Scorecard du G20, la BCE et les régulateurs européens n’ont pris aucune mesure pour tenir compte des risques concentrés dans les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES).

Pourtant, toutes les analyses pourtant sur les risques climatiques – y compris celle de la BCEmontrent que retarder l’action accroît gravement ceux-ci. Alors qu’une transition retardée dans le temps mais entreprise à grande vitesse augmentera principalement les risques de transition, affectant ainsi en premier lieu les secteurs les plus intensifs en carbone, un réchauffement planétaire hors de contrôle augmentera considérablement les risques physiques qui auront un impact négatif sur toutes les activités négatif économiques – même dans les secteurs non directement exposés aux aléas climatiques – et affecteront massivement les communautés les plus vulnérables.

La BCE devrait adopter une approche de précaution face aux risques climatiques, c’est-à-dire contribuer à atténuer celui-ci pour minimiser les risques associés. Cette approche est d’autant plus nécessaire qu’il est impossible de prévoir parfaitement l’évolution du climat et ses impacts. Pour respecter leurs mandats, les régulateurs financiers doivent tenir compte de l’incertitude radicale qui caractérise les risques climatiques.

Christine Lagarde ignore le biais carbone de la BCE

Lorsqu’elle parle des achats d’actifs de la BCE, Christine Lagarde se concentre sur les achats d’actifs prétendument “verts” ou “durables” mais :

  • La BCE accepte désormais comme garantie et achète des “obligations liées à la durabilité“, qui sont une nouvelle classe d’actifs apparue en 2020 et qui lient l’émission d’obligations à des objectifs ESG. Ces actifs restent rares et sont souvent liés à des objectifs ESG très faibles. Ils peuvent facilement se transformer en outil de greenwashing. Reclaim Finance a notamment analysé une facilité de crédit liée à la durabilité” qui repose sur la même logique et facilitera le financement d’un nouveau projet de pipeline transportant du pétrole issu des sables bitumineux canadiens.
  • Les obligations vertes peuvent également tourner au greenwashing, soit en soutenant des projets qui ne sont pas vraiment verts, soit en contribuant à financer des émetteurs qui ne prévoient pas de manière crédible d’opérer une transition. Des études récentes suggèrent que les émissions dobligations vertes ne sont pas liées à une réduction des GES.
  • L’achat d’obligations vertes et d’obligationsliées à la durabilitédécoule logiquement du principe de “neutralité du marché” de la BCE, il ne s’agit pas d’une démarche proactive pour être plus “vert”. Lorsque ces actifs émergent, la BCE suit le marché et en achète davantage.

Au-délà de ces questions de “verdissement, Mme Lagarde oublie que ses achats d’actifs et son cadre de garanties sont tous deux biaisés en faveur des activités à forte intensité carbone. Isabel Schnabel et Klaas Knot ont reconnu la nécessité de modifier les achats d’actifs de la BCE et la Banque d’Angleterre a déjà annoncé qu’elle exclurait les gros pollueurs de ses propres achats d’ici à fin 2021. Le biais carbone de la BCE signifie notamment qu’elle soutient les entreprises des énergies fossiles, même lorsque celles-ci prévoient de nombreux nouveaux projets fossiles. Par ailleurs, la BCE refuse de divulger les informations qui permettraient d’évaluer plus précisément l’impact climatique et l’exposition de ses achats d’actifs.

Le biais carbone de la BCE est avant tout la conséquence de l’application de son principe de “neutralité du marché. Ce principe est un mythe dangereux et doit être revu.

Les portefeuilles non monétaires de la BCE constituent une autre zone d’ombre de la BCE

Malgré la récente décision des banques de l’Eurosystèmementionnée par la Présidente Lagarde d’adopter une position commune pour linvestissement durable des portefeuilles non monétaire, la BCE publie très peu d’informations sur ses propres portefeuilles non monétaires.

La BCE indique qu’elle applique une stratégie d'”investissement durable et responsable” (ISR), mais a refusé la demande de Reclaim Finance d’une publication détaillée de cette stratégie et des critères qu’elle contient. Suite à ce refus, les seules informations disponibles suggèrent que la stratégie ISR de la BCE se limite à viserune augmentation de sa part de titres verts au fil du temps. Comme le suggère une décision récente, cela signifie que la BCE achètera davantage d’obligations vertes. Toutefois, cela ne nous dit rien sur les investissements de la BCE dans les actifs et activités à forte intensité carbone.

Le principal objectif de la BCE pour les portefeuilles non monétaires reste de générer un rendement maximal. Il est plus que probable qu’une part importante de ces portefeuilles est investie dans des secteurs à forte intensité carbone, notamment dans les énergies fossiles.

Pour aller plus loin :

  • Lire notre analyse sur le ‘green scorecard; des banques centrales de la part de Positive Money ici.
  • Lire la suite sur notre campagne pour mettre la monnaie au service du climat.

Crédit photo :  Michael Wuertenberg.