Scotiabank devient la première banque canadienne à publier son ratio de financement à l’approvisionnement en énergie (ESR ou ESFR). De leurs côtés, RBC et CIBC ont uniquement publié la méthodologie mais pas le résultat du calcul [1]. Scotiabank se place dans la continuité des précédentes banques nord-américaines : en intégrant les activités de marchés de capitaux (notamment les obligations) et en couvrant toute la chaîne de valeur des énergies fossiles, et accentue l’écart avec les banques françaises.
Dans son dernier “sustainability reporting” [2], Scotiabank publie un ESFR de 0,65:1 en 2025. C’est-à-dire que pour chaque dollar alloué aux énergies fossiles – désignées comme “conventional energy” – Scotiabank a alloué 65 centimes aux énergies “bas carbone”.
La méthodologie présente plusieurs points forts : les énergies fossiles sont considérées sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, et les financements comptés incluent non seulement les prêts mais également les activités de marchés de capitaux, notamment les facilitations d’obligations [3]. Ces éléments sont alignés avec les pratiques de ses pairs nord-américaines et les recommandations d’acteurs sectoriels Bloomberg New Energy Finance (BNEF) ou l’Institut Louis Bachelier. Ils constituent un socle minimal pour toute approche crédible de l’ESFR.
Cependant, certaines limites subsistent. Le périmètre “bas carbone” inclut des activités liées aux énergies fossiles, comme la capture et le stockage du carbone (CCUS) ou l’hydrogène produit à partir d’énergies fossiles. Plus problématique encore, la publication d’un “ESR complémentaire”. Dans ce second ratio, les financements au gaz fossile sont comptés non plus du côté “fossile” du ratio, mais du côté “bas carbone”. Par cette posture, Scotiabank entretient l’idée fallacieuse selon laquelle le gaz fossile serait une énergie de transition malgré les nombreux impacts négatifs documentés du gaz (tels que l’aggravation du dérèglement climatique, la destruction des écosystèmes, des violations des droits humains, la dégradation de la santé humaine, l’amplification des crises des prix de l’énergie). Les banques, y compris Scotiabank, devraient cesser immédiatement de soutenir son expansion et organiser la sortie rapide et progressive plutôt qu’entretenir les mythes de l’industrie gazière.
Analyse de la méthodologie de l’ESFR de Scotiabank [4]
| Positif | Négatif |
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CIBC avait publié sa méthodologie en mars 2026, similaire à celle de Scotiabank sur plusieurs aspects positifs (couverture de toute la chaîne de valeur des fossiles et des obligations) mais aussi négatifs (inclusion du CCUS, de l’hydrogène fossile ou de la bioénergie dans le périmètre “bas carbone”) .
Analyse de la méthodologie de l’ESFR de CIBC [5]
| Positif | Négatif |
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Malgré ses limites, la méthodologie de Scotiabank souligne le retard des banques françaises et met en évidence les priorités pour renforcer la crédibilité des ratios. Si BNP Paribas et Crédit Agricole sont les seules à s’être fixé une cible de ratio à moyen-terme, leur méthodologie est trop faible [6] pour en conclure que l’atteinte de ces cibles les placera sur une trajectoire compatible avec les besoins de la transition énergétique. En l’état, les ratios de BNP Paribas, Crédit Agricole et BPCE apparaissent davantage comme une tentative de greenwashing qu’une réelle volonté de transparence et de réorienter leurs soutiens au secteur de l’énergie. Les banques françaises devraient en priorité étendre leur périmètre à toute la chaîne de valeur des énergies fossiles et y inclure les émissions d’obligations. De leur côté, CIBC et RBC sont désormais attendues sur la publication de leur ratio. Enfin, la transparence étant bienvenue mais insuffisante, les banques nord-américaines doivent maintenant fixer une cible d’ESFR d’ici 2030 afin de garantir la réorientation de leurs financements à l’énergie.