Épargne salariale : Amundi, addict aux fossiles, risque l’impasse

Alors qu’Amundi est depuis deux ans interpellé par des salariés qui refusent de voir leur épargne contribuer à l’aggravation du dérèglement climatique, le numéro un de la gestion d’actifs en Europe fait la sourde oreille. Encore 75% de ses fonds d’épargne salariale investissent dans au moins une entreprise qui développe de nouveaux projets fossiles. Une position qui interroge alors qu’un de ses principaux concurrents, BNP Paribas AM, prend des mesures pour réorienter l’épargne de ses clients hors de ces entreprises.

Reclaim Finance a passé au crible 107 fonds d’épargne salariale gérés par les trois principaux acteurs du marché en France : Amundi (groupe Crédit Agricole), Vega IS (groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne) et BNP Paribas Asset Management (groupe BNP Paribas). À eux seuls, ces gestionnaires d’actifs représentent 80 % des 230 milliards d’euros d’encours de l’épargne salariale en France (1). L’étude complète et la méthodologie utilisée sont disponibles à la fin de cet article.

Cette étude révèle les trajectoires divergentes prises par Amundi et BNP Paribas Asset Management, avec des conséquences concrètes pour les fonds d’épargne salariale qu’ils gèrent.

Un engagement, deux trajectoires opposées

En mai 2024, les banques BNP Paribas et Crédit Agricole ont toutes deux annoncé qu’elles cesseraient de jouer un rôle de facilitateur dans l’émission d’obligations pour les entreprises opérant dans l’extraction et la production de pétrole et de gaz. Une décision significative, alors qu’environ 40 % des soutiens financiers à l’expansion fossile se font via ces titres de dette (2).

Après cette annonce, les filiales de gestion d’actifs des deux groupes ont pourtant suivi des stratégies opposées. D’un côté, BNP Paribas Asset Management a choisi de s’aligner avec cette décision en s’engageant à ne plus investir dans les nouvelles obligations émises par ces entreprises fossiles. De l’autre, Amundi a pris la direction inverse, augmentant ses investissements dans ces nouvelles obligations fossiles, passant de 130 millions de dollars à 340 millions de dollars d’obligations récemment émises entre 2024 et 2025. Une décision qui va à rebours de la science climatique, qui souligne la nécessité d’arrêter le développement de nouveaux projets fossiles afin de limiter le réchauffement planétaire au plus proche de +1,5 °C (3).

Deux choix stratégiques qui peuvent sembler techniques, mais dont les conséquences pour les épargnants salariés sont très concrètes. Si notre analyse montre que 4 fonds d’épargne salariale sur 10 gérés par BNP Paribas Asset Management investissent encore dans au moins une entreprise qui développe de nouveaux projets fossiles, cette proportion est presque deux fois supérieure chez Amundi (75 %).

La différence est encore plus nette lorsqu’on se concentre sur les obligations émises par les entreprises développant de nouveaux champs pétroliers et gaziers : aucun fonds d’épargne salariale de BNP Paribas Asset Management n’y est exposé, tandis que 15 % des fonds d’Amundi continuent d’y investir.

Une stratégie qui pourrait s’avérer perdante pour Amundi

En 2024, Amundi a pour la première fois été interpellé par un collectif de 1 200 salariés d’Alstom, Orange, Ubisoft et d’une vingtaine d’autres entreprises (4). Dans une lettre ouverte, ils appelaient le gestionnaire d’actifs à cesser d’investir dans les entreprises fossiles dont les activités aggravent le dérèglement climatique, et à utiliser son pouvoir d’actionnaire pour sanctionner les stratégies de Shell, BP et TotalEnergies. Ces demandes ont été renouvelées en 2025 par des représentants du personnel et des collectifs de salariés de 12 entreprises, dont Orange, Alstom, Bouygues et Google, à l’occasion de l’Assemblée générale d’Amundi (5).

Chez STMicroelectronics, ce sont les investissements d’Amundi dans une entreprise d’armement qui ont suscité des réactions (6). Une mobilisation syndicale a porté ses fruits : Amundi a finalement été écarté du vote visant à désigner le gestionnaire de l’épargne salariale des salariés du groupe. À la SNCF, des discussions sont en cours sur le même sujet : le syndicat SUD a interpellé la direction afin qu’elle cesse toute collaboration avec Amundi, qui gère actuellement le plan épargne groupe (7).

Alors que de nombreux employeurs considèrent l’épargne salariale comme un outil de fidélisation des salarié·es (8), la mobilisation croissante autour des impacts environnementaux et sociétaux de cette épargne pousse désormais certaines directions à réexaminer leur choix de gestionnaire. Pour accompagner ces démarches, Reclaim Finance, aux côtés du WWF et d’Oxfam, a élaboré une grille de critères ESG permettant d’évaluer les pratiques des gestionnaires d’actifs et d’orienter les entreprises vers les acteurs les plus responsables (9).

Les gestionnaires d’actifs qui tardent à prendre la mesure de l’urgence climatique, comme Amundi, pourraient être de plus en plus contraints de rendre des comptes aux entreprises clientes et à leurs salariés. En choisissant des acteurs qui prennent de réelles mesures pour lutter contre l’expansion fossile, les entreprises disposent d’un levier concret pour agir sur les pratiques du secteur financier tout en fidélisant leurs salariés.

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2026-04-17T17:11:35+02:00