Catastrophes naturelles: les citoyens et collectivités paient la facture, malgré les profits records des grands assureurs

Paris, le 11 mars 2026 – Alors que le coût des catastrophes naturelles est de plus en plus lourd pour les citoyens, les collectivités et les finances publiques en France, les grands assureurs accumulent des profits records. C’est ce que révèle Reclaim Finance qui pointe du doigt un système assurantiel fortement déséquilibré et de plus en plus fragile, dans un contexte budgétaire tendu (1). Si les citoyens et collectivités sont confrontés à des hausses de tarifs voire à des difficultés pour assurer leurs biens, les grands assureurs du marché habitation en France affichent, eux, une santé financière inédite. Face aux besoins financiers considérables pour la prévention des risques naturels et la réparation des dommages, et dans un souci de justice sociale, Reclaim Finance appelle les pouvoirs publics à faire contribuer financièrement les grands assureurs.

Entre 2015 et 2024, 46% des dommages liés aux évènements climatiques extrêmes (inondations, tempêtes…) n’ont pas été assurés en moyenne en France : un coût de 16 milliards d’euros à la charge des particuliers et collectivités territoriales sinistrés, ainsi que des finances publiques (2).

Cette facture pourrait s’alourdir face à la multiplication et l’intensification des catastrophes naturelles, mettant le système assurantiel français sous tension (3). La Caisse centrale de réassurance (CCR), acteur public clé pour l’indemnisation de ces événements, a vu ses réserves diminuer de moitié en dix ans, fragilisant fortement sa capacité à prendre en charge les dommages. Ces difficultés financières se répercutent déjà sur la facture des assurés (citoyens, collectivités, entreprises…), confrontés à des hausses de tarifs voire au retrait des assureurs de certaines zones (4). Un impact aussi sur les finances publiques, l’État étant un garant de dernier ressort.

Un système sous tension qui contraste avec la santé financière exceptionnelle des assureurs (5). En effet, malgré un contexte climatique extrême, les grands assureurs du marché habitation en France enregistrent des profits records (6) : AXA, Allianz et Generali ont réalisé 162 milliards d’euros de bénéfice net entre 2016 et 2024, un chiffre en constante augmentation. Fin février, AXA a mis en avant une performance “historique” pour l’année 2025 (7). Même sur leur branche dommages, la plus exposée à l’intensification des catastrophes naturelles, les 3 assureurs ont réalisé un bénéfice de 6,8 milliards d’euros entre 2016 et 2024, tandis que les dividendes versés aux actionnaires sont en hausse (12,3 milliards en 2024).

D’un côté, l’assurabilité des citoyens et surtout des collectivités est de plus en plus menacée et de l’autre, les grands assureurs n’ont jamais fait autant de profits. Face au coût croissant des catastrophes naturelles, les sinistrés, et les pouvoirs publics ne doivent pas être les seuls à payer la facture, surtout dans un contexte budgétaire tendu. Il est urgent d’augmenter la contribution financière des grands assureurs, dans un souci de justice sociale

Tom Hauser, chargé de campagne Assurabilité des risques climatiques à Reclaim Finance

Les besoins financiers sont considérables : selon France Assureurs, les dommages globaux causés par les événements climatiques extrêmes en France risquent de doubler d’ici 2050 (8). Or, les citoyens, collectivités territoriales et la Caisse centrale de réassurance font déjà face à des contraintes budgétaires marquées, ce qui nécessite de trouver de nouvelles sources de financement afin d’éviter une socialisation accrue des pertes climatiques.

Dans un souci de justice sociale et face aux résultats exceptionnels des grands assureurs, Reclaim Finance appelle les pouvoirs publics à mobiliser davantage les grands assureurs pour la prévention des risques naturels et la réparation des dommages.

Contacts :

Notes :

  1. Reclaim Finance, “Catastrophes naturelles : éviter la crise de l’assurabilité en France”, mars 2026 
  2. Swiss Re, How big is the protection gap from natural catastrophes where you are, 2025.  
  3. La France couvre les catastrophes naturelles à travers un partenariat public‐privé entre un réassureur public, la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), et les assureurs couvrant les dommages aux biens sur le marché français. Aussi appelé régime « Cat-Nat », ce partenariat repose sur le principe de solidarité nationale et doit garantir une participation équilibrée de ces acteurs, proportionnée à la capacité financière de chacun d’entre eux. L’Etat n’intervient qu’en dernier recours, lorsque la sinistralité annuelle à la charge de la CCR dépasse 90% de ses réserves.
  4. En 2026, la collectivité territoriale de Martinique a vu ses contrats d’assurance résiliés par ses assureurs, MSIG et Allianz. Autre exemple, la commune Blendecques,du Pas-de-Calais a vu sa franchise multipliée par 5 après les inondations de 2023, soit plus de 10% de ses charges de fonctionnement annuelles. 
  5. Reclaim Finance a analysé les indicateurs économiques de 10 grands (ré)assureurs côtés : AXA, Allianz, Gnerali, Zurich Insurance, Lloyd’s of London, Mapfre, SCOR, Munich Re, Swiss Re, Hannover Re.  
  6. AXA, Allianz et Generali cumulent 20,5 % des parts de marché de l’assurance habitation en France. 
  7. AXA a enregistré en 2025 un bénéfice net record de 9,79 milliards d’euros. 
  8. France Assureurs, Impact du dérèglement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050, 2022  

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2026-03-11T08:34:04+01:00