Les banques centrales parlent de plus en plus du changement climatique mais n’agissent pas. C’est la principale conclusion d’un nouveau rapport publié aujourd’hui par Positive Money, qui analyse les engagements climatiques des autorités monétaires et financières du G20.

Tout en paroles, rien en actes

Soutenue par 24 instituts de recherche et ONG, dont Reclaim Finance, la “Green Central Banking Scorecard” de Positive Money révèle que les petits pas des banques centrales en matière de recherche et de promotion du développement durable sont éclipsés par un dangereux manque d’action, notamment en matière de réduction des soutiens aux énergies fossiles. Dans les rares cas les banques centrales ont commencé à intégré le climat dans leurs politiques, l’accent a été mis sur la transparence, les tests de résistance et l’encouragement des prêts vers des activités vertes.

En fait, si 14 banques centrales sur 20 ont obtenu la note maximale pour leurs efforts de recherche et de sensibilisation, aucune n’a réussi à obtenir la moitié des points. La Chine arrive en tête du classement avec un score de seulement 50 sur 130 (38 %), ce qui démontre l’énorme fossé qui sépare les objectifs déclarés des décideurs politiques en matière climatique et la réalité.

L’échec européen

Les banques centrales européennes sont de plus en plus bavardes sur le changement climatique, mais se classent entre la 3e et la 7e place en obtenant seulement de un tiers à un cinquième du total des points et en luttant visiblement pour obtenir ne serait-ce que quelques points sur le critère de politique monétaire.

Après avoir récemment limité ses investissements dans les combustibles fossiles et défendu des propositions visant à “verdir” la Banque centrale européenne (BCE), la Banque de France arrive en tête des banques centrales européennes, bien qu’elle n’ait obtenu qu’un tiers des points.

L‘incapacité des banques centrales de l’Eurosystème à mettre en œuvre les mesures monétaires et prudentielles nécessaires à l’alignement sur l’Accord de Paris signifie que la Banque d’Angleterre, qui s’est récemment engagée à exclure les grands pollueurs de ses achats d’actifs, et qui arrive en quatrième position, devrait bientôt dépasser ses homologues d’outre-Manche.

La BCE sous pression

La BCE est emblématique des conclusions du rapport. Alors que le lancement de la révision de la stratégie de la banque a été suivi par des discours sur le climat et la reconnaissance de son importance pour la politique monétaire (notamment avec un nouveau “centre climat“), les mesures concrètes prises par la banque ne contribuent pas à la lutte contre le changement climatique et ne corrigent pas son biais carbone. La banque n’a pris aucune mesure à “fort impact”. Les quelques mesures mises en œuvre visent à mieux identifier les risques climatiques, sans adapter les outils monétaires ou prudentiels. Elle obtient ainsi un piètre score de 15 sur 50 en matière de politique.

Alors que les banques centrales de Chine et du Brésil ont déjà mis en œuvre de premières mesures de politique monétaire, la BCE continue de retarder son action alors que les objectifs climatiques de l’UE sont bien plus ambitieux que ceux du Brésil ou de la Chine. Le gouverneur de la Banque de France a même souligné que l’intégration du climat pourrait prendre “3 à 5 ans“.

Des dizaines de milliers d’Européens ont appelé la BCE et la Banque de France à joindre le geste à la parole et à agir sans tarder face à la crise climatique. Ce rapport vient à nouveau justifier cet appel.

Le besoin immédiat de politiques ambitieuses

Les décideurs politiques doivent de toute urgence exclure les activités non durables des actifs qu’ils achètent et acceptent en garantie, et faire en sorte que la réglementation financière pénalise les prêts à forte intensité de carbone, avec des exigences de fonds propres plus élevées pour refléter plus fidèlement le risque des investissements dans les énergies fossiles

L’attentisme des banques centrales contribue depuis des décennies à la destruction de la planète tout en augmentant les risques financiers. Le NGFS lui-même a souligné dans un rapport récent que “les banques centrales doivent être conscientes du risque qu’agir tôt avec des informations imparfaites pourrait être moins coûteux que d’agir seulement une fois que des normes de données plus solides ont émergé“.

David Barmes, l’auteur principal du rapport, résume la situation : les banques centrales ont parlé, elles doivent maintenant passer à l’action.

Pour aller plus loin :

  • Voir le rapport dans son intégralité ici.
  • Lire notre communiqué de presse ici.
  • Le rapport sera lancé le 31 mars à 13h30 BST lors d’un événement en ligne, auquel participeront Morgan Despres, chef du secrétariat du Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System (NGFS), Danae Kyriakopoulou, économiste en chef et directrice de la recherche du Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF), Yao Wang, directeur général de l’International Institute of Green Finance, et Lucie Pinson, directrice exécutive de Reclaim Finance. Inscrivez-vous ici.
  • Pour en savoir plus sur la façon dont la finance finance les combustibles fossiles, voir cet article.
  • Selon Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, la finance mondiale finance actuellement une augmentation de la température de plus de 4 degrés Celsius.