Alors que TotalEnergies a abandonné son objectif de neutralité carbone d’ici 2050, l’entreprise suscite des réserves croissantes de la part d’investisseurs publics et privés qui critiquent sa stratégie climaticide et vont pour certains jusqu’à exclure d’investir dans l’entreprise. Dernière en date, la Caisse des Dépôts, dixième investisseur de l’entreprise, vient d’annoncer qu’elle n’achètera plus d’obligations émises par les entreprises productrices de pétrole comme TotalEnergies [1]. Près de 70 investisseurs internationaux excluent maintenant de financer l’entreprise et celles qui développent de nouveaux champs pétroliers et gaziers. Reclaim Finance revient sur les raisons qui les ont poussés à faire une croix sur TotalEnergies et ses pairs et appelle tous les investisseurs à cesser de financer les entreprises fossiles.
TotalEnergies n’a cessé ces dernières années d’augmenter sa production de pétrole et de gaz, ainsi que la part de ses investissements consacrée aux nouveaux projets pétroliers et gaziers. L’entreprise prévoyait en 2023 d’y dédier 30% de ses investissements d’ici 2030, objectif qu’elle a progressivement relevé à 35% en 2026 [2]. Pour l’année 2026, TotalEnergies prévoit même de consacrer 40% de ses investissements aux nouveaux projets fossiles [3].
En parallèle, l’entreprise a réduit ses objectifs d’investissements d’ici 2030 dans l’« électricité intégrée et molécules bas carbone » – qui comprend l’électricité renouvelable mais aussi les centrales à gaz fossile – qui sont passés de 33% en 2023 à 26% en 2026 [4]. Entre 2025 et 2026, l’entreprise a également réduit ses objectifs de capacité brute de production d’électricité renouvelable en 2030 de 100 GW [5] à “plus de 75 GW” [6].
C’est donc sans surprise que TotalEnergies a été condamnée par le tribunal judiciaire de Paris en octobre 2025 pour greenwashing pour avoir affirmé qu’elle était un « acteur majeur de la transition énergétique », [7] – comme elle avait auparavant fait l’objet de décisions similaires de la part d’instances de régulation de la publicité en Allemagne [8], en Afrique du Sud [9] et au Royaume Uni [10] – et que l’entreprise a reconnu en mars 2026 ne pas être « en position de formuler un objectif net zéro au sens de la réglementation européenne » [11].
Une stratégie rejetée par plusieurs investisseurs européens
Ces reculs successifs ont poussé ces dernières années de nombreux investisseurs européens, qui avaient fait le pari du dialogue avec l’entreprise pour faire évoluer sa stratégie climatique, à constater l’échec de leur engagement actionnarial et à exclure tout nouvel investissement dans TotalEnergies.
En France, l’institution de retraite complémentaire Ircantec est l’une des premières à avoir annoncé en 2022 désinvestir de TotalEnergies et de 11 autres entreprises fossiles “face à l’urgence climatique (…) et en cohérence avec les récentes projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)” [23]. Une exclusion par la suite étendue en 2024 à “toutes les entreprises initiant de nouveaux projets d’exploration, de production ou de transport de pétrole et de gaz” [24].
Le gestionnaire d’actifs néerlandais MN, qui avait coordonné le dialogue entre TotalEnergies et l’initiative Climate Action 100+ regroupant plus de 600 investisseurs internationaux, justifiait quant à lui, en 2024, sa décision d’exclure l’entreprise de son portefeuille par « des années d’engagement intensif sur le climat, sans succès » [25].
Plus récemment, Nordea Asset Management, après avoir placé TotalEnergies « en quarantaine » du fait des accusations de violations de droits humains entourant le projet EACOP en Ouganda [26], annonçait en février 2026 cesser l’achat d’obligations des entreprises pétro-gazières comme TotalEnergies [27]. En juin 2026, c’est la Fondation suisse Ethos, qui pointait du doigt TotalEnergies parmi les entreprises « ni ouvertes au dialogue ni enclines au changement » et ayant « tenté d’entraver les démarches de leurs propres actionnaires qui souhaitaient les encourager sur la voie du changement », et annonçait cesser d’investir dans les entreprises actives dans le développement de nouveaux champs pétroliers et gaziers [28].
En parallèle, l’entreprise a réduit ses objectifs d’investissements d’ici 2030 dans l’« électricité intégrée et molécules bas carbone » – qui comprend l’électricité renouvelable mais aussi les centrales à gaz fossile – qui sont passés de 33% en 2023 à 26% en 2026 [4]. Entre 2025 et 2026, l’entreprise a également réduit ses objectifs de capacité brute de production d’électricité renouvelable en 2030 de 100 GW [5] à “plus de 75 GW” [6].
C’est donc sans surprise que TotalEnergies a été condamnée par le tribunal judiciaire de Paris en octobre 2025 pour greenwashing pour avoir affirmé qu’elle était un « acteur majeur de la transition énergétique », [7] – comme elle l’avait été auparavant en Allemagne [8], en Afrique du Sud [9] et au Royaume Uni [10] – et que l’entreprise a reconnu en mars 2026 ne pas être « en position de formuler un objectif net zéro au sens de la réglementation européenne » [11].
Une exclusion à généraliser à l’ensemble des entreprises fossiles
Sans citer directement TotalEnergies, plusieurs investisseurs français, comme le géant de la gestion d’actifs BNP Paribas AM [29] ou dernièrement le groupe Caisse des dépôts, dixième investisseur de TotalEnergies [30], ont également fait le choix ces dernières années de ne plus acheter d’obligations émises par l’ensemble des entreprises actives dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz. Une mesure particulièrement importante puisque les obligations représentent une source de financement essentielle pour les entreprises du secteur des énergies fossiles, qui a doublé au cours de la dernière décennie [31].
D’autres investisseurs, notamment du secteur des assurances [32], excluent également l’achat d’actions des entreprises qui développent des projets pétroliers et gaziers, et étendent pour certains [33] cette exclusion au reste de la chaîne de valeur, y compris les terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) et les nouvelles centrales à gaz. En excluant tout nouvel investissement dans ces entreprises, tout en conservant les actions qu’ils possédaient déjà, il gardent ainsi leur pouvoir d’actionnaire et peuvent donc sanctionner la stratégie climaticide de ces entreprises. Ils doivent en effet faire obstruction lors des assemblées générales d’entreprises comme TotalEnergies, en votant contre la réélection des administrateurs et la rémunération de leurs dirigeants ou contre l’approbation des états financiers |34].
Dans un contexte de multiplication des évènements climatiques extrêmes et de crise des prix de l’énergie, les investisseurs qui se disent responsables doivent s’engager immédiatement à cesser tout nouvel investissement – en priorité obligataire – dans les entreprises fossiles. Reclaim Finance appelle en particulier les investisseurs de TotalEnergies, parmi lesquels les acteurs des retraites comme l’Agirc-Arrco, l’ERAFP et le Fonds de réserve pour les retraites qui se sont tous engagés à s’aligner avec une trajectoire 1,5° C, à cesser de soutenir sa stratégie climaticide et à la sanctionner lors de sa prochaine Assemblée générale.