Paris, le 10 décembre 2020 – communiqué de presse avec Les Amis de la Terre France sur un rapport publié avec 17 organisations *

À deux jours de l’anniversaire de l’Accord de Paris, un nouveau rapport international révèle comment l’industrie financière s’emploie depuis 5 ans à faire exploser le budget carbone disponible pour contenir la hausse de la température à 1,5 °C. Il atteste notamment de l’échec du gouvernement français à faire de la place de Paris la capitale de la finance verte : les grandes institutions financières françaises demeurent parmi les plus gros financeurs mondiaux de l’expansion des énergies fossiles. 

Dans le rapport Five Years Lost rendu public aujourd’hui, 18 ONG dont les Amis de la Terre France et Reclaim Finance pointent du doigt le rôle joué par la finance internationale dans le développement de 12 méga-clusters d’énergies fossiles [1] depuis l’adoption de l’Accord de Paris. Si elles voient le jour, ces 12 bombes climatiques consommeraient à elles seules 75% du budget carbone disponible pour rester sous la limite de +1,5 °C [2]. 

Le rapport dévoile que les acteurs financiers ont accordé $1600 milliards de financements aux entreprises qui portent cette myriade de nouveaux projets entre 2016 et 2020, et y détenaient $1100 milliards d’investissement en août 2020. Ces montants s’élèvent à $126 milliards de financements et $22 milliards d’investissements pour les banques et investisseurs français [3]. Les ONG concluent que malgré les promesses répétées à la COP21 et depuis, l’industrie financière a continué à aggraver la crise climatique.

Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France, réagit : “Cet échec lourd de conséquence est également celui d’Emmanuel Macron et de son gouvernement. Celui qui s’est présenté dès le début de son mandat comme le leader international de la finance climat n’a pas même réussi à opérer un changement de cap des acteurs français : trois banques françaises – BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole – restent dans les 20 plus gros financeurs mondiaux de l’expansion des énergies fossiles. Si le gouvernement souhaite véritablement faire de Paris un exemple pour toutes les places financières, il doit dès ce jour contraindre les banques, investisseurs et assureurs à s’aligner avec l’Accord de Paris”.

Le Ministre de l’Economie et des Finances a, au Climate Finance Day,  appelé l’ensemble des acteurs financiers français à adopter une stratégie de sortie des gaz et pétrole non-conventionnels. Le rapport montre que ceux-ci ont tout à faire pour ne plus soutenir l’expansion de ces secteurs. BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et BPCE ont fourni près de $50 milliards de financements aux entreprises qui développent les hydrocarbures de schiste dans le Bassin Permien aux Etats-Unis et dans la région de Vaca Muerta en Argentine, les deux premières figurant même parmi leurs 15 plus gros financeurs.

“Le rapport montre que les banques françaises n’ont aucune raison de pavoiser face à leurs pairs internationaux et que leurs premiers engagements sur les pétrole et gaz ne se traduisent aucunement en une réduction significative de leurs financements aux plus gros pollueurs. Ils affichent tous un soutien inébranlable envers Total, Shell et BP malgré leurs investissements dans l’expansion des secteurs les plus risqués pour le climat et la biodiversité. Est-ce par lâcheté ou hypocrisie ? Qu’importe, leur loyauté inconditionnelle envers les majors pétrolières et gazières sape les efforts fournis ailleurs. Nous paierons tous leur quête pour des profits faciles sur le court terme”, poursuit Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance et lauréate du prix Goldman pour l’environnement 2020.

Les Nations Unies ont publié la semaine dernière un rapport exposant l’écart entre la hausse annuelle prévue de 2% de la production d’énergies fossiles entre 2020 et 2030 et les 6% de baisse annuelle qu’il nous faut viser afin de limiter le réchauffement à 1,5°C. Prenant acte de la science, les Amis de la Terre France et Reclaim Finance appellent le gouvernement à contraindre les acteurs financiers à stopper tous soutiens directs et indirects au développement de nouvelles réserves de charbon, pétrole et gaz.

Contacts presse :

Les Amis de la Terre France, Lorette Philippot : 06 40 18 82 84 ; lorette.philippot@gmail.com

Reclaim Finance, Lucie Pinson : 06 79 54 37 15 ; lucie@reclaimfinance.org