Communiqué de Presse – Positive Money et Reclaim Finance

Paris, Londres, mercredi 31 mars 2021 – Les autorités monétaires et financières des plus grandes économies du monde ne mettent pas en pratique ce qu’elles prêchent en matière climatique, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par Positive Money.

Approuvé par 24 instituts de recherche et ONG de premier plan, dont Reclaim Finance, le “Green Central Banking Scorecard” de Positive Money révèle que si les banques centrales du G20 ont fait des progrès en matière de durabilité dans le domaine de la recherche et du plaidoyer, ceux-ci se sont rarement traduits par des actions concrètes.

En effet, si 14 banques centrales sur 20 ont obtenu la note maximale pour leurs efforts de recherche et de sensibilisation, aucune n’a obtenu la moitié des points totaux. La Chine arrive en tête du classement avec un score de seulement 50 sur 130 (38 %), montrant que même les décideurs des pays les mieux classés ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour aligner leurs opérations sur les objectifs climatiques que les gouvernements se sont engagés à atteindre. Les banques centrales européennes, qui parlent de plus en plus du changement climatique, se classent du 3e au 7e rang avec seulement d’un tiers à un cinquième des points.

Paul Schreiber, chargé de campagne chez Reclaim Finance, explique : “Bien que la limitation de ses investissements dans les combustibles fossiles et ses propositions pour “verdir” la Banque centrale européenne (BCE) aient porté la Banque de France à la troisième place, devant les autres banques centrales européennes, son score reste scandaleusement bas. Les banques de l’Eurosystème n’ont mis en œuvre aucune des mesures monétaires et prudentielles nécessaires à la transition. Si rien ne change, la Banque d’Angleterre, qui va bientôt exclure les grands pollueurs de ses achats d’actifs, devrait aisément les distancer.”

Le rapport révèle une absence de politiques à fort impact, qui réduisent de manière significative le soutien financier aux énergies fossiles et aux activités très polluantes dans l’ensemble du G20, que ce soit en adaptant les opérations monétaires et le cadre prudentiel. Dans les cas où les banques centrales ont intégré le climat dans leurs politiques, l’accent a été mis sur les divulgations financières, les tests de résistance et l’encouragement des prêts vers des actifs verts, plutôt que sur des mesures cruciales visant à réduire le soutien financier aux activités à forte intensité de combustibles fossiles et écologiquement nuisibles.

Le cas de la BCE illustre bien les conclusions du rapport. Alors que le lancement de la révision stratégique de la banque centrale a été suivi de discours sur le climat et d’une reconnaissance de son importance, les mesures prises ne contribuent pas à la lutte contre le changement climatique et ne corrigent pas son biais pro-carbone. La banque n’a pris aucune mesure à “fort impact” et les quelques mesures mises en œuvre visent à mieux identifier les risques climatiques, sans adapter les outils monétaires ou prudentiels.

Schreiber poursuit : “La BCE et la Banque de France devraient écouter les dizaines de milliers d’Européens qui leur demandent de joindre le geste à la parole et d’agir sans tarder . Même en 2021, les banques centrales continuent de se concentrer sur des ajustements mineurs qui n’apportent pas grand-chose à la lutte contre le changement climatique. Cet attentisme contribue depuis des décennies à la destruction de la planète tout en augmentant les risques financiers, il est totalement injustifiable.”

Les auteurs appellent les décideurs politiques à remédier d’urgence à cette lacune en prenant des mesures pour exclure les activités non durables de leurs achats d’actifs et des listes de garanties acceptées, et pour que la réglementation financière pénalise les soutiens aux activités à forte intensité de carbone, avec des exigences de capital plus élevées qui reflètent le risque des investissements dans les énergies fossiles.

David Barmes, économiste de Positive Money et auteur principal du rapport, déclare :

“S’il est positif que les banquiers centraux accordent une plus grande place au climat dans leurs discours et recherches, il y a eu un échec généralisé à “passer de la parole aux actes” en transformant ces mots en actions politiques concrètes.”

“Le krach de 2008 a montré qu’on ne pouvait laisser les marchés financiers s’autoréguler face à un risque systémique, mais en ne faisant pas face à la crise climatique, nous répétons les mêmes erreurs à une échelle encore plus grande. La finance mondiale continuera d’engendrer l’instabilité et la dégradation de l’environnement jusqu’à ce que les banques centrales et les autorités de surveillance remodèlent le système financier pour mieux servir les personnes et la planète.”

“La protection de la stabilité environnementale est une condition préalable au maintien de la stabilité monétaire et financière. Si les banques centrales veulent remplir leurs mandats fondamentaux et soutenir les objectifs climatiques des gouvernements, elles doivent intensifier leurs actions pour mettre un frein aux flux financiers sales.”

Contacts Presse :

Angus Satow, chargé de communication à Reclaim Finance | angus@reclaimfinance.org

Paul Schreiber, chargé de campagne à Reclaim Finance | paul@reclaimfinance.org

Notes :

  1. Voir le rapport dans son intégralité ici.
  2. Le rapport sera lancé le 31 mars à 13h30 BST lors d’un événement en ligne, auquel participeront Morgan Despres, chef du secrétariat du Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System (NGFS), Danae Kyriakopoulou, économiste en chef et directrice de la recherche du Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF), Yao Wang, directeur général de l’International Institute of Green Finance, et Lucie Pinson, directrice exécutive de Reclaim Finance. Inscrivez-vous ici.
  3. Pour en savoir plus sur la façon dont la finance finance les combustibles fossiles, voir cet article.
  4. Selon Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, la finance mondiale finance actuellement une augmentation de la température de plus de 4 degrés Celsius.