Communiqué de presse – Reclaim Finance et Greenpeace France

Paris – 28 mai 2021 – La majorité des actionnaires de Total a soutenu ce matin la stratégie climaticide de la major pétrolière et gazière qui leur était présentée en Assemblée générale [1]. Reclaim Finance et Greenpeace France saluent les investisseurs qui ont eu le courage de voter contre, à l’aune des recommandations de l’Agence Internationale de l’Energie pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 [2], et condamnent ceux qui ont voté à contre-sens de l’Histoire en faveur d’un plan qui autorise une augmentation de la production d’hydrocarbures et l’aggravation de la catastrophe climatique.

  • 8,12% des actionnaires s’étant prononcés sur le plan “climat” de Total ont voté contre. S’il faut encore attendre de connaître le pourcentage d’abstention, c’est moins que les 16,8% d’actionnaires qui avaient soutenu une résolution climat déposée par 11 investisseurs à l’assemblée générale de Total en 2020 [3].
  • A l’image de ce qui s’est passé une semaine plus tôt à l’Assemblée générale de Shell [4], une majorité d’actionnaires a soutenu le plan climaticide de Total. Parmi eux, de gros investisseurs comme Amundi ou AXA qui reconnaissaient pourtant les insuffisances de la stratégie de Total jeudi dernier [5].

Les ONG dénoncent en force “l’hypocrisie crasse” de ces investisseurs qui se disent engagés pour le climat.

En votant pour le plan climaticide de Total, les actionnaires ont voté pour le chaos climatique. En ignorant de manière flagrante les toutes dernières recommandations de l’AIE, et en laissant Total investir massivement dans les hydrocarbures, les actionnaires font voler en éclat l’idée d’une finance verte. Parmi eux, des investisseurs comme AXA, BNP Paribas et Amundi tournent en dérision leurs propres engagements pour le climat. Heureusement, des investisseurs comme Meeschaert, La Banque Postale Asset Management et CNP Assurances, ont tenu tête à Total en faisant valoir les exigences de la science climatique. Nous saluons tous les actionnaires qui ont voté à l’aune des insuffisances du plan “climat” et non du discours bien rôdé de la major.” commente Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim Finance.

Un grand nombre d’investisseurs avait annoncé leur vote en amont de l’Assemblée générale. Parmi eux, Meeschaert et Ircantec, deux investisseurs importants du très influent groupe Climate Action 100+, ont voté contre[6]. Tous ces investisseurs invoquent la même raison: Total ne s’est pas engagé à mettre un terme à ses activités d’exploration et d’ouverture de nouvelles réserves pétro-gazières comme le recommande désormais l’AIE ; Total n’explique pas comment il entend atteindre ses objectifs climatiques et continue de consacrer 80% de ses dépenses d’investissement au pétrole et au gaz. Total est par ailleurs impliqué dans de nombreux projets controversés comme l’oléoduc EACOP en Afrique de l’Est ou en Birmanie.

“Total a beau tenter de cajoler ses actionnaires en maintenant ses dividendes, ses tours de passe-passe ne tiennent pas face à la science : ses projets d’expansion pétrolière et gazière sont en contradiction avec un avenir viable. L’AIE a confirmé qu’il ne peut y avoir de nouveaux projets d’exploitation des énergies fossiles si on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Mais Total considère que la position de l’AIE est trop radicale et compte poursuivre sa fausse stratégie climat qui augmente sa production de gaz de 30% et maintient celle du pétrole, avec de nouveaux projets climaticides. Les grands actionnaires prétendent se soucier du climat mais dans les faits continuent de donner carte blanche à Total – c’est indéfendable” déclare Edina Ifticène, chargée de campagne pétrole chez Greenpeace France.

Amundi, premier investisseur français de Total, a indiqué avoir voté en faveur du plan “climat” de la major en raison de sa décision de consulter ses actionnaires sur le climat et d’indexer la rémunération de ses dirigeantS sur la baisse des émissions de CO2 en valeur absolue »” En réalité, Total ne s’est pour l’instant pas engagé à réitérer l’exercice, contrairement à Shell, et les modifications apportées à la rémunération seront insuffisantes pour impulser un profond changement dans les objectifs du groupe.

“Les masques sont tombés: en achetant le discours de Total, les Amundi, AXA et BNP Paribas révèlent leur vraie nature. Loin d’agir pour le climat, ils se contentent de l’apparence de l’action climatique.” conclut Lucie Pinson.

Contact presse :

  • Angus Satow, chargé de relations médias à Reclaim Finance,, angus@reclaimfinance.org, +44 7847754046
  • Lucie Pinson, fondatrice et directrice à Reclaim Finance,, lucie@reclaimfinance.org, +33(0)6 79 54 37 15
  • Cécile Cailliez, chargée de communication à Greenpeace France, cecile.cailliez@greenpeace.org, +33(0)6 13 07 04 29

Notes :

  1. Total soumettait pour la première fois au vote consultatif des actionnaires sa stratégie “climat”, sous la résolution 14. Contrairement à Shell, Total ne s’est pas engagé à réitérer l’exercice.
  2. L’AIE a publié la semaine dernière un scénario net-zéro présentant les changements à opérer dans le secteur énergétique pour atteindre la neutralité carbone. Total a pour ambition d’atteindre la neutralité carbone.
  3. Lire le communiqué de presse de Greenpeace France.
  4. La résolution de l’année dernière était portée par Meeschaert, La Banque Postale Asset Management, Crédit Mutuel Asset Management et les Assurances du Crédit Mutuel, Actiam, Ecofi Investissements, Edmond de Rothschild AM, Friends Provident Foundation, Fédéral Finance Gestion Sycomore Asset Management. Voir les résultats de l’Assemblée générale de Shell.
  5. AXA et Amundi ont signé la semaine dernière une déclaration publiée par 34 investisseurs membres du Climate Action 100+. AXA et Amundi s’étaient aussi opposés à la résolution climat l’année dernière.
  6. Parmi les investisseurs à avoir voté contre se trouvent Meeschaert, La Banque Postale AM et CNP Assurances, La Française, Sycomore, l’Ircantec, PME, PMT, MN et Actiam. Ces investisseurs ont publié une déclaration ou communiqué de presse ou ont communiqué leur choix à la presse et auprès de Reclaim Finance.