LE SALE “QUANTITATIVE EASING”
DE LA BCE

LE SALE “QUANTITATIVE EASING”
DE LA BCE

Depuis plusieurs années, et encore plus dans un contexte de crise, la Banque centrale européenne (BCE) utilise massivement
le quantitative easing pour remplir ses missions. Av
ec les banques de l’Eurosystème, elle détenait 2783 milliards d’actifs fin mars 2020
et prévoit d’en acheter 1100 milliards sur l’année.

Ces milliards devraient aller à la construction d’une Europe résiliente, solidaire et durable.


Pourtant, les informations disponibles montrent que les rachats d’actifs d’entreprises de la BCE financent massivement les secteurs les plus polluants. En plus de l’aviation ou de l’automobile, le secteur des énergies fossiles, et même les plus nocives d’entre-elles comme le charbon et le pétrole et gaz de schiste, bénéficie largement de ces rachats.

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L’outil à très forte intensité-carbone de la BCE

Alors que l’UE s’est fixée pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et de réduire d’au moins 40% ses émissions d’ici 2030, les rachats d’actifs d’entreprises financeraient à 63% des entreprises très émettrices de GES.

La BCE prétend éviter d’influer le marché en mimant sa structure et sa composition dans ses achats. Elle prône le principe de “neutralité du marché”. La BCE achète ainsi les titres de grandes entreprises de tous les secteurs, y compris ceux des transports à forte intensité carbone comme celles de l’aérien ou des énergies fossiles.

Mais le principe de neutralité du marché est un leurre : le portefeuille de la BCE est principalement composé de secteurs intensifs en carbone, plus exposé aux énergies fossiles et moins aux activités de transport bas carbone que le marché. Il n’est ni neutre, ni aligné avec les objectifs climatiques européens et s’oppose à leur réalisation.

La BCE soutient la croissance
des énergies fossiles

Les rachats d’actifs d’entreprises de la BCE financent 38 entreprises du secteur des énergies fossiles.

Loin de s’aligner sur une trajectoire de 1.5°C ou même 2°C, ces entreprises participent à l’extension des énergies fossiles, comme Shell et Total qui prévoient respectivement des augmentations de 38% et 12% de leur production de pétrole et gaz de 2018 à 2030.

Le cas de Shell est particulièrement problématique. Elle est l’une des 4 entreprises du portefeuille de la BCE active dans le secteur du pétrole et gaz de schiste et sa production dans le domaine pourrait être multipliée par 12.

Plus largement, les achats de la BCE font la part belle au gaz et financent son expansion en Europe. Ils nient tout à la fois la nécessité de réduire l’exploitation de toutes les énergies fossiles et l’impact climatique du gaz, moins émetteur de CO2 lors de sa combustion mais très fort émetteur de GES – que ce soit en raison des fuites de méthane sur toute la chaîne de valeur ou de l’extrême intensité carbone lors du processus de liquéfaction pour en faire du GNL.

Toujours pas de sortie du charbon pour la BCE ?

Une sortie du charbon n’est pas non plus à l’ordre du jour du quantitative easing européen. Au contraire, .La BCE achète les titres de 10 entreprises actives dans le secteur du charbon. Au total, la puissance installée totale des centrales à charbon de ces entreprises est d’environ 66 000 MW, soit plus que l’ensemble des réacteurs nucléaires français en service.

Parmi ces entreprises s’en trouvent 3 très exposées au charbon et/ou en train de développer de nouvelles capacités de production d’électricité à partir du charbon.

C’est notamment le cas d’Enel, récemment inscrit sur la liste d’observation du Fonds de pension norvégien, première étape avant son exclusion par un des plus gros fonds de pension au monde.

C’est aussi le cas de Fortum, actionnaire majoritaire d’Uniper, également inscrit sur la liste d’observation du Fonds de pension norvégien en raison de ses activités dans le charbon. Uniper est sur le point de mettre en service une nouvelle centrale à charbon en Allemagne, Datteln IV, et poursuit en justice les Pays-Bas afin de s’opposer à sa décision de sortir du charbon d’ici 2030.


Parmi les autres bénéficiaires des rachats d’actifs de la BCE, seul un pourrait sortir du charbon d’ici 2030, date à laquelle l’Europe doit sortir du charbon. Aucune des 10 entreprises n’a adopté de plan détaillé de sortie du secteur.

La majorité d’entre-elles se contentent comme Engie de fermer leurs centrales à charbon lorsque celles-ci tombent sous des plans nationaux de sortie du secteur. Elles continuent alors à opérer des centrales, particulièrement en dehors de l’Europe, sans prévoir de sorties alignées sur l’Accord de Paris. De plus, elles préfèrent souvent vendre ou convertir – et non fermer – leurs installations.

L’absence d’exclusion du charbon des soutiens de la BCE est autant inacceptable qu’incompréhensible. La Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ainsi que plus de 120 institutions financières privées ont déjà adopté des politiques restreignant leur implication dans le secteur et un nombre croissant d’entre-eux aligne leurs services financiers sur une trajectoire de sortie du charbon.

La BCE doit immédiatement exclure
les actifs les plus polluants

La BCE doit en priorité exclure de la liste des titres éligibles à ses rachats d’actifs les entreprises :

  • Qui n’adoptent pas dès 2021 un plan détaillé de sortie du charbon, d’ici 2030 en Europe et au sein de l’OCDE, d’ici 2040 partout dans le monde, et dès 2022 un plan de sortie du pétrole et du gaz en 2040/2050.
  • Qui sont très exposées au charbon et au pétrole et gaz non conventionnels.
  • Qui développent de nouveaux projets d’énergies fossiles.

Pour favoriser l’émergence d’une finance qui contribue à la transition écologique, la BCE doit :

  • Pousser la création d’une taxonomie brune qui, avec la taxonomie verte, lui permettra de cibler ses rachats d’actifs sur les secteurs verts et modérément émetteurs de gaz à effet de serre.
  • Exclure de la liste des titres éligibles les entreprises qui n’adoptent pas un plan d’alignement sur une trajectoire 1.5°C.

Dans un contexte d’utilisation massive du quantitative easing, ces exclusions doivent être mises en place immédiatement. En l’état, les seuls rachats d’actifs liés à la pandémie du Covid-19 pourraient financer les entreprises les plus émettrices de GES à hauteur de 132 milliards et venir écraser les souhaits d’une sortie de crise « verte ».

Signer la pétition pour appeler Christine Lagarde à agir