Dérèglement climatique : l’assurance-vie toujours au service de l’expansion des énergies fossiles

Paris, le 5 février 2026 – Une grande partie des supports proposés en assurance-vie sont encore investis dans des entreprises qui développent de nouveaux projets d’énergies fossiles. C’est ce que révèle la nouvelle étude de Reclaim Finance qui a passé au crible plus de 7500 fonds en unités de compte (UC) distribués par 27 assureurs-vie français – un placement de plus en plus populaire au sein de l’assurance-vie. Si quelques acteurs se démarquent, la quasi-totalité des assureurs vie n’ont pas saisi les leviers à leurs dispositions pour proposer une offre en UC sans développeur fossile. Reclaim Finance appelle les assureurs-vie français à refuser la présence d’entreprise développant de nouveaux projets fossiles dans leur offre en UC, en cohérence avec leurs promesses climatiques.

Avec une collecte inégalée en 2025, les unités de compte (UC) en assurance-vie sont de plus en plus populaires mais restent majoritairement exposées à l’expansion fossile. En effet, 62% des fonds en UC analysés (1) par Reclaim Finance contiennent au moins une entreprise développant de nouveaux projets de pétrole, gaz ou charbon, un chiffre semblable à 2024 (2). TotalEnergies, 6e entreprise développant le plus de nouvelles ressources pétrolières et gazières au monde, est par exemple présent dans une UC analysée sur 5.

Un problème qui touche même les UC étiquetées “durables” ou “responsables” : près de la moitié (47 %) de ces fonds contient un développeur d’énergie fossile, exposant ainsi les épargnants à un risque de greenwashing (3).

Ces résultats témoignent d’un problème structurel dans l’offre en UC de la quasi-totalité des 27 assureurs-vie français et d’une absence de progrès global de leur action climatique. Si des légers progrès ont eu lieu sur le charbon par rapport à 2024 (4), notamment pour la Macif, la MAIF Et SMA Vie, 3 acteurs se distinguent plus globalement : Green-Got et Goodvest proposent une offre sans développeurs d’énergies fossiles, tandis que BPCE Assurances a mis un terme en 2025 à tout nouveau référencement en UC pour les fonds encore exposés à des entreprises développant de nouveaux projets de charbon et certains projets de pétrole et de gaz (5).

Notre analyse montre qu’il est très difficile pour les épargnants d’avoir une assurance-vie sans entreprise à l’impact dévastateur pour la planète. Malgré les promesses climatiques faites à leurs clients, des leaders du marché comme Crédit Agricole Assurances, AXA ou encore Allianz proposent encore et toujours une offre en UC dont plus de la moitié est exposée à une entreprise développant de nouveaux projets d’énergies fossiles. Il est temps que les épargnants français aient accès à une assurance-vie sans expansion fossile qui ne contribue plus au dérèglement climatique.

Ariel le Bourdonnec, chargé de campagne Assurance chez Reclaim Finance

Plusieurs leviers sont à disposition des assureurs-vie pour proposer une offre en UC sans développeur fossile, notamment le renforcement de leurs politiques sur les énergies fossiles. En effet, en plus d’être encore très insuffisantes, celles-ci se limitent fréquemment aux investissements de leurs fonds euro, laissant de côté leur offre en unité de compte. Cette dernière représente pourtant près de 40% de la collecte annuelle brute d’assurance-vie (6).

Autre levier possible, une meilleure sélection des sociétés de gestion partenaires dont les fonds sont référencés dans l’offre en UC des assureurs-vie. A ce jour, Amundi, filiale du groupe Crédit Agricole, et BlackRock, qui fournissent le plus de fonds exposés à des développeurs fossiles, n’ont pas pris de mesure pour mettre fin à leur soutien à l’expansion fossile. Étant des clients de premier plan des sociétés de gestion (7), les assureurs-vie pourraient faire pression en refusant de référencer les fonds de sociétés de gestion qui ne répondent pas à des critères climatiques robustes.

Reclaim Finance appelle donc les assureurs-vie à refuser la présence des développeurs d’énergies fossiles dans leur offre en UC, en cohérence avec leurs propres promesses climatiques. Alors que la réorientation de l’épargne en assurance-vie déjà placée en UC pourra prendre du temps (8), les assureurs-vie doivent stopper tout nouveau référencement de fonds exposés à des entreprises développant de nouveaux projets d’énergies fossiles. Ils doivent également exiger des sociétés de gestion qu’elles cessent de soutenir l’expansion des énergies fossiles sous peine de stopper le référencement de leurs fonds.

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Notes :

  1. Près de 7500 unités de compte distribués par 27 assureurs-vie français ont été analysées, en date du 30 juillet 2025. L’encours en UC de ces 27 assureurs-vie représentent 90 % des encours en UC en France.
  2. Reclaim Finance, L’assurance vie à l’ère de l’urgence climatique, 2024
  3. Sur plus de 1300 UC analysées dont le nom fait allusion à la durabilité, près de la moitié (47 %) sont exposées à au moins un développeur d’énergies fossiles.
  4. 15 % des unités de compte analysées sont exposées à au moins un développeur de charbon thermique contre 22% en 2024. Green-Got, Goodvest, Maif, SMAVie et la Macif ont une offre en UC analysée sans développeur de charbon thermique.
  5. BPCE Assurances est le premier assureur français à étendre le périmètre d’application de ses politiques énergies fossiles à son offre en unités de compte, en plus des investissements directs et indirects de son fonds euros. Reclaim Finance, Expansion pétro-gazière : BPCE Assurances revoit sa copie, 2025
  6. France Assureurs, L’assurance vie en 2025, 2026
  7. Selon l’AMF, les unités de compte représentent 22 % du passif des fonds actions des sociétés de gestion françaises.
  8. L’ACPR exige désormais des assureurs-vie qu’ils prennent en compte leur offre en UC dans leur stratégie d’alignement avec les objectifs de l’Accord de Paris.

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2026-02-05T00:06:11+01:00