Alors que Vega IS, filiale du groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne, connaît une croissance rapide et gère désormais l’épargne salariale d’un salarié sur cinq en France, sa stratégie d’investissement soulève de sérieuses questions. L’analyse de Reclaim Finance montre que ses fonds sont fortement exposés aux entreprises développant de nouveaux projets fossiles, notamment via des gestionnaires délégués comme BlackRock qui figure parmi leurs principaux soutiens.
Reclaim Finance a passé au crible 107 fonds d’épargne salariale gérés par les trois principaux acteurs du marché en France : Amundi (groupe Crédit Agricole), Vega IS (groupe BPCE (1)) et BNP Paribas Asset Management (groupe BNP Paribas). À eux seuls, ces gestionnaires d’actifs représentent 80 % des 230 milliards d’euros d’encours de l’épargne salariale en France (2). L’étude complète et la méthodologie utilisée sont disponibles à la fin de cet article.
Cette étude révèle l’exposition croissante des fonds d’épargne salariale de Vega IS à des entreprises développant de nouveaux projets fossiles, due à une politique d’investissement permissive et au recours à des sociétés de gestion externes aux pratiques nocives pour le climat.
Vega IS : l’affilié dédié à l’épargne salariale et à la clientèle fortunée du groupe BPCE
Avec des encours en forte croissance, passés de 18 milliards d’euros fin 2024 à 85 milliards d’euros début 2026 (3), Vega IS s’impose comme l’étoile montante de la galaxie BPCE. Initialement gestionnaire d’actifs dédié à la clientèle fortunée, il a repris la gestion des encours de Natixis Interépargne et gère désormais l’épargne salariale d’un salarié sur cinq en France.
Ses fonds d’épargne salariale reposent sur une stratégie en multigestion, c’est-à-dire qu’ils investissent dans plusieurs fonds, gérés à la fois par des affiliés de BPCE et par d’autres sociétés de gestion. Pour garantir aux épargnants des critères d’investissement responsable minimum, Vega IS a pour objectif de faire converger les fonds vers un cahier des charges commun (4).
L’analyse de Reclaim Finance montre cependant que les critères d’exclusion employés sont très insuffisants : les entreprises du charbon sont partiellement exclues, mais aucune exclusion ne concerne les sociétés pétrolières et gazières (5).
Ces insuffisances exposent directement les fonds d’épargne salariale gérés par Vega IS à des entreprises développant de nouveaux projets fossiles, qu’il s’agisse du charbon comme Glencore, de nouveaux champs pétroliers et gaziers comme TotalEnergies ou du transport du gaz naturel liquéfié comme KKR & Co, autant de projets incompatibles avec la trajectoire de +1,5 °C.
Des fonds d’épargne salariale et gestionnaires d’actifs délégués qui soutiennent l’expansion fossile

D’après notre analyse, 8 fonds d’épargne salariale sur 10 gérés par Vega IS investissent dans au moins une entreprise développant de nouveaux projets fossiles. L’exposition de ses fonds aux développeurs fossiles est ainsi beaucoup plus élevée que celle des fonds de BNP Paribas AM (41 %) et, dans une moindre mesure, que celle d’Amundi (75 %). Par ailleurs, alors que depuis 2024 la part des fonds d’épargne salariale exposés aux entreprises développant de nouveaux projets fossiles recule chez BNP Paribas Asset Management et chez Amundi, cette part continue stagne chez Vega IS (passant de 78% à 79%).
Autre point préoccupant : 50 % de l’exposition aux développeurs fossiles des fonds de Vega IS ne provient ni de fonds gérés par Vega IS ou par des sociétés affiliées à BPCE, mais de fonds gérés par BlackRock, gestionnaire d’actifs américain.
Or, BlackRock est épinglé par de nombreuses associations en raison de son soutien accru à l’expansion fossile et son lobbying pour affaiblir les réglementations en matière de finance durable. L’année dernière, le premier fonds d’investissement au monde a quitté l’alliance des investisseurs pour la neutralité carbone et augmenté son soutien financier aux entreprises développant de nouveaux projets fossiles (6).
Alors que de nombreux employeurs considèrent l’épargne salariale comme un outil de fidélisation des salarié·es (7), la mobilisation croissante autour des impacts environnementaux et sociétaux de cette épargne pousse désormais certaines directions à réexaminer leur choix de gestionnaire (8). Pour accompagner ces démarches, Reclaim Finance, aux côtés du WWF et d’Oxfam, a élaboré une grille de critères ESG permettant d’évaluer les pratiques des gestionnaires d’actifs et d’orienter les entreprises vers les acteurs les plus responsables (9).
Vega IS contredit ses propres engagements climatiques en investissant, sans condition, l’épargne salariale dans des entreprises développant de nouveaux projets de pétrole et de gaz, et en s’associant à des acteurs comme BlackRock. Interpeller Vega IS sur son soutien à l’expansion fossile ou se tourner vers un gestionnaire d’épargne salariale qui prend de réelles mesures pour lutter contre l’expansion fossile constitue un moyen pour les entreprises d’agir sur les pratiques du secteur financier, tout en fidélisant leurs salariés.