Communiqué de presse – Reclaim Finance – Lundi 22 mars 2021

  • C’est la leçon principale à tirer de l’évaluation faite par la coalition de 545 investisseurs, Climate Action 100+ (CA100+), sur les progrès effectués en matière climatique par les sociétés les plus émettrices de gaz à effet de serre (1).
  • Seulement 9% des plus gros pollueurs ont une stratégie de décarbonation, 5% ont des objectifs à court terme suffisants, et 0% ont aligné leurs dépenses d’investissement sur l’objectif de limiter le réchauffement à 1.5°C.
  • Parmi les entreprises engagées figurent plusieurs entreprises françaises dont la major pétrolière et gazière Total SE. Sur 9 indicateurs évalués, Total SE n’en valide qu’un seul.
  • Alors que cette initiative lancée pour 5 ans n’en a plus que deux pour faire ses preuves, Reclaim Finance appelle les investisseurs à se saisir des assemblées générales de cette année pour déposer et voter en faveur des résolutions climat.
  • Le directeur du programme finance-climat du CIFF, à l’origine de l’initiative Say on Climat, appelle les actionnaires de Total à voter contre la stratégie climat du groupe et déposer une résolution climat en vue de pousser le groupe à sortir des énergies fossiles.

Pour Lucie Pinson, fondatrice et directrice générale de Reclaim Finance: “Il s’agit d’une preuve irréfutable que les plus gros pollueurs ne comptent pas réduire de manière significative leur impact sur la planète. Mais il s’agit également d’un rappel à l’ordre pour les investisseurs qui doivent radicalement améliorer leur engagement. L’échec des plus gros émetteurs à se mettre en transition est aussi celui des investisseurs, et en particulier de ceux qui ont utilisé le logo du CA100+ comme feuille de vigne pour cacher leur inaction voire obstruction au dépôt et vote de résolutions d’actionnaires sur le climat”

Le “Climate Action 100+ Net-Zero Company Benchmark”, publié aujourd’hui par la coalition qui réunit des investisseurs gérant plus de 52000 milliards de dollars, évalue et compare les performances climatiques de 159 entreprises engagées par les membres de cette initiative depuis 3 ans. Ces entreprises ont été sélectionnées en raison de leur responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre au niveau international.

Total SE est l’une d’entre elles. Le “benchmark” montre que le groupe a 3,18 milliards de dollars de dépenses d’investissements engagées dans la production pétrolière et gazière incompatibles avec le scénario “Beyond Two Degrees” de l’AIE.

Et pourtant, “les investisseurs de CA100+ ont jusqu’à présent considéré que déposer une résolution sur le climat chez Total était un exercice inutile et fastidieux. Il faut se rappeler que la seule résolution jamais déposée en France sur le climat a été déposée sans l’aval du CA100+. La faute principalement à BNP Paribas qui était alors en charge de mener l’engagement au nom de la coalition CA100+ (2) mais a préféré s’allier à Total dans l’annonce d’un semblant de stratégie climat, ultime tentative pour dissuader les actionnaires de voter en faveur de la résolution” (3) poursuit Lucie Pinson.

La semaine dernière, le conseil d’administration de Total SE a annoncé qu’il soumettra sa stratégie climat au vote de ses actionnaires lors de l’assemblée générale fin mai 2021. La fondation CIFF – à l’origine de l’initiative Say on Climate qui vise à encourager les entreprises à soumettre au vote de leurs actionnaires leur résolution climat – n’est pas convaincue.

Michael Hugman, directeur du programme Finance – Climat du CIFF déclare : “L’initiative Say on Climate défendue par le CIFF vise à fournir aux investisseurs un vote annuel sur les plans de transition climatique, mais à quoi sert un plan climat s’il n’est pas bénéfique pour le climat ? La réponse est à rien. Les actionnaires doivent voter en conséquence lors de l’assemblée générale de Total et exiger des comptes du conseil d’administration, en votant contre sa réélection si nécessaire. Le référentiel CA100+ net zero company fournit un cadre pour évaluer ces plans. L’urgence climatique laisse très peu de temps pour obliger les entreprises à décarboner réellement leurs activités. Nous encourageons donc les actionnaires de Total à exploiter au mieux les possibilités de la loi française (4) et à déposer une résolution exigeant du conseil d’administration de Total l’adoption d’une stratégie alignée sur l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 et fondée sur une sortie progressive du pétrole et le gaz avec des objectifs clairs à court terme”.

Face à cette stratégie de diversion, Reclaim Finance et Greenpeace France ont également dénoncé une ‘énième tentative de greenwashing’ (5) et appelé les actionnaires à déposer leur propre résolution climat, tout en s’engageant à voter contre la stratégie climat de Total. Dans une réponse à une réaction du groupe pétrolier, les deux associations ont souligné les contradictions de Total sur sa propre stratégie climat et rappelé la pauvreté de celle-ci face à l’urgence climatique (6).

Contacts média :

  • Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim Finance, lucie@reclaimfinance.org, +33 6 79 54 37 15
  • Angus Satow, chargé de relations médias à Reclaim Finance, angus@reclaimfinance.org

Notes :

  1. Voir le “Climate Action 100+ Net-Zero Company Benchmark.
  2. BNP Paribas AM partageait cette responsabilité avec Hermes EOS depuis le lancement de l’initiative CA100+.. BNP Paribas AM a depuis décidé de ne plus être en charge de l’engagement actionnarial en direction de Total SE.
  3. Relire l’historique et les étapes qui ont mené au vote de la résolution fin mai 2020 par plus de 16% des actionnaires dans le rapport “Total fait du sale: La Finance complice ?”, publié par Reclaim Finance et Greenpeace France, février 2021
  4. Total SE a argumenté que le dépôt de résolution climat par des actionnaires était illégal. Cependant, une zone grise demeure. L’année dernière, la résolution ordinaire sur le climat déposée par TCI en vue de l’assemblée genérale de VINCI avait été jugée irrecevable par l’entreprise. Mais Total SE avait accepté celle des 11 actionnaires qui avait intégré les éléments liés au climat dans une résolution qui demandait un changement de statuts. La loi n’a pas changé en la matière depuis l’année dernière. S’il n’est pas possible d’assurer que Total SE s’opposerait à une nouvelle résolution requérant le changement des statuts, il est certain que son positionnement la semaine dernière vise à dissuader ses actionnaires d’en déposer une. Son annonce a été faite 10 jours après un avis de l’ANSA, allant dans le même sens – l’ANSA est vice présidée par Marie-Christine Coisne-Roquette qui est également au conseil d’administration de Total. Le dépôt de résolution sur le climat permettrait d’avancer vers une clarification de la loi avec de grandes chances d’aboutir à un renforcement des droits des actionnaires en matière climatique.
  5. Voir le communiqué de presse de Reclaim Finance et Greenpeace France, jeudi 18 mars 2020
  6. Voir la réaction de Reclaim Finance et Greenpeace France à la réaction de Total SE.